La Syrie : De l’antiquité au mandat français 1920-1946 (partie 1)

Extrait de la Chronique du Dr. Mansour qui aura lieu jeudi 12 septembre 2013; pour Radio HDR 99.1 FM (www.radiohdr.com) de 18h10 à 19h.

« Quant au Hedjaz, nul ne souhaite y séjourner, otage [comme il est] de ses cinq Harrât(a) [calcinées].

En Syrie, le torchon de la guerre brûle, attisé par des gens qui, pour ce faire, ont retroussé leurs habits.

En Irak, l’éclair fait répandre une pluie de sang, le tonnerre en longs éclats fait sa jonction avec le malheur » *

de Abû Alâ Ma’arri (L.I, 622)- il y a près de 1000 ans.

Période antique (Extrait) :

L’Assyrie, faisant partie du bloque appelait la Mésopotamie (a) avec la Chaldée (regroupant l’Irak, la Syrie, le Liban (Région du monde, qui est la région peuplée et citadine la plus ancienne du monde))… la présence humaine y est attestée depuis le Paléolithique inférieur et Moyen (b), période allant de 3 000 000 d’années à 35 000 ans…

Depuis plus de 7 000 ans, il y a des zones d’habitations sédentaires dans la région. Ce qui amènera la naissance de cités, de véritables centres urbains comme Ninive (Capitale de l’empire assyrien. La ville fut fondée par Nimrod, un homme qui vécu peu après le déluge (Gen. 10:11, 12) – Dans le Coran (Yunus 10 : 98) il y a une référence à la ville natale de Yûnus, Ninive : « Si seulement il y avait, à part le peuple de Yûnus (Jonas), une cité qui ait cru et à qui sa croyance eût ensuite profité ! Lorsqu’ils eurent cru, Nous leur enlevâmes le châtiment d’ignominie dans la vie présente et leur donnâmes jouissance pour un certain temps »

Dans cette chronique nous verrons une série d'événements, de conflits d'intérêts territoriaux et stratégiques depuis Nimrod, en passant par la prise de la région par Sargon roi d'Akkad (2225 av JC), les « face à face » avec l'Égypte pharaoniques… Les résistances aux Empires Perse, Grec, Romains et Byzantin….

Cette région de Babylonie et d’Assyrie fût et reste riche, comme en témoignent ces exemples :

– Les blés de Babylone, donnant trois cents grains pour un, et la vigueur de la poussée des orges assyriennes sont cités par Hérodote (historien grec du V emsiècle av J-C. dans son « Historiae »).

– La flotte d’Alexandre fut construite en Babylonie avec les seuls cyprès des bois sacrés et des parcs

– Strabon (géographe grec de l’Ier siècle ap J-C.) s’émerveille des forêts de palmiers ombrageant la Babylonie. L’Assyrie demeura longtemps très boisée.

– Ammien Marcellin (historien romain né à Antioche – de l’IVem siècle ap J-C) cite les forêts naturelles d’Assyrie. Le palmier est l’arbre assyrien par excellence ; sa sève, son fruit, ses feuilles, ses fibres, jusqu’à la bourre protectrice dont s’enveloppent ses rameaux naissants, jusqu’aux dattes tombées et dont le soleil a calciné la chair, tout s’utilise. Le fruit, tassé ou mis en fermentation, donne un pain lourd, très nourrissant, et des boissons diverses, vin, vinaigre, miel ou sirop. Les fibres servent à la confection de nattes, de meubles spéciaux, de paniers, et les noyaux, approvisionnés, sont la houille des forgerons…

– Xénophon (philosophe, historien et militaire grec de l’IVem siècle av J-C) vante le vin fait en Assyrie avec les dattes et le sorgho très abondants.

(a) La Mésopotamie est un terme qui vient du mot grec : Mesopotamía qui signifie : « Le pays entre les fleuves ».Ces fleuves sont le « Tigre » et l’Euphrate ».Actuellement la plus grande partie de la Mésopotamie se trouve en république d’Irak.

(b) Le Paléolithique est l'une des grandes périodes de la Préhistoire (comme le Néolithique ou l'âge des Métaux). Il commence il y a 3 millions d'années lorsque les premiers Hommes apparaissent et travaillent des pierres pour en faire des outils. Cette période est divisée chronologiquement en trois périodes : le Paléolithique inférieur, moyen et supérieur.

Période moderne (Extrait) :

La Grande guerre (1914-1918) faisant encore rage en Europe, au Moyen Orient, la Grande-Bretagne négocie avec la France le partage des provinces arabes de l’Empire Ottoman, en même temps des négociations sont entamées entre le chérif Hussein de La Mecque (qui se verra évincer en 1924 par les Saouds et les Britanniques).

Les négociations commencent en novembre 1915 et sont menées par François Georges-Picot (1) et Sir Mark Sykes (2).

Pour la France, les négociations portent sur la Syrie naturelle, territoire s’étendant de la Cilicie au Sinaï, et du littoral méditerranéen à Mossoul. Sykes de son côté, et comme il avait promis à Hussein de La Mecque, estime que la zone française ne peut s’étendre que sur la Syrie du nord, car les villes de Damas, Homs, Hama et Alep sont réservées à Hussein, et la Palestine à la Grande-Bretagne. La France se rend aux arguments britanniques concernant les quatre villes syriennes qui feront partie du royaume Arabe, mais sur lequel la France aura une zone d’influence. En revanche, la France refuse que la Palestine soit sous domination britannique. Elle accepte néanmoins le principe de l’internationalisation de la Palestine.

Le 16 mai 1916, les accords sont enfin signés : connu sous le nom des «accords Sykes—Picot». La Syrie et la Mésopotamie (Irak) se retrouvent divisées (pour ne pas dire désossage) en cinq zones :

– Une zone bleue (Syrie littorale et Cilicie) sur laquelle la France peut mettre en place un régime d’administration directe ou un protectorat ;

– Une zone rouge (basse Mésopotamie) où la Grande-Bretagne a les mêmes possibilités ;

– Une zone brune (Palestine) réservée à la France et à la Grande-Bretagne ;

– Une zone A (Syrie intérieure) où la France aura une zone d’influence sur le royaume Arabe de Hussein ;

– Une zone B (Mésopotamie moyenne) où la Grande-Bretagne aura une zone d’influence sur le royaume Arabe.

Après ces accords et la défaite de l’Allemagne, la Société des Nations (3) voit le jour. Cette institution, ancêtre de l’ONU, a pour principes : l'interdiction de la guerre, la justice, le respect du droit international. Les membres s'engagent à respecter et à maintenir l'intégrité territoriale, l'indépendance politique et économique des États membres contre toute agression extérieure.

C’est plus qu’un pacte de non-agression, c’est une forme de contrat d’interdépendance et d’échange, surtout pour les puissances coloniales que sont la France et la Grande Bretagne…

C’est le 25 avril 1920 à San Rémo, que la SDN confia à la France un mandat sur la Syrie et le Liban, détachés de la Turquie vaincue, le même type de mandat ayant été confié à la Grande-Bretagne sur la Palestine et l’Irak, c’est la concrétisation des accords Sykes—Picot.

La France procède à un découpage administratif des territoires qui lui sont confiés. Ce qui aboutira à la constitution de plusieurs petits États :

– L’État de Syrie, formé des États d’Alep et de Damas et du sandjak d’Alexandrette (arrêté du 5 décembre 1924) avec Damas pour capitale;

– L’État des Alaouites avec les sandjaks (régions) de Lattaquié et de Tartous (arrêté du 5 décembre 1924) avec Lattaquié pour capitale.

– L’État du Djebel druze (arrêté du 24 octobre 1922) avec Soueida pour capitale.

L’État du Grand Liban (arrêté du 31 août 1920)L’État du Grand Liban, dont l’indépendance fut proclamée le 1er septembre 1920 par le général Gouraud. Il sera divisé en quatre sandjaks : Liban-Nord ; Mont-Liban ; Liban-Sud et Bekaa et en deux municipalités autonomes : Beyrouth et Tripoli.

(Écouter Petite Histoire du Liban : http://www.mixcloud.com/malcolmjammalhaidar/playlists/chroniques-du-dr-mansour-petite-histoire-du-liban/)

(1) François Georges-Picot, ancien consul de France à Beyrouth et délégué à l’ambassade de France à Londres ;

(2) Sir Mark Sykes, parlementaire britannique et spécialiste de l’Empire Ottoman.

(3) le 25 janvier 1919, la session plénière de la conférence de la paix réunissant à Paris l’ensemble des puissances victorieuses adopte une résolution prévoyant que le « pacte de la SDN » ferait partie intégrante des traités de paix. Ce pacte est inclus dans le texte du traité de Versailles, le 28 juin 1919, ainsi que dans ceux de Saint-Germain, de Trianon et de Neuilly ; il en forme en fait les 26 premiers articles. La SDN entre en application le 10 janvier 1920 après la ratification du traité de Versailles par l'Allemagne et trois des principaux associés. C'est à Paris qu'a lieu, le 16 janvier 1920, sur convocation du président Wilson, la première réunion du Conseil de la Société des Nations.

Retrouver la suite de la chronique du Dr Mansour du jeudi 12 septembre 2013, en direct sur Radio HDR 99.1 FM (www.radiohdr.com) de 18h10 à 19h