Le Myanmar est « effectivement un état d’apartheid »

Musulmans réfugiés dans le camp de Yin Daw aux environs de Meiktila dans le centre du pays. © Bruno Amsellem / Signatures

Dans certains cantons dans l'Etat d'Arakan, les Rakhines menacent de terroriser les Rohingya(s) le jour de l'Aïd. Ce jour ne sera pas signe de fête pour tout le monde…..

Les cantons de Rakhines, Kyauktaw, Minbya, Myebon, Sittwe, Rathedaung, Buthidaung et de Maungdaw auraient été menacés… Les Rakhines ont exprimé leur envie de massacrer les « Bengalis » (les Rohingya(s) sont appelés ainsi par les autorités et les bouddhistes afin de les considérer comme des étrangers illégaux).

À Maungdaw et Buthidaung beaucoup d'étrangers soupçonnés d'appartenir à l'Armée de l'Arakan, ont été aperçus, selon les résidents.

Ces étrangers ont été signalés portant des uniformes de la police des frontières.

La nuit, ils se réunissent et organisent des réunions dans les monastères et les grandes maisons de résidents de Rakhine. Sûrement afin de préparer leurs actions… Ils déplacent tranquillement sous la bienveillance de l'armée et de la police du Maynmar.

Les Rohingya(s) craignent donc que quelque chose de grave arrive le jour de Aïd Al-Adha (Qu'Allah leur en préserve) puisque les menaces et l'arrivée de ces étrangers coïncident.

A noter que plutôt ce mois-ci, des militaires ont pris les armes et se sont positionnés dans un monastère dans le village de Ka Kyat Phat dans le Buthidaung.

Le Myanmar est « effectivement un état d'apartheid » pour les musulmans

Fouetté par les pluies de la mousson et surveillé par des voisins hostiles, les familles de Rohingya(s) se pressent dans des camps sordides tout le long de la baie du Bengale : Ils sont les oubliés de l'élection générale de Myanmar.

Une campagne impitoyable et systématique de privation des droits civiques a retiré à un demi-million d'individus leur droit de vote.

En tant que leader de l'opposition Aung San Suu Kyi (prix Nobel de la « Paix » ? comme « Oncle Tom » Obama le super drone-Killer) – a lancé sa campagne ce mois-ci, en disant que la « démocratie donne aux gens la liberté et la sécurité« . Oui mais son silence pesant sur le sort de la minorité musulmane Rohingya prouve que tous les « gens » du Maynmar non pas le droit aux mêmes libertés ou à la même sécurité, elle n'a pas non plus pris parti de la minorité lorsque celle-ci s'est vu être retirée des listes électorales disparaissant ainsi totalement du paysage politique birman.

Les diplomates étrangers à Yangon craignent que la transition vers la « démocratie » tourne mal -c'est un euphémisme que de dire cela, comment pourrait-il en être autrement ?-

Les militants des droits humains observent depuis plusieurs années le pays glisser vers un « état d'apartheid ».

Beaucoup ont critiqué et critique encore Mme Suu Kyi pour avoir omis de parler directement des Rohingyas – même si elle est elle-même victime d'un préjudice institutionnel. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, peut gagner, mais en vertu de la Constitution du Myanmar, elle ne peut devenir président parce que son défunt mari, Michael Aris, était britannique, comme le sont ses fils, Alexander et Kim.

A lire : Myanmar : Des lois anti-#musulmanes votées sous la pression de groupes bouddhistes extrémistes

(FILES) In a file picture taken on April 29, 2013, Myanmar President Thein Sein delivers a speech at the United Nations during the Economic and Social Commision for Asia and the Pacific (ESCAP) 69th Session of the Commission in Bangkok. President Thein Sein's historic invitation to the White House is an endorsement of

 

L'homme derrière ses manœuvres de dépouillement des droits des Rohingya(s) au vote, n'est autre que le président Thein Sein, un ancien général (Photo ci-contre).

Il se vantait dans un message vidéo de son rôle personnel dans l'interdiction des Rohingya(s) et dans l'élaboration de nouvelles lois, discriminatoires, pour protéger « la race et de religion ». »Il y a une mobilisation des préjugés et de la haine contre les Rohingya(s) dans la société birmane » et l'intérêt « du gouvernement est de sauter sur celle-ci« , a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie de l'ONG – Human Rights Watch.Lesdits « moines » bouddhistes militants ont commencé une campagne contre les 1,1 million de Rohingya(s), peuple apatride considéré comme immigré « Bengali » même si beaucoup de générations d'entre eux ont servi le Myanmar en tant que soldats, policiers ou fonctionnaires.Des dizaines de milliers d'entre eux ont été contraints de remettre leur carte blanche d'identité. Carte qui leur donné jusqu'alors un statut précaire au Myanmar.

Plus de 25 000 ont fui dans des embarcations de fortune à travers la mer d'Andaman plutôt cette année, de nombreuses victimes sont tombées aux mains des passeurs qui n'hésitent pas à extorquer, à enlever, à assassiner ces pauvres âmes.

Environ 140.000 restent confinés dans des camps dans l'État de Rakhine -également connu comme Arakan- piégés par des milices locales et la police qui a pris le contrôle des écoles et des hôpitaux et ont réussi à chasser la plupart des groupes d'aides internationaux.

Lire aussi : Barricadés : Des #Rohingya(s) luttent afin de survivre (Témoignage)

« Leur situation est horrible – il n'y a pas assez de nourriture, les services médicaux sont tout à fait insuffisants, il n'y a aucun accès à l'éducation, pas de moyens de subsistance. C'est effectivement un état d'apartheid« , a déclaré M. Robertson, en citant les derniers rapports des divers travailleurs humanitaires.

« Un grand nombre de Rohingya(s) ont compris que l'avenir au Myanmar a disparu« .

Des signes inquiétants se multipliant pour un groupe qui est considéré comme « les personnes les plus persécutées du monde« .

Le gouvernement a rejeté un appel émie par neuf ambassades étrangères, y compris celles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, pour « la tolérance, le respect mutuel et l'égalité devant la loi pour assurer des élections pacifiques et inclusives« .

L'influence occidentale au Myanmar – un enjeu stratégique en équilibre entre la Chine et l'Inde qui a attiré le Premier ministre britannique David Cameron et le président américain Barack Obama à visiter ses « réformateurs » – semble minime.

A lire : Le #Myanmar prend mal l’exhortation faite par l’ONU d’accorder la citoyenneté aux #Rohingyas

Quatre projets de loi adoptés par le Parlement vont forcer les femmes à demander l'autorisation afin d'épouser un musulman, exiger – voire obligation de changer de religion afin d'obtenir l'approbation de l'État, de restreindre les femmes Rohingya(s), dans certaines régions, à n'avoir qu'un enfant tous les trois ans et de proscrire la polygamie.

Les lois sont destinées à satisfaire des « bouddhistes » chauvins et xénophobes qui prétendent être menacés par la petite communauté musulmane. Ces lois « sont un désastre absolu pour le droit« , a déclaré M. Robertson.

Ces intransigeants « bouddhistes » soutiennent mordicus, avec un déni complet de la réalité et de l'histoire des Rohingya(s), que les Rohingya(s) doivent être (r)envoyées au Bangladesh parce qu'ils seraient Bengalis « ethniquement ».

Lire – A relire : Histoire des #Rohingyas

Les élections du 8 Novembre vont choisir les représentants du Parlement et des assemblées régionales.

Dans les camps de Rohingyas, beaucoup de gens ne vont pas attendre les résultats. Lorsque la mousson sera terminée le mois prochain et que les mers seront plus calmes, ils reprendront les bateaux une fois de plus selon les travailleurs humanitaires.

« Certains ont l'intention de prendre le contrôle de notre pays en utilisant les boat people et les Rohingya(s)« , a déclaré le moine SS Ashin Wirathu, co-leader du « Comité pour la protection de la race (nation) et de la religion ». Une sournoiserie de plus pour une propagande de haine bien huilée.

« Si environ 60 millions de personnes en provenance du Bangladesh viennent dans notre pays, le Myanmar sera sous le contrôle d'une autre nation » ajoute ce fabulateur de « moine ».

Il y a peu de statistiques fiables au Myanmar, mais un recensement comptait une population d'environ 51 millions l'an dernier; le CIA World Factbook estime qu'il y aurait entre 4 et 6 % de musulmans.

L'intolérance sectaire semble s'être élargi, au-delà des Rohingya(s), à tous les musulmans. Aucun candidat musulman n'a pu passer les tests de citoyenneté imposés à toute personne qui veut se présenter aux élections.

Pensons à eux dans nos prières…..

Sources : Reuters, The Sunday Times, Burma News