Le pape canonise des religieuses dont une Française et deux Palestiniennes

Le pape François a canonisé hier (1) dimanche une religieuse française en présence du ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, au moment où le Saint-Siège et Paris restent en désaccord sur un ambassadeur.

La cérémonie dans la basilique Saint-Pierre a concerné également deux religieuses Palestiniennes :

Marie de Jésus Crucifié (2), née en Galilée en 1846, grande mystique, qui fonda le Carmel de Bethléem; Marie-Alphonsine Ghattas, née pour sa part à Jérusalem en 1843, qui fut la fondatrice de la Congrégation des Sœurs du Rosaire, cela, à la demande même de la Vierge Marie, qui lui apparut à plusieurs reprises.

Ces deux femmes sont dorénavant les deux premières saintes palestiniennes de l’époque contemporaine.

Pour l’occasion, le président palestinien Mahmoud Abbas était présent, quelques jours après l’annonce de la signature prochaine d’un premier accord entre le Vatican et l' »Etat de Palestine », reconnu depuis deux ans par le Saint-Siège à la suite du vote de l’ONU.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas reçu par le pape François le 16 mai 2015 au Vatican

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas reçu par le pape François le 16 mai 2015 au Vatican

Lire aussi : Le Vatican et la Palestine : Bientôt un accord sur l’Eglise dans les territoires ?

Emillie de VilleneuveJeanne Emilie de Villeneuve (2), religieuse française née à Toulouse le 9 mars 1811, a fondé en 1836 la congrégation de Notre-Dame de l’Immaculée Conception de Castres, où elle est morte du choléra en octobre 1854.

Sa congrégation compte actuellement 700 religieuses, communément appelées les « Sœurs bleues de Castres », et œuvre dans une quinzaine de pays où elle a une ample activité sociale et tient une cinquantaine de collèges.

Le fait que la délégation française soit menée par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve –qui est chargé des cultes — « a été bien apprécié au Vatican« , indique-t-on au Saint-Siège.

En octobre 2012, Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, était venu à Rome pour la canonisation du missionnaire jésuite Jacques Berthieu, premier saint de Madagascar.

Cette visite de M. Cazeneuve manifeste, selon une source proche du dossier au Vatican, que les relations d’Etat à Etat se poursuivent normalement, malgré la difficulté, toujours non résolue, survenue autour de l’accréditation d’un nouvel ambassadeur.

Le candidat de la France, Laurent Stefanini, nommé début janvier, n’a toujours pas reçu son agrément. Ce catholique pratiquant a déjà eu des responsabilités à l’ambassade auprès du Saint-Siège. Il est homosexuel, mais célibataire et discret sur sa vie privée. La décision est entre les mains du pape.

Les spéculations parues dans la presse française ont contribué à indisposer le Saint-Siège, qui a sans doute voulu marquer son mécontentement contre la politique du gouvernement français ayant ouvert le mariage aux couples homosexuels, selon des observateurs.

Sources : Afp, Reuters, Agence Wafa, La croix, l’orient le Jour, Encyclopédie catholique et chrétienne..

(1) Étapes de la canonisation

Le chemin de la canonisation passe par les étapes suivantes :

1 – Démarche préliminaire

Il revient à l’évêque du lieu où est morte la personne dont la réputation de sainteté semble bien établie, d’introduire officiellement sa cause de canonisation. Il mandate dés lors un « Postulateur » pour recueillir les premiers éléments qui lui permettront de se faire une idée de l’intérêt, pour l’Église, d’engager la procédure. Après l’étude de la documentation ainsi réunie, il prend l’avis des évêques de la région (ou de la province ecclésiastique).

2 – Le procès diocésain

L’évêque recherche ensuite le nihil obstat de la Congrégation pour la cause des saints à Rome avant d’ouvrir par décret l’enquête diocésaine et de constituer un tribunal comprenant au moins un président, un promoteur de justice (chargé de préparer les questions posées aux témoins), un notaire et des experts.

De même, lorsqu’il s’agit de statuer sur l’authenticité d’un miracle, l’évêque du lieu où s’est produit le miracle nomme un tribunal de même composition.

3 – La décision pontificale

Après vérification du travail diocésain, la Congrégation pour la cause des saints nomme un rapporteur chargé d’établir la Positio qui est le document de référence fourni aux experts chargés d’émettre un avis écrit sur l’authenticité de la réputation de sainteté, de martyre ou de miracle.

Les membres de la congrégation se prononcent ensuite par un vote ; leur recommandation est soumise à l’approbation du Souverain Pontife qui officialise par décret le martyre, l’héroïcité des vertus* ou le miracle.

Il revient au Pape, et à lui seul, de statuer sur la béatification ou la canonisation. Cette décision est rendue publique lors d’un Consistoire dont tous les membres auront auparavant été consultés.

4 – Vénérable, Bienheureux et Saint

Le Serviteur de Dieu distingué par un décret reconnaissant l’héroïcité de ses vertus est dénommé « Vénérable ». C’est la position d’Anne de Guigné depuis 1990.

Très généralement, un Serviteur de Dieu « Vénérable » auquel est attribué un miracle pourra être proclamé « Bienheureux » par le Pape ; et, pour être canonisé, un second miracle attribué à l’intercession de ce bienheureux sera attendu. Toutefois, la dispense des miracles systématiquement accordée pour la cause des martyrs peut également être prononcée par le Pape pour toute autre cause si cette exception lui paraît souhaitable.

*Héroïcité des vertus – À la différence du héros antique qui n’agit que par ses propres forces, le héros chrétien puise sa force en Dieu ; il cherche à imiter Dieu – « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » –, mais il lui faut pour cela la grâce divine, les vertus infusées par Dieu et les dons de l’Esprit Saint. Les vertus sont les dispositions permanentes à faire le bien et à bien faire ; on distingue les vertus théologales (la foi, l’espérance et la charité) et les vertus cardinales (la prudence, la justice, la force et la tempérance), auxquelles se rattachent beaucoup d’autres vertus, comme la piété ou l’humilité. Chez un enfant, l’obéissance empressée est un critère particulièrement clair de vertu.L’héroïcité des vertus est la pratique habituelle, prompte, et joyeuse, jamais démentie, de toutes les vertus tant théologales que cardinales à un degré tel d’héroïcité qui montre combien le Serviteur de Dieu est mu par Dieu et qu’il désire accomplir en tout la volonté de Dieu.

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(2) Mariam Baouardy naît le 5 janvier 1846 à Abellin, petit village situé entre Nazareth et le Mont Carmel.

Orpheline à 2 ans, elle est emmenée par l’un de ses oncles en Égypte. A 13 ans on veut la marier mais elle refuse et fait le vœu de se donner totalement au Seigneur. Elle doit alors s’enfuir , et une vie d’errance commence pour elle. Ses pas l’amènent successivement à Alexandrie, Beyrouth, puis Marseille, où elle travaille comme domestique dans des familles chrétiennes. A 21 ans elle entre au Carmel de Pau et prend le Nom de Sœur Marie de Jésus Crucifié. Elle participe à la fondation du Carmel de Mangalore en Inde, puis de celui de Bethléem où elle meurt à 32 ansSa vie remplie d’extraordinaires grâces mystiques ne souligne qu’une chose : la fraîcheur et la simplicité de ces petits de l’Évangile en qui Dieu trouve sa joie car il peut y déployer son Amour en plénitude. Les paraboles et les cantiques qui jaillissent spontanément de son cœur ont la saveur de l’Orient et sont tout pétris de cette terre où a vécu Jésus de Nazareth.

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(3) Émilie de Villeneuve est le 3e fille du Marquis Louis de Villeneuve et de Rosalie d’Avessens.Elle grandit au château d’Hauterive (Tarn) où son père, grand propriétaire terrien, emploie un grand nombre de personnes dans sa nouvelle industrie du traitement du cuir.De ses parents, Émilie reçoit des valeurs fortes. Mais l’épreuve marque prématurément et profondément sa vie : la maladie et la mort de sa mère alors qu’elle n’a que 14 ans. Trois ans plus tard, sa sœur cadette Octavie meurt à son tour.Son père, ancien marin, manifeste un solide sens social. Il crée un cours d’apprentissage pour les jeunes gens, une société de secours mutuel…Émilie devient la maîtresse de maison du château d’Hauterive. Son amie Coraly de Gaïx, sa confidente, la décrit comme une personne solitaire et généreuse envers les personnes dans le besoin.

Adolescente, Émilie prend l’habitude de confier à la Vierge, ses joies, ses peines, les choix à faire… etc. Marie devient sa Compagne et sa confidente.La passion d’Émilie est son amour de Dieu et des plus pauvres. Émilie veut être avec les pauvres, les malades, les prisonniers, les prostituées et leur démontrer que Dieu les aime aussi. Pour elle, les aumônes ne suffisent pas, la charité non plus. Elle veut être en relation avec eux d’égal à égal, leur rendre leur dignité d’êtres humains à l’exemple de Jésus Sauveur.Elle quitte son père en 1836 pour fonder une congrégation : «C’est pour Dieu que je vous quitte, je veux servir les pauvres !»

Fondation de la congrégation

Elle fonde avec deux autres jeunes filles la Congrégation des sœurs de Notre Dame de l’Immaculée Conception le 8 décembre 1836, dite «sœurs bleues» à cause de leur habit bleu. Pourquoi Notre-Dame de l’Immaculée Conception ? Émilie, depuis la mort de sa mère, a pris l’habitude de confier ses joies, ses peines, les choix à faire à Marie qui est devenue sa compagne de route.La 1ère communauté s’installe dans une petite maison sans confort à Castres. Attentives aux plus pauvres qui les entourent, elles accueillent des jeunes filles fragilisées par la misère liée au début de l’ère industrielle et s’occupent des prisonniers. Rapidement, elles ouvrent une 2e communauté où les sœurs sont chargées de l’éducation des enfants, du catéchisme et des soins aux malades. Toutes les communautés, dans les débuts, auront cette triple mission.En 1853, Emilie fait le choix de ne plus être supérieure générale. Elle meurt un an plus tard du choléra après avoir offert sa vie pour que l’épidémie qui sévit à Castres s’arrête.

Premières fondations en Afrique Émilie souhaite aller là où Jésus n’est ni connu, ni aimé. En 1848, elle envoie des sœurs au Sénégal. Ce départ se fait après bien des péripéties et tractations avec le Père Libermann de la Congrégation du Saint Esprit (spiritains).

Patiemment, les Sœurs apprennent à connaître la population, la culture, la langue. L’année suivante, elles partent en Gambie et au Gabon. Malgré la distance, Emilie qui reste en France, garde un lien étroit avec ses Sœurs par une correspondance régulière.

Fondations en Europe et en Amérique Latine

L’expansion de la Congrégation va se poursuivre après sa mort. Avec les nouvelles lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, en 1904/1905 les sœurs sont dans l’obligation de quitter la France pour l’Amérique latine. Elles prennent le bateau pour le Brésil, puis l’Argentine.En 1998, les Sœurs partent pour les Philippines. Premiers pas sur le continent asiatique.