Le conflit libyen, entre « mystère » et confusion

D’après Larédac’ à 12h30 le 27 Août 2014

Le sud de la capitale libyenne a été visé par un nouveau raid aérien, dirigé contre des miliciens dit « islamistes », mais personne n’est capable de dire avec certitude d’où viennent les avions mystérieux qui semblent prêter main forte aux combattants nationalistes défendant l’aéroport de Tripoli.

Le nouveau raid, lancé dans la nuit de vendredi à samedi, est intervenu cinq jours après un premier bombardement, également de nuit, qui a provoqué l’émoi parmi la population de Tripoli et suscité de nombreuses questions, restées sans réponse.

Ni les miliciens visés ni le gouvernement provisoire, sans réelle autorité sur le pays et siégeant à Tobrouk, à 1.600 km à l’est de Tripoli, n’ont été capables d’identifier les deux avions qui ont lancé le premier raid lundi.

Et samedi, après la nouvelle attaque aérienne contre des positions islamistes près de l’aéroport de Tripoli, un porte-parole de miliciens islamistes a répété la même chose.

« Nous n’avons pas encore identifié l’avion qui a mené ce raid, tout comme (nous n’avons pas identifié) ceux qui nous attaqué lundi« , a déclaré Mohamed al-Ghariani, porte-parole du groupe islamiste « Fajr Libya » (« Aube de la Libye »).

Selon lui, l’avion a visé, au sud de Tripoli, un QG de l’armée et un dépôt de marchandises proche, faisant au moins dix morts et une vingtaine de blessés parmi les combattants islamistes.

Le QG visé avait changé de mains ces derniers jours, les combattants islamistes, dont une partie vient de Misrata, à l’est de Tripoli, l’ayant arraché à ceux, nationalistes, de Zenten (ouest).

Le général dissident Khalifa Haftar, hostile aux ex rebelles dits « islamistes » et favorables à leurs adversaires de Zenten, a revendiqué le premier raid aérien, mais des spécialistes ont mis en doute sa capacité à mener de telles attaques.

Selon ces experts, les avions dont dispose le général Haftar, basé à Benghazi, à 1.000 km à l’est de Tripoli, n’auraient pas l’autonomie suffisante pour lancer de tels raids et ne seraine t pas équipés, de surcroît, pour opérer de nuit.

Le gouvernement libyen a indiqué quant à lui enquêter sur l’identité des avions qui ont lancé le premier raid, mais n’a apporté depuis aucune autre précision.

Pour Mohamed al-Ghariani, il ne fait pas de doute que ces raids sont destinés à alléger la pression sur les miliciens de Zenten qui ont, selon lui, des difficultés à repousser les assauts des hommes de « Fajr Libya » dont le but ultime est de prendre le contrôle l’aéroport international de Tripoli.

Les combats pour le contrôle de l’aéroport, fermé depuis le début des affrontements le 13 juillet, sont les plus violents en près de trois ans dans la capitale libyenne.

Les théories les plus fantaisistes circulent dans les médias et les milieux politiques libyens sur ces avions mystérieux. Certains parlent d’intervention de pays occidentaux, mais la France, l’Italie et les Etats-Unis ont démenti toute implication.

Pour les ex rebelles dits « islamistes », une implication de pays étrangers à l’appel des autorités libyennes n’est pas à écarter : le nouveau Parlement, élu le 25 juin, a demandé une intervention étrangère pour protéger les civils.

D’autres évoquent la piste de pays voisins, notamment celle de l’Egypte, hostile aux islamistes. Mais les autorités du Caire, mises en cause par de nombreux islamistes libyens, n’ont pas réagi à ces accusations.

Alger, de son côté, n’a cessé de répéter qu’il n’interviendrait pas en Libye.

« Il faut parvenir à créer un consensus pour mettre en place un gouvernement et des institutions capables de diriger » la Libye mais « aller avec nos forces pour rétablir la situation n’est pas une solution et ne peut constituer une solution« , a ainsi affirmé le 7 août le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal.

Pendant ce temps, certains en Libye affirment que le général Haftar aurait fait réparer en Russie des bombardiers de type Sukhoi capables de lancer de tels raids.

Et une autre hypothèse veut que les combattants de Zenten, en difficulté, se soient assurés les services de mercenaires et aient loué des avions à une armée indéterminée pour lancer ces raids.

L’Egypte dément avoir bombardé des milices à Tripoli

L’Egypte a démenti « catégoriquement » dimanche avoir bombardé des positions de milices islamistes libyennes engagées dans la bataille pour le contrôle de l’aéroport de Tripoli, comme ces dernières en ont accusé Le Caire.

Samedi, un porte-parole de miliciens islamistes avait accusé l’Egypte et les Emirats Arabes unis d’être responsables de l’envoi d’avions de combat non identifiés cette semaine dans au moins deux raids nocturnes contre leurs positions près de l’aéroport de la capitale libyenne. 

« L’Egypte dément catégoriquement les informations de presse sur des bombardements par des avions de combat égyptiens de positions contrôlées par des milices islamistes armées dans la capitale libyenne Tripoli« , a affirmé dans un communiqué le ministère égyptien des Affaires étrangères.

Le Parlement libyen qualifie de « terroristes » les dits « islamistes » et les « jihadistes »


Le Parlement libyen a qualifié dans la nuit de samedi à dimanche de « terroristes » les islamistes et les jihadistes qui contestent sa légitimité et affirmé son intention de les combattre en soutenant les forces armées régulières.

« Les groupes qui agissent sous les noms de « Fajr Libya » (Aube de la Libye) et « Ansar Asharia » sont des groupes designer « terroristes » et hors-la-loi qui se dressent contre le pouvoir légitime« , a affirmé dans un communiqué le Parlement, depuis Tobrouk (1.600 km à l’est de Tripoli) où il siège.

Le Parlement s’est dit déterminé à venir à bout de ces deux groupes, sans faire référence aux accusations des islamistes qui lui reprochent d’être complice, avec le gouvernement provisoire, des Emirats arabes unis et de l’Egypte, responsables, selon eux, de raids aériens contre leurs milices près de Tripoli.

Fajr Libya est une coalition de milices islamistes venant essentiellement de Misrata, à l’est de Tripoli.

Ansar Asharia, classé comme « terroriste » par les Etats-Unis, prône le « jihad » et contrôle quelque 80% de la ville de Benghazi (1.000 km à l’est de Tripoli) où il résiste bien à une offensive du général dissident Khalifa Haftar.

« Ces deux groupes sont une cible légitime pour l’armée nationale, que nous soutenons avec force pour qu’elle continue sa guerre jusqu’à les contraindre à cesser les tueries et à remettre leurs armes« , a ajouté le Parlement.

Après avoir annoncé avoir pris samedi l’aéroport de Tripoli aux miliciens nationalistes de Zenten (ouest), les islamistes de Fajr Libya ont accusé les Emirats arabes unis et l’Egypte d’avoir envoyé leurs aviations bombarder leurs positions et soutenir leurs adversaires.

Ils ont retiré leur confiance au Parlement élu le 25 juin et au gouvernement provisoire, et invité l’assemblée sortante, le Conseil général national (CGN) à reprendre ses activités, ce qu’il a accepté de faire.

Le CGN, où les islamistes étaient bien représentés, a été remplacé par le Parlement dominé par les non-islamistes.

Source : avec Afp, Reuters, Libyan News Agency (LANA), Libya Al-Ahrar TV , RFI, agences de presse Libyennes