Le forum de Bangui reporté au 11 mai prochain

La présidente de la transition, Catherine Samba Panza a confirmé la date dans un décret rendu public le 22 avril dernier. L’idée du report aurait été proposée par le médiateur Denis Sassou-N’guesso, lors du passage à Brazzaville le week-end dernier du Premier ministre centrafricain, Mahamat Kamoun, rapporte l’APA.

C’est finalement à l’issue d’un entretien entre le président du Conseil national de la transition (CNT), Ferdinand Alexandre Nguendet et le Premier ministre Kamoun, président du comité de suivi de l’accord de cessation des hostilités signés le 23 juillet 2014 à Brazzaville que les autorités centrafricaines ont évoqué des raisons organisationnelles et logistiques pour justifier cette décision, précise la même source.

A en croire l’APA, le président Denis Sassou N’guesso aurait souhaité le report des assises pour permettre la participation de tous les protagonistes du conflit en Centrafrique, afin de mettre un terme définitif à la crise. Le médiateur congolais serait favorable à la participation des anciens présidents François Bozizé et Michel Djotodia, au dialogue de Bangui.

Cependant sur place à Bangui, des tractations sont en cours autour des quotas de participation alloués aux différentes entités par le comité technique d’organisation. Les groupes armés ex-Séléka et les anti-Balaka contestent les 15 places qui leur ont été accordées à chacun. Ils exigent plutôt 25 places par groupe. Certaines associations musulmanes du quartier PK5, ont aussi dénoncé les 13 places qui leur ont été réservées par le comité technique.

A lire et écouter : Brève histoire de la Centrafrique…

Le pays se dote d’une Cour pénale spéciale

Le forum de paix et de réconciliation attendu du 4 au 11 mai 2015, devait mobiliser l’ensemble de la communauté internationale notamment la médiation internationale conduite par Denis Sassou-N’Guesso, la mission onusienne, la France à travers l’opération Sangaris ainsi que les partenaires traditionnels de la RCA.

Hormis, les autres questions de fond (paix, réconciliation, sécurité, relance économique), les acteurs du forum aborderont également l’épineuse question de lutte contre l’impunité. Mercredi 22 avril, le CNT ( actuel parlement de transition) a voté le projet d’une nouvelle loi portant mise en place d’une Cour pénale spéciale (CPS) pour connaitre de tous les crimes commis dans le pays depuis 2003, année du coup de force de l’ancien président François Bozize.

La mise en place de cette juridiction spéciale a été fortement recommandée par l’ensemble de la société civile centrafricaine et particulièrement par les organisations des droits de l’homme. La nouvelle loi prévoit une CPS composée de 27 juges, dont 14 magistrats centrafricains et 13 autres étrangers. La cour sera présidée par un juge centrafricain alors que le parquet général sera dirigé par un magistrat étranger.

Mais la période couverte par cette Cour continue de susciter de vives critiques à Bangui. Dans le projet de loi initial, la compétence de la cour partait depuis le 1er janvier 2003. Les parlementaires de transition par contre l’ont reculé à partir de la date du renversement du défunt président Ange-Félix Patassé.

La vie est toujours aussi dur dans les enclaves

À Carnot, située à l’Ouest de la RCA, un peu plus de 500 musulmans sont encore dans cette ville devenue leur prison où tous vivent enfermés dans l’enceinte de l’église « Saint Martyr de l’Ouganda » dernier refuge qu’ils ont pu trouvés après leur fuite.

Lire l’histoire de d’Aoudou : http://msf.fr/actualite/articles/rca-enclave-carnot-pensait-rester-quelques-jours-quelques-semaines-au-plus-cela-f

Ils n’ont plus rien si ce n’est quelques couvertures, habits et des nattes jonchant le sol du lieu de culte mélangés au souvenir atroce tournant dans leur tête, faisant de leurs vies dévastées et les épreuves vécues pour arriver jusqu’à l’église, un film qui tourne en boucle.

Lire l’histoire d’Abiba : http://msf.fr/actualite/articles/rca-enclave-carnot-je-reve-juste-pouvoir-sortir-ici-et-tout-recommencer

Un dispensaire mobile passe tous les jeudis afin d’offrir des consultations médicales ou un transport vers un hôpital si cela est nécessaire. MSF nous conte plusieurs histoire comme celle de Doudou, 25 ans, et son enfant née sur le sol de l’église ou encore Aoudou, 28 ans et orphelin. Tous ont vécu l’horreur de la violence punitive des anti-balakas.

Lire l’histoire de Doudou : http://msf.fr/actualite/articles/rca-enclave-carnot-sans-mari-sans-famille-comment-faire

À Bangui, dans la tristement célèbre enclave musulmane du PK5, c’est une délégation de médecins de l’ONG Yeryüzü Doktorlari qui depuis mardi dernier vient au secours des sinistrés musulmans et chrétiens dans le centre médical Chifa. Ces médecins sont venus prêter main-forte à deux médecins, une sage-femme et un pharmacien opérant déjà sur les lieux.

Le docteur Abdullah Ucak, qui fait partie de la délégation, a déclaré à Anadolu que l’objectif premier de l’ONG est « d’appuyer techniquement et matériellement, la clinique Chifa à travers les expertises et aussi des médicaments« .

Les médecins pourront apporter leur savoir-faire et leur expérience comme l’a souligné le major Célestin Léna, responsable du centre médical Chifa dans l’enclave du PK5 « durant deux jours, deux médecins, Abdullah Ucak et Mehmet Sait Deger, ont apporté leur savoir-faire à nos côtés et cela nous a vraiment réconfortés« .

Profitant d’une accalmie précaire depuis quelques mois dans le quartier PK5, l’ONG n’est pas venue les mians vides et a apporté en guise de présent des centaines de médicaments, répartis dans 12 cartons, au centre médical Chifa. « L’arrivée de ces médecins nous a permis d’être ravitaillés en médicaments car notre pharmacie était vraiment vide. On a également bénéficié de ce qu’ils nous ont expliqué sur un plan professionnel » a déclaré le major qui est bien placé pour savoir combien les difficultés que rencontre le centre en matière de matériels et d’expertises sont grandes (ruptures fréquentes de médicaments, manque de salles d’intervention chirurgicale, etc..)

« Nous n’apportons pas que des médicaments mais nous sommes venus voir, analyser et déterminer les procédures pour agrandir la clinique afin d’accroître sa puissance de traitement de patients, et aussi en faire un complexe sanitaire » a affirmé le Dr Ucak.

La situation sanitaire dans l’enclave musulmane est horrible… Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il n’y a pas ou presque pas de centre sanitaire actif qui pourrait traiter les patients musulmans qui évitent, et ce malgré des temps plus calmes, de sortir par peur de se faire agresser. Mercredi dernier, les médecins turques se sont entretenus avec les autorités centrafricaines qui leur ont promis d’améliorer au plus vite les conditions sanitaires dans l’enclave.

Fatimé Assiatou, 29 ans, venue avec son fils de 7 ans est soulagée de voir des médecins musulmans venir en aide à la population de Bangui « ça fait plaisir que la Turquie qui est une nation musulmane, ne nous oublie pas en envoyant des médecins et des médicaments pour nous soutenir dans ces moments terribles« .

Cependant, et il est bon de le souligner, le centre accueille également les chrétiens qui vivent dans l’enclave du PK5 puisque eux aussi sont au milieu de la rage de leur coreligionnaire. Solidaires dans les épreuves… « Ici, nous ne traitons pas que des musulmans mais des chrétiens aussi car, dans le PK5 habitent chrétiens et musulmans » a nuancé Sylviane qui fait partie du personnel de santé de la clinique Chifa.

Sur un mur neuf, comme un mémorial du souvenir, des photos de violences des derniers mois sont affichées. Pour un très grand nombre se sont celles de musulmans victimes d’agressions du groupe des Anti-Balaka, à majorité chrétienne. Toutes ces personnes ont été prise en charge au centre médical Chifa.

« Le centre accueille entre 20 et 50 patients au quotidien et les soins sont gratuits« , a déclaré à son tour Tidjani Ahmed, fonctionnaire dans l’administration de l’établissement sanitaire.

L’entraide entre communauté

Fort heureusement à chaque fois que les ténèbres s’installent il suffit d’un peu de lumière dans cette obscurité pour redonner de l’espoir. Toujours à Bangui, une initiative venant de la communauté chrétienne ravive le coeur des musulmans et redonne espoir en un lendemain commun. Les cloches de l’église de Lakouanga retrouveront bientôt l’appel à la prière du muezzin.

Christian Aime Ndotah, a pris la décision de rénover une mosquée de Bangui. Une quinzaine de personnes ont répondu à son appel, ce qui le remplit de fierté. « Nous avons fait cette œuvre de manière volontaire« , a-t-il expliqué, « c’est notre contribution à cet état d’esprit de réconciliation, de cohésion sociale, on est là pour permettre à nos frères musulmans qui sont dans le quartier et qui n’ont plus de lieu de culte de pouvoir venir prier dans cette mosquée-là« .

Et il y a du travail comme a pu le constater Leder Lazar, un chrétien qui est venu du KM5 voisin pour venir en aide à la rénovation du lieu de culte. En entrant dans la mosquée, il a marché sur des débris de verre ainsi que sur des morceaux de tôle, la mosquée est dans un piteux état. « Il y a du travail parce qu’au niveau du sol, il y a quand même pas mal de choses, des détritus, de la saleté qu’il faut nettoyer. Au niveau du gros oeuvre, les ouvertures sont cassées, les tôles sont parties. Au niveau des murs, il y a des graffitis, on va mettre de la chaux pour remettre un peu la propreté« .

Avec beaucoup d’émotions et la gorge serrée par la grandeur de l’intention après ce drame humain, Issani Maga, membre du comité de gestion de la mosquée, a voulu exprimer sa reconnaissance non sans difficulté. « je crois qu’à travers ce geste initié par des frères chrétiens qui ont dit « non », il fallait faire quelque chose pour cette mosquée, il fallait que cette maison de Dieu puisse s’ouvrir. Pour nous musulmans, on n’a pas de mots, du fond du coeur. On n’a pas cru. Puisque même nous, on a peur. Et ce geste-là nous a extirpé la peur » a-t-il déclaré.

Source : avec Agence Apa, Reuters, Human Rights Watch, Agence de l’ONU, MSF, LeJournaldeBangui