La Syrie : De l’antiquité au mandat français 1920-1946 (part.4)

Opération « Exporter » à Hafez El Assad

Revivification de Nationalisme « Arabe »

Extrait de la Chronique du Dr. Mansour du jeudi 3 octobre 2013; pour Radio HDR 99.1 FM (www.radiohdr.com) de 17h00 à 18h.

La SDN (Société Des Nations) confia à la France un mandat sur la Syrie et le Liban, qui après la défaite de la Turquie (alors alliée de l’Allemagne), ont été détachés de l’empire Ottoman. C’est le même type de mandat qui fut confié à la Grande-Bretagne sur la Palestine et l’Irak, c’est la confirmation et légitimation des accords Sykes-Picot.

(Voir partie 1 : http://tousensemblepouravancer.com/la-syrie-de-lantiquite-au-mandat-francais-1920-1946-partie-1/).

Ainsi la Syrie se voit séparée d'un Liban élargie; le pays fut divisé en quatre États (Damas, Alep, territoire des Alaouites, djebel Druze).

A la suite La guerre du Levant (djebel Druze) de 1925, la France affirme et confirme par là son autorité…malgré cette victoire et une forte présence des unités de l’armée venue de métropole et administrative, cela n’endiguera guère les mouvements nationalistes…

La France se retrouve avec diverses manifestations nationalistes et indépendantistes. Et en particulier dans le Sandjak d’Alexandrette où la population turque (pro-kémalistes (1) ) manifeste leur volonté séparatiste.

En 1936, la négociation du traité franco-syrien ne fait qu’amplifier la question. Les responsables politiques turcs, profitent des divers désaccords et des contres temps, pour demander expressément l’auto-détermination du Sandjak.

Le 29 mai 1937 l’accord franco-turc sera signé sous l’arbitrage de la SDN, faisant que le Sandjak et détaché de la Syrie et passe sous tutelle de la SDN. Mais des protestations turques de grande ampleur oblige la France à revoir certaines positions et se résigne a signé un nouveau traité le 4 juillet 1938, avec la Turquie. Dans la situation tendue de l’après Munich (les troupes allemandes entrent à Prague le 15 mai 1939), la question du Sandjak s’intègre de plus en plus dans celle, plus vaste, de la sécurité des Balkans et de la Méditerranée Orientale.

(Les états de Syrie et du Liban sous mandat français)

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, la France, pour des raisons de stratégie politique, devra céder à la Turquie le Sandjak d'Alexandrette. C’est le 23 juin1939 que le ministre turc des Affaires étrangères Saracoglu et l’ambassadeur de France René Massigli signent un accord qui assurent la réintégration territoriale définitive d’Alexandrette à la Turquie, ainsi que des dispositions d’assistance mutuelle, qui seront élargis avec le traité d’alliance franco-anglo-turc du 19 octobre 1939 et cela pour 15 ans.

A la suite de l’accord du 23 juin, les Français doivent quitter le sandjak d’Alexandrette pour le 23 juillet. Et la population dispose de six mois pour choisir la nationalité libanaise ou syrienne, et disposeront d’un délai de dix-huit mois pour quitter le nouveau territoire turc. Le 23 juillet, les troupes turques entrent et s’installent dans le Sandjak, ainsi que dans les villes d’Antioche et d’Alexandrette.

Cette amputation territoriale ne sera pas reconnue par le gouvernement de Damas, et laissera une gerçure douloureuse dans la mémoire syrienne.

La défaite de la France en juin 1940, face aux armées allemandes, a égratigné son image de puissance coloniale, avec celle de la Grande-Bretagne. Aux yeux des Arabes, qui rêvaient de la constitution d'une Nation Arabe, l'Allemagne nazie apparut alors, à travers ses succès économiques et militaires, comme la plus sûre garantie de l'indépendance de la Nation Arabe.

Vichystes et Gaullistes se retrouve face à face au Liban et en Syrie :

La campagne de Syrie, ladite « opération Exporter », qui consiste à l’invasion par les Alliés de la Syrie et du Liban, alors sous contrôle du gouvernement de Vichy.

Au printemps 1941, les raisons de cette campagne, qui va plonger ces territoires dans la guerre, sont multiples. Le général Dentz se rallie au maréchal Pétain, et devient haut-commissaire en Syrie, en ayant la charge du maintien de l’ordre et l’intégrité de ces territoires. Mais pour le général de Gaulle, ces territoires s’avèrent êtres un vivier d’hommes qui potentiellement pourraient rejoindre les forces de la France libre, qui commence tout juste à se constituer. Les Britanniques jugent cette opération peu judicieuse. Mais ils changent assez vite d’avis, du fait de la montée des révoltes, en Irak, contre l’autorité anglaise est soutenu par les Allemands.

En juin 1941, les forces britanniques et les forces françaises libres, attaquèrent les troupes françaises de Syrie et du Liban (relevant du gouvernement de Vichy), qui capitulèrent après des combats meurtriers. Le général Catroux, commandant des forces françaises libres du Levant, proclama, à la fin de 1941, l'indépendance de la Syrie et du Liban, sans rien changer, en fait, à l'administration française. Aussi, après l'élection en 1943 d'une chambre et d'un président, Choucri Kouatli, nationalistes, des troubles éclatèrent à Damas, en 1945.

Les Français décidèrent alors de supprimer les derniers vestiges de l'administration mandataire, et ils évacuèrent complètement le 17 avril 1946. Les héritiers de la République syrienne en feront une fête nationale…

Hafez el-Assad « le lion » ou le « Bismarck Arabe »

« Les Alaouites (2) ont été les gens les plus faibles, les plus pauvres, les plus campagnards, les plus méprisés, les plus arriérés de la Syrie » (3)

La Syrie connaîtra divers coups d’États et de transissions plus ou moins violents.

A la suite de la guerre israélo-arabes de 1948, qui se solda par une défaite des forces arabes. Le colonel Housni al-Zaim s’empare du pouvoir, en mars 1949, par un coup d’État, mettant fin à la démocratie parlementaire syrienne. Ce fut le premier coup d'État qu'ait connu la Syrie et le monde arabe… s’ensuivra 20 ans d’instabilité politique en Syrie…

Housni al-Zaim se voit lui-même victime d’un coup d’État en aout 1949, mené par Le colonel Sami Al-Hinnawi. Ce dernier fera exécuter Housni al-Zaim (afin de venger le Libanais Antoun Saadé – président-fondateur du Parti social nationaliste syrien (PSNS)). Mais son compagnon de route Adib Chichakli mettra fin au régime de Sami Al-Hinnawi et à l'influence hachémite en Syrie, en décembre 1949…

Dans les années 1940-1950, on peut voir l’influence du parti « Le Baath » (renaissance arabe) :

Le mouvement baathiste a été créé à Damas dans les années 40 par le chrétien Michel Aflak et le musulman sunnite Salah Al Din Bitar. En 1953, ce mouvement prend le nom de Parti baath Arabe Socialiste. Il atteint son apogée dans les années 60, et devient l'une des principales expressions du nationalisme arabe révolutionnaire.

L'unité arabe est au centre de la doctrine du baath et prime sur tout autre objectif. Selon son fondateur, Michel Aflak, les peuples arabes forment une seule nation aspirant à constituer un État et à jouer un rôle spécifique dans le monde. De sensibilité laïque, il admet cependant le rôle que l'Islam a joué dans l'arabisme et appelle au socialisme. Le baath se prononce, du moins dans les années 50, en faveur d'une démocratie pluraliste et d'élections libres. Enfin, la question palestinienne, si elle le préoccupe, est loin de constituer le point central de son idéologie.

La constitution Syrienne est laïque.

Après l'échec d'un chef rebelle, Sulayman Murshid, « les Alaouites mirent en œuvre une stratégie de mise en place de cellules dans l'armée et dans le parti Baath, et cela leur permit de gagner le pouvoir à Damas. » Les tenants de cette vision des choses font remonter l'ascension alaouite à 1959, l'année où le Comité Militaire du Parti Baath fut formé.

Une réunion clandestine en 1960 aurait réuni plusieurs leaders religieux et officiers alaouites (y compris Hafez el-Assad) et aurait eu lieu à Qardaha, village natal d'El-Assad. « L'objectif principal de cette réunion était de planifier la façon de faire passer des officiers Noseïris dans les rangs du Parti Ba'th. Ils pourraient alors tirer parti de cela en en faisant un moyen d'arriver au pouvoir en Syrie. » Trois ans plus tard, une autre réunion des Alaouites à Homs (où se trouvait l‘école militaire)

Parmi d'autres mesures, il y a eu le recours à la mise en place de plus d'Alaouites dans le parti Baath, dans l'armée et dans les divers secteurs de l’administration. D'autres réunions secrètes de leaders Alaouites semblent avoir eu lieu plus tard dans les années 1960…

Les Sunnites et les chrétiens, et spécialement l'élite urbaine occupaient la majeure partie des arcanes du pouvoir et de l’administration… mais les divers coups d’États et luttent intestines affaiblissent leurs influences.. Cela profitera aux Alaouites…

Deux chefs Alaouites Salah Jadid et Hafiz al-Asad, s'affrontèrent pour la suprématie en Syrie vers la fin des années 1960, une rivalité qui n'a pris fin que lorsque Asad l'emporta en 1970. En plus des différences dans les perspectives – Jadid était plus idéologue et Asad plus pragmatique – ils représentaient diverses sectes alaouites. La guerre de septembre 1970 entre l'OLP et le gouvernement jordanien fut l'événement décisif dans l'ascension au pouvoir Asad.

Jadid envoya des forces sur le sol syrien pour aider les Palestiniens mais Asad refusa d'envoyer une couverture aérienne. Deux mois plus tard, la défaite de l'armée syrienne précipita le coup d'État d'Assad sans effusion de sang. Cela, qui était le dixième coup d'État militaire en dix-sept ans, devait être le dernier pour une longue période à venir.

C’est en 1970, suite à un coup d’État, que Hafez el-Assad prendra le pouvoir, et ainsi inaugure la dynastie alaouite.

(1) Mouvement politique inspiré par les principes de Mustafa Kemal (« Atatürk » fondateur de la Turquie moderne).

(2) Les Alaouites (= partisans d'Ali) : La religion des Alaouites, rangée parmi celles des Ghoûlat (= Outrés), est une forme très particulière de l'Islam. Elle est dérivée de celle des Chiites septimaniens (Ismaéliens), et se présente comme un moyen terme entre les vieux cultes syro-phéniciens, pratiqué par les anciens Noçairi et l'enseignement ismaélien. Ils désignent un certain el-Khoseibi comme celui qui aurait mis au point leurs livres et leur doctrine…. Or les Alaouites sont subdivisés en de multiples sectes (les Chemâliyés, les Kléziyés ou Qamariyés, les Ghaibiyés et les Haidariyés…) Sans entrer dans le détail de ces sectes, nous dirons juste que la majeurs parties d’entre elles s'accordent pour reconnaître la divinité d'Ali. Ils rejettent les traditions concernant le gendre de Mohammed (SAW). Pour eux, Ali ibn Abi Tâlib n'a eu ni père, ni mère, ni frère, ni soeur, ni femme, ni enfants…. Son essence est la lumière, de lui rayonnent les astres…

(3) Citation de Daniel PIPES dans « Middle Eastern Studies » – 1989

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