La Syrie autorise l’accès humanitaire à la ville assiégée de Madaya : 23 morts de faim

La Syrie a autorisé jeudi l'ONU à acheminer de l'aide humanitaire à la ville rebelle de Madaya, près de Damas, assiégée par l'armée et où 42.000 personnes sont au bord de la famine, ainsi qu'à deux localités dans le nord-ouest, a annoncé l'ONU.

« L'ONU accueille avec satisfaction l'autorisation du gouvernement syrien d'accéder à Madaya, Foua et Kafraya et se prépare à fournir une assistance humanitaire (à ces localités) dans les prochains jours« , indique le communiqué des Nations unies.

Même si ce sont les rebelles qui peuvent autoriser l'accès aux localités de Foua et Kafraya qu'ils encerclent, les aides de l'ONU doivent partir de Damas et traverser des zones sous contrôle du régime.

la-ville-de-madaya-a-la-frontiere-syro-libaniaseSelon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), « environ 42.000 personnes se trouvent au bord de la famine à Madaya et l'ONU a reçu des rapports crédibles sur des personnes qui meurent de faim et qui ont été tuées en essayant de quitter la ville« .

La dernière fois que des convois humanitaires ont pu atteindre les villes rebelles de Zabadani et Madaya ainsi que les localités de Foua et Kafraya remonte au 18 octobre.

Depuis, « l'accès à Madaya était impossible en dépit de nombreuses demandes en ce sens« , selon l'ONU.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), au moins 10 personnes sont mortes à cause du manque de médicaments et de nourriture à Madaya.

Treize autres ont été tuées par l'explosion des mines posées par les forces du régime ou par des franc-tireurs en tentant de quitter la localité pour trouver de la nourriture, précise cette ONG qui dispose d'un vaste réseau de sources dans la Syrie en guerre.

Une vaste campagne s'est développé sur les réseaux sociaux pour permettre l'alimentation de cette population affamée.

« En fait, il manque de tout » à Madaya, résume Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui y est entré lors de la dernière livraison d'aide en octobre. « Les gens sont depuis trop longtemps sans aliments de base, sans médicaments de base, sans électricité ni eau (…) J'ai réellement vu la faim dans les yeux des gens« .

La Syrie autorise l'accès humanitaire à la ville assiégée de Madaya

23 morts de faim

Selon les agences des Nations Unies basées à Genève, quelque 40.000 personnes, dont la moitié sont des enfants, ont un besoin d'aide alimentaire d'urgence dans cette localité située dans une zone rebelle assiégée par l'armée syrienne depuis six mois.

Situation catastrophique

Les 3.900 rations alimentaires distribuées alors devaient permettre, selon Bettina Lüscher, une porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), citée par Radio Canada, de « nourrir plus de 19.000 personnes pendant un mois« . Or la ville n'a plus reçu aucune aide depuis. « L'accès à Madaya était impossible en dépit de nombreuses demandes en ce sens« , assure l'ONU.

« Madaya est un exemple limpide des conséquences désastreuses d'un siège comme stratégie militaire« , enrage Brice de le Vingne, directeur des opérations de MSF, dans un communiqué.

« La situation est horrible« , a déclaré le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'homme, Rupert Colville, soulignant que le nombre de victimes et l'étendue des souffrances subies par la population de Madaya étaient difficiles à vérifier, étant donné le manque d'accès.

Face à un tollé international, le régime de Damas a finalement donné son accord jeudi pour que l'ONU et la Croix-Rouge acheminent une aide humanitaire. MSF a précisé que parmi les 23 morts de faim enregistrés dans son centre médical, six avaient moins d'un mois et cinq étaient âgées de plus de 60 ans.

Par ailleurs, selon l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme (OSDH), treize autres personnes ont été tuées par l'explosion de mines posées par les forces du régime syrien ou par des franc-tireurs en tentant de quitter la localité pour trouver de la nourriture, précise cette ONG basée en Angleterre qui dispose d'un vaste réseau de sources dans la Syrie en guerre.

Les enfants nourris avec des sirops pharmaceutiques

« C'est un exemple clair des conséquences que provoque le recours au siège (d'une ville) comme stratégie militaire« , a commenté le directeur des Opérations de MSF, Brice de le Vingne dans un communiqué.

Le personnel médical de Madaya est contraint de nourrir les enfants avec des sirops pharmaceutiques, seule source disponible de sucre et d'énergie, a-t-il dit, ajoutant que la ville assiégée est « effectivement une prison à ciel ouvert » pour près de la moitié de ses habitants. « Il n'y a aucun moyen d'y entrer ou d'en sortir, juste y mourir« , a-t-il déploré.

MSF a accueilli avec satisfaction la décision de Damas d'autoriser la livraison de nourriture, mais souligne que « l'acheminement immédiat de médicaments doit également être une priorité« .

Malgré plusieurs demandes de l'ONU, la ville n'avait pas reçu d'aide humanitaire depuis octobre 2015.

Sources : Afp, MSF, OSDH, Agence Sana, L'orient le Jour