Le monde musulman et la science : De l’âge d’or à l’obscurantisme

D’après Larédac’ à 10h21 le 21 Mai 2014

Au-dessus une page du livre d’algèbre du grand mathématicien Al-Khawarizmi, né en 780 et mort à Bagdad en 850


«Les savants des temps passés et des nations révolues n’ont cessé de composer des livres. Ils l’ont fait pour léguer leur savoir à ceux qui les suivent. Ainsi demeurera vive la quête de la vérité.» de Al-Khwarizmi

Depuis le début de notre aventure nous vous avons présenté plusieurs scientifiques musulmans qui ont grandement contribué à la science moderne. Mais ça c’était avant, aujourd’hui la science dans le Moyen-Orient semble morte. Selon Thomson Reuters, les Arabes, les Persans et les Turcs du Moyen-Orient n’auraient produit que 4% de la littérature scientifique mondiale. Chiffre dérisoire pour presque tous les historiens spécialisés dans l’histoire de la science, de plus cette valeur est encore plus petite quand elle est associée au fait que les scientifiques et érudits musulmans, à un moment, ont conduit le monde de la science de l’obscurantisme à la lumière.

En effet, entre l’aube du 9ème siècle et le milieu du 13ème siècle, à une époque où l’Europe languissait dans l’âge des ténèbres, les savants islamiques faisaient des progrès monumentaux en mathématiques, en médecine, en géographie ou encore en physique et dans bien d’autres domaines. Penseurs de toutes les religions et ethnies se sont réunis dans des villes cosmopolites comme Bagdad et Damas pour discuter des dernières découvertes et des concepts théoriques. Les pensées et idées de tous ces hommes étaient tellement appréciées qu’elles étaient presque devenues une forme de monnaie. Déjà à cette époque des observatoires étaient construits pour étudier le ciel. L’Algèbre naquit à cette période. L’utilisation de chiffres arabes – 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, – qui ont été initialement mis au point en Inde, est devenue très répandue, on pourrait même dire indispensable.

Mais que s’est-il donc passé?

Il est facile de pointer du doigt les fondamentalistes modernes d’aujourd’hui et ainsi prononcer une seule réponse : «religion». Mais la plupart des historiens de la science rejettent cette explication simpliste. Au lieu de cela, ils ont préféré rechercher une convergence de facteurs qui les a conduits à l’apogée de l’âge d’or de la science dans le monde musulman suivie par un bourbier où celle-ci s’est enlisée depuis.

Selon les historiens les guerres seraient peut-être la principale raison de cette baisse. Dans les 11e et 12e siècles, les différentes croisades des armées chrétiennes d’Europe pour envahir le Moyen-Orient afin de récupérer la Terre Sainte ont été plus qu’épuisante pour les musulmans. En effet, ces attaques ont laissé l’Empire islamique gravement affaibli. Lorsque les Mongols ont envahi l’est de quelques années plus tard, ils ont été accueillis avec une maigre résistance. En fin de compte, la belle Bagdad a été mise à feu, en 1258, avec pour conséquence beaucoup de livres et de manuscrits d’une valeur inestimable perdue à jamais.

Avançons un peu plus loin dans le temps pour se retrouver en 1400. L’imprimerie est en train de révolutionner la diffusion des idées. Malheureusement, le monde musulman est laissé de côté pour les deux siècles à venir, ces deux cent ans seront cruciales. La langue arabe, qui dans le passé a servi la science de façon incroyable en raison de sa précision, s’est avérée trop compliqué pour les typographes. Alors que de nouvelles idées révolutionnaires coulaient en Europe, principalement à travers les livres imprimés en latin, leurs propagations ont stagné dans le monde scientifique musulman. Le triste paradoxe c’est que ce sont les érudits musulmans qui ont traduit la plupart de ces oeuvres.  

La découverte de Christophe Colomb du « Nouveau Monde » est un autre coup dur dans la descente dans l’oubli de la science islamique. Après cette découverte le monde économique est chamboulé, soudainement, les routes commerciales ont changé, et l’argent a commencé à affluer abondamment en Espagne, en Italie et en Angleterre notamment, et cela au détriment du monde musulman, le Moyen-Orient étant le plus touché. Autres facteurs importants, le transfert des investissements de riches bienfaiteurs qui ont commencé à délaisser le financement au Moyen-Orient au profit de projets scientifiques en Europe. Et parallèlement à tout cela la misère a commencé à s’infiltrer dans le monde musulman.

Le Moyen-Orient aura été finalement réuni sous la bannière de l’Empire ottoman entre les 15e et le 19e siècles, et si la société a vu un peu de résurgence à cette époque, la science et la technologie eux malheureusement n’ont pas suivi. La première place dans cette catégorie avait été cédée à l’Europe, et l’Europe n’allait pas l’abandonner de sitôt même si pour cela elle devait omettre des références historiques.

Après la chute de l’Empire ottoman dans les années 1800, une grande partie du Moyen-Orient a été occupée par les puissances européennes, principalement la France et la Grande-Bretagne. En vertu de cette commande, la science ne peut pas se développer. La Religion, cependant, a augmenté son enracinement ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi mais le monde musulman s’est replié sur la science religieuse en délaissant tous les autres aspects de celle-ci.

Bien que l’Islam peut-être interprété comme une acceptation, voire plus que convaincante de l’étude et l’exploration du monde naturel, ce point de vue a été vu comme une minorité par la plupart de ceux qui ont eu le pouvoir. Paradoxalement, il semblerait que ce soit l’autocratie ainsi que la théocratie politique qui serait probablement la cause du retour de la science dans le Moyen-Orient pour ce dernier siècle. Aujourd’hui la science semble germer dans certaines parties du monde islamique – en Iran et en Turquie, par exemple – mais est-ce que cette tendance se poursuivra à l’avenir cela reste à voir si Dieu le veut.