Le Myanmar prend mal l’exhortation faite par l’ONU d’accorder la citoyenneté aux Rohingyas

D’après Larédac à 19h22 le 24 Novembre 2014

Alors que des milliers de catholiques birmans célèbrent les 500 ans de l’arrivée de la religion en Birmanie, alors que des milliers de Rohingyas sont portés disparus au large de la Birmanie au moment même où Barack Obama finissait son voyage dans le pays, le Myanmar (Birmanie) a rejeté jeudi 20 novembre une résolution de l’ONU l’exhortant à accorder la citoyenneté aux Rohingya, la minorité musulmane dite apatride, et a accusé l’ONU d’empiéter sur sa souveraineté.

La résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies – comité des droits de l’homme – , qui a été adopté mardi, a également appelé les bouddhistes (majorité au Myanmar ) à stopper leur violence contre les musulmans, qui n’ont fait qu’augmenter depuis la fin du régime militaire, en Mars 2011.

« La citoyenneté ne sera pas accordée à ceux qui n’en ont par le droit en vertu de cette loi, peu importe celui qui applique des pressions sur nous« , a déclaré le porte-parole du gouvernement Ye Htut dans un communiqué. « Il en va de notre droit souverain.« 

Après être sortie de 49 ans de régime militaire, le Myanmar a fait face à des spasmes répétés de violence, du à des sectaires – et encouragé par le pouvoir en place – , qui ont fait qu’entacher la transition « démocratique » et menace de saper toutes réformes politiques et économiques…

Cependant, et tout dépend où l’on regarde, pour l’économique cela reste de bonne augure : La compagnie française Total, l’entreprise américaine Chevron et la compagnie thaïlandaise PTT Exploration & Production (PTTEP) ont conclu au début des années 90 un partenariat avec la compagnie d’État birmane Myanmar Oil and Gas Enterprise (MOGE) afin de mettre sur pied un des projets les plus controversés connus à ce jour : le « projet gazier Yadana ». Yadana, qui signifie « trésor » en birman, est le nom donné au pipe-line de 60 km de long qui transporte jusqu’à la Thaïlande du gaz naturel extrait par une plate-forme située au sud des côtes birmanes. Le pipe-line traverse le sud-est de la Birmanie, région à l’environnement fragile qui est contrôlée et administrée traditionnellement par des communautés Karen, Mon et Tavoyan. La plus grande part du gaz extrait est achetée par l’autorité pétrolière thaïlandaise (PTT); en réalité seule une faible partie du gaz et des revenus qu’il génère est utilisée au profit du peuple birman, ou est destinée à améliorer la sécurité énergétique du pays.

Les affrontements entre Rohingyas et bouddhistes dans le Rakhine ont explosé et pris une ampleur sans précédant, en Juin et Octobre de l’année dernière, faisant plus de 140.000 personnes chassées de chez elles et qui sont donc devenus des sans-abri, la plupart d’entre eux étant de l’ethnie Rohingya. Le gouvernement du Myanmar affirme que seulement 192 personnes ont été tuées dans les troubles; les Rohingya et les ONG estiment qu’il y en a eux plus 750.

Depuis lors, des dizaines de milliers de Rohingya ont fui le Myanmar par bateau, dans l’espoir d’obtenir une vie meilleure en Malaisie, un pays à majorité musulmane.

Plusieurs milliers de Rohingyas sont portés disparus depuis qu’ils ont quitté le pays ces dernières semaines, a déclaré samedi Chris Lewa, du Projet Arakan, une ONG qui surveille les migrations dans le Golfe du Bengale.

Près de 1,1 million de Rohingyas vivent en Birmanie, dans l’Etat de Rakhine (ou Arakan).

D’après Chris Lewa, du Projet Arakan, 12.000 Rohingyas ont pris la mer depuis le 15 octobre. Quatre mille boat-people supplémentaires sont partis depuis le Bangladesh voisin.

Leur destination finale est la Malaisie, mais la plupart transitent par la Thaïlande, où ils sont souvent enlevés par des trafiquants et détenus dans des camps construits dans la jungle, près de la frontière malaisienne, jusqu’à ce que leurs proches puissent verser une rançon en échange de leur libération.

Depuis le début du mois, les autorités thaïlandaises en ont intercepté 460, placés en détention pour immigration illégale. Les autres sont introuvables. « Où sont-ils ? Nous devenons très inquiets« , a dit Chris Lewa.

La violence contre les musulmans ont pris se propager davantage cette année, le plus récemment en Thandwe, un canton sur la côte de Rakhine, où une foule a tué cinq musulmans dans une série d’attaques entre le 29 Septembre et le 2 octobre.

Le gouvernement du Myanmar affirme que les Rohingya sont des migrants originaires du Bangladesh voisin.

Une Loi sur la citoyenneté de 1982 exclu les Rohingya de la liste officielle du Myanmar où est mentionné les 135 groupes ethniques, les rendants ainsi apatride dans leur propre pays, bien que de nombreux Rohingya sont arrivés au Myanmar depuis des générations. Le Bangladesh les renie aussi et a refusé de leur accorder le statut de réfugié depuis 1992. Depuis le début de cette année, le gouvernement du Myanmar a intensifié la pression sur les fonctionnaires étrangers pour ne pas utiliser le mot « Rohingya ». Afin d’effacer même leur identité nominative !

Photo de Pablo Martinez Monsivais pour AP : Le président américain Barack Obama, à droite, au mémorial aux Martyrs de l’Indépendance, où le premier drapeau birman a été soulevée, Than Myint-U, à gauche, fondateur et président de Yangon Heritage Trust, vendredi 14 novembre 2014 à Yangon, au Myanmar

Lors de la visite du Président Barack Obama en Birmanie, les défenseurs de la cause « Rohingyas » espéraient qu’Oncle Tom prononcerait quelque chose à leur sujet ou tout simplement, évoquerait leur nom. Dans le but d’attirer l’attention sur la question, un groupe de défense américains contre les génocides avait lancé une campagne médiatique sur les réseaux sociaux intitulée #JustSayTheirName, et des milliers de personnes ont signé des pétitions (même en France) en ligne et tweeté des photos d’eux brandissant des pancartes avec le slogan sur tous les réseaux sociaux.

M. Obama avait prononcé publiquement, le 14 novembre, au dernier jour d’un voyage de trois jours, finalement le mot interdit à une conférence de presse avec la chef de l’opposition Aung San Suu Kyi pseudo prix Nobel de la « paix ».

« La discrimination contre les Rohingya ou toute autre minorité religieuse ne reflète pas ce que la Birmanie est, et ce qu’a long terme devrait être« , a déclaré M. Obama, en réponse à la question d’un journaliste sur l’état des réformes au Myanmar.

Le jour précédent cette déclaration, au cours d’une réunion privée avec le président Thein Sein, qui a porté en grande partie sur la situation critique des Rohingya et le besoin plus qu’urgent de réformes constitutionnelles avant 2015 (année des élections présidentielles), M. Obama a utilisé le mot « Rohingya » plusieurs fois et l’aurait fait volontairement, selon un haut responsable américain qui l’a confié à l’agence Associeted Press, à la condition de garder l’anonymat, le fonctionnaire n’étant pas autorisé à commenter quoi que ce soit… Fuite volontaire faite pour une stratégie future et un clin d’œil aux musulmans du monde ? Un hypothétique signe de bonne volonté de la part du président des USA qui a continué le désastreux travail de Bush dans les pays musulmans !

Source : avec Associated Press, Washington Post, BBC, Burma News International