Le chef de la diplomatie de Saddam Hussein est décédé

L’ex-ministre irakien des Affaires étrangères Tarek Aziz, la voix du dirigeant Saddam Hussein à l’étranger, est décédé vendredi à 79 ans dans un hôpital du sud de l’Irak après avoir passé des années en prison, a indiqué un responsable provincial. « Tarek Aziz est décédé à l’hôpital (…) de la ville de Nassiriya où il avait été transporté lorsque sa santé s’est dégradée« , a déclaré à l’AFP Adel Abdelhussein al-Dakhili, le vice-gouverneur de la province de Zi Qar, où l’ancien chef de la diplomatie était emprisonné.

Tarek Aziz est décédé d’une crise cardiaque, selon des sources médicales irakiennes. Il souffrait depuis longtemps de problèmes cardiaques et respiratoires, d’une tension artérielle élevée et de diabète. Sa famille avait appelé à plusieurs reprises à sa libération.

En 2011, l’ancien ministre avait demandé au Premier ministre d’alors, Nouri Al-Maliki, de hâter son exécution à cause de sa mauvaise santé. Tarek Aziz avait été condamné à mort en 2010 après avoir été jugé coupable de « meurtre délibéré et crimes contre l’humanité » pour la répression qui avait visé des partis religieux dans les années 1980. Il avait également été condamné à plusieurs peines de prison pour d’autres accusations.

Seul chrétien du gouvernement Saddam Hussein, Tarek Aziz avait joué un rôle de premier plan sur le plan diplomatique à la suite de la première guerre du Golfe, lorsque les forces irakiennes avaient été chassées du Koweït.

Né en avril 1936 dans le village de Tal Keïf, près de Mossoul, dans le nord de l’Irak, Tarek Aziz s’était associé dès les années 1950 à Saddam Hussein au sein du parti nationaliste Baas.

Nommé ministre des Affaires étrangères en 1983, il avait été désigné vice-Premier ministre en 1991. Très présent dans les médias internationaux, il était reconnaissable à ses épaisses lunettes et sa mise impeccable. Fidèle à Saddam Hussein jusqu’à sa chute en 2003, M. Aziz s’était rendu lui-même aux Américains après l’invasion de l’Irak en mars 2003.

Tarek Aziz sera enterré en Jordanie

Les autorités jordaniennes ont indiqué samedi à l’AFP avoir donné leur accord pour inhumer le corps de l’ex-ministre irakien des Affaires étrangères Tarek Aziz en Jordanie, à la demande de sa famille.

« Les autorités jordaniennes ont accepté la demande de la famille de Tarek Aziz de faire venir sa dépouille en Jordanie afin de l’enterrer ici, pour des raisons humanitaires« , a déclaré une source officielle sous couvert de l’anonymat.

Amman est en train de contacter les autorités irakiennes à ce propos, a ajouté la même source, sans autre précision.

Contacté samedi par l’AFP à Amman, Ziad, le fils de Tarek Aziz, a indiqué que « personne n’avait contacté » la famille, « ni du gouvernement irakien ni de l’ambassade à Amman, pour lui dire si elle pouvait recevoir le corps ou si elle pouvait l’enterrer ici » en Jordanie.

Ziad, qui citait des chaînes de télévision irakiennes, a indiqué que le corps de son père avait été transféré de Nassiriya, où il était emprisonné, à Bagdad. « Mais personne n’a contacté ma mère, qui se trouve actuellement à Bagdad« , a-t-il ajouté.

« les attaques de la coalition poussent la population dans les bras de… » l’état dit « islamique »

Face aux exhortations de la coalition internationale contre l’état dit « islamique » (EI) à mettre en œuvre une politique de réconciliation et d’inclusion envers la communauté sunnite, marginalisée en Irak, M. Abadi a défendu son bilan : 5 000 combattants sunnites intégrés aux unités de la mobilisation populaire et des réformes en débat. Mais il peine encore à convaincre la communauté sunnite.

A lire : L’armée irakienne cherche à isoler l’EI afin de donner l’assaut à Ramadi

Jamal Al-Dhari, l’un des dirigeants sunnites de la tribu Zoba – l’une des branches de la grande confédération tribale des Chammar – et fondateur de l’organisation Peace Ambassadors for Iraq (PAFI), de passage à Paris, a plaidé devant la presse pour une véritable réconciliation politique entre chiites et sunnites.

L’état dit « islamique » (EI) s’est développé sur la souffrance des gens. Récemment, il a réussi à prendre rapidement la province d’Al-Anbar et les populations qui ont fui vers la capitale Bagdad n’ont pas été autorisées à entrer. Elles doivent dormir dans les rues. Logiquement, ces gens-là retournent vers Daech. Si l’on veut se débarrasser des terroristes, on ne doit pas leur offrir ces milliers de combattants potentiels. Les exactions des milices chiites envers la population sunnite ajoutent à cela.

Les attaques de la coalition poussent aussi les populations dans les bras de l’état dit « islamique » (EI) : elles viennent en appui des milices chiites qui ensuite brûlent et pillent les biens des sunnites. Les 2 000 missiles antichars livrés lundi par le président américain Barack Obama sont allés directement aux milices.

« Or, la conférence de Paris [réunie le 2 juin 2015] ne s’est pas intéressée à cette souffrance de la population sunnite, mais seulement à l’EI. On ne peut pas détruire l’EI sans inclure le peuple irakien dans le processus. Nous nous débarrasserons peut-être de l’état dit « islamique » (EI), mais un groupe encore plus sophistiqué apparaîtra ensuite« .

Sources : Afp, Reuters, Iraq today, Arab Newsnetwork, Washington Post, NY Time, l’Orient le jour

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La guerre du Golfe de 1990-1991 :

– Endettement irakien auprès des États pétroliers du Golfe (notamment Koweït) suite à la guerre Iran/Irak

– Août 1990 : l’Irak envahit le Koweït. Objectif de l’Irak : S’approprier des réserves de pétrole colossales qui lui donneraient le pouvoir de peser très lourdement sur le marché mondial du pétrole, contrôler une plus large façade maritime sur le Golfe, et menacer directement les frontières de l’Arabie Saoudite, alliée des États-Unis. (Arabie Saoudite, Égypte, Émirats Arabes Unis…)

– L’Irak revendique deux îlots koweïtiens qui lui assureraient une meilleure ouverture sur le Golfe persique, réclame que le Koweït assouplisse ses demandes de remboursements de la dette, et accuse le Koweït de prélever du pétrole dans les nappes appartenant à l’Irak

– Offensive militaire américaine avec l’aval de l’ONU et le soutien de nombreux pays arabes

Lettre de Tarek Aziz, ministre irakien des Affaires Étrangères, à la Ligue des États Arabes, 16 juillet 1990

« L’Irak croit que les Arabes, dans tous leurs pays, sont une seule nation (…) Les dirigeants koweïtiens ont empiété sur l’Irak et l’ont lésé systématiquement, délibérément et continuellement. Ils ont aussi tenté de l’affaiblir au sortir d’une guerre accablante de huit ans. Tous les Arabes honnêtes ont dit que, durant cette guerre, l’Irak défendait la souveraineté de la nation arabe toute entière, des pays du Golfe et du Koweït en particulier. Le gouvernement koweïtien a poursuivi cette politique, qui tente délibérément d’affaiblir l’Irak, à un moment où l’Irak affronte une farouche campagne impérialo-sioniste par suite de ses positions panarabes dans la défense du droit des Arabes. Durant les longues années de la guerre, le gouvernement koweïtien a profité de l’engagement de l’Irak dans la guerre pour comploter une escalade dans son avance graduelle vers le territoire irakien. Le gouvernement koweïtien et le gouvernement des Émirats Arabes Unis (EAU) ont tramé volontairement une machination pour submerger le marché de quantités de pétrole bien supérieures à leurs quotas. Cette politique a provoqué une chute considérable des prix du pétrole, ce qui veut dire que l’Irak a subi une perte de plusieurs milliards de dollars. Depuis 1980, le Koweït a implanté des installations pétrolières sur la partie sud du gisement irakien de Rumaylah et y a pompé du pétrole. A propos de l’aide accordée par le Koweït et les EAU à l’Irak pendant la guerre, la plus grande partie de cette aide est toujours consignée comme une dette. Nous avons approché fraternellement les parties concernées pour effacer cette dette, mais ils ont éludé la question.«