Le roi est mort, vive le roi : Salmane Ben Abdel Aziz nouveau roi d’Arabie

D’après larédac à 18h16 le 26 Janvier 2015

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite est décédé vendredi dernier et le prince héritier Salman lui a succédé à la tête du royaume saoudien.

Un communiqué a précisé que Salman, en tant que nouveau souverain, a convoqué le Conseil d’allégeance et a désigné le prince Moukrine comme son héritier et prince de la couronne.

« Son altesse Salman bin Abdelaziz Al Saoud et tous les membres de la famille et toute la nation pleurent le Gardien des deux saintes mosquées, le roi Abdallah bin Abdelaziz, qui est décédé à 01h00 exactement ce matin (vendredi)« , annonçait que le communiqué.

Le roi Abdallah, qui serait né en 1924, était hospitalisé à Ryad depuis le mois de décembre en raison d’une pneumonie. Il était monté sur le trône en 2005 après la mort de son demi-frère Fahd.

En réalité, à son accession, il gouvernait de fait le royaume en raison de la mauvaise santé de Fahd victime d’un infarctus.

Salmane Ben Abdel Aziz, nouveau roi d’Arabie saoudite



Le prince Salmane Ben Abdel Aziz, 79 ans, qui devient roi d’Arabie saoudite, bénéficie d’une réputation de probité et est considéré comme un arbitre respecté au sein de la famille royale.

Prince héritier depuis juin 2012, Salmane s’est placé sur le devant de la scène ces dernières années, présidant souvent le Conseil des ministres et représentant à l’étranger le roi Abdallah qui, du fait de sa santé fragile, avait considérablement réduit ses activités publiques.

Il était aussi premier vice-Premier ministre, poste obtenu en même temps que celui d’héritier du trône en 2012 à la mort de son frère Nayef. Il cumulait également les fonctions de ministre de la Défense depuis octobre 2011.

Numéro deux du royaume, le prince Salmane a multiplié les visites en Occident et en Asie, ajoutant une stature internationale à sa carrière, focalisée jusqu’en 2012 sur les affaires intérieures. 

En dépit d’une santé fragile, il a tenu à montrer « sa détermination à devenir roi ou, plus probablement, l’ambition de ses proches pour qu’il apparaisse ainsi« , estime Simon Henderson, spécialiste du Golfe au Washington Institute.

Sa stature a toutefois été quelque peu fragilisée par la décision prise en mars 2014 par le roi Abdallah de nommer futur prince héritier son demi-frère Moqren, le plus jeune des 35 fils du fondateur du royaume.

Né à Ryad le 31 décembre 1935, le prince Salmane a été gouverneur de la capitale pendant près de 50 ans, la plupart des provinces saoudiennes ayant à leur tête des membres de la famille royale avec rang de ministre. « Ce poste lui a donné de l’expérience et il a supervisé l’émergence de Ryad comme capitale« , souligne Eleanor Gillespie dans la Gulf States Newsletter basée à Londres.

Il est considéré comme l’artisan du développement de cette cité bâtie en plein désert par la dynastie des Al-Saoud pour en faire une ville moderne.

Mais son poste lui a surtout donné l’opportunité de « jouer le rôle d’arbitre très respecté des affaires de la famille Al-Saoud« , ajoute Mme Gillespie, assurant que le prince Salmane « a une réputation de probité« .

Jane Kinninmont, experte à Chatham House à Londres, précise que Salmane est « considéré comme relativement libéral » et pourrait à ce titre « adopter une approche plus réformatrice, mais dans le cadre des limitations et des lignes rouges du système« .

Selon elle, il pourrait notamment avoir une attitude « plus constructive à l’égard de l’instabilité dans la région que le prince Nayef a toujours considéré comme le résultat des ingérences iraniennes plutôt que de l’expression de revendications locales« .

Le prince Salmane est le 25e fils du roi Abdel Aziz, fondateur du royaume, et fait partie du clan des Soudaïri, les sept fils d’une même mère, Hassa bint Ahmad al-Soudaïri, favorite du roi. Parmi ses frères figuraient le roi Fahd et les princes Nayef et Sultan, tous trois décédés.

Salmane souffre de problèmes de santé et a notamment été opéré en 2010 d’une hernie discale. 

Marié à trois reprises, le prince Salmane a 10 fils encore en vie, dont le plus connu est le prince astronaute Sultan Ben Salmane, seul Saoudien à avoir fait partie d’une mission dans l’espace et qui préside actuellement la commission pour le Tourisme et les Antiquités. Un autre d’entre eux, le prince Abdel Aziz, est ministre adjoint du Pétrole.

Aucun changement de politique

Le nouveau roi Salmane d’Arabie saoudite a déclaré vendredi dans son premier discours qu’il n’y aurait pas de changement dans la politique du royaume après la mort de son prédécesseur Abdallah, et a appelé à l’unité parmi les musulmans divisés par la guerre.

« Nous resterons, avec la force de Dieu, sur le chemin droit que cet Etat a suivi depuis sa création par le roi Abdel Aziz Ben Saoud et par ses fils après lui« , a dit le roi, dont les propos étaient retransmis à la télévision nationale.

« Dieu a voulu que je porte cette grande responsabilité« , a déclaré Salmane, 79 ans, ajoutant: « Je prie Dieu pour qu’il m’accorde ce soutien« .

Le nouveau roi a nommé par décrets le prince Mohammed ben Nayef futur prince héritier et l’un de ses fils, Mohammed ben Salmane, ministre de la Défense. Le prince Mohammed ben Nayef était jusqu’ici ministre de l’Intérieur.
Un mécanisme de succession à géométrie variable

Une réforme des modalités de succession au trône saoudien avait été annoncée en octobre 2006 pour assurer une transition en douceur dans cette monarchie ultraconservatrice mais, jusqu’ici, ce mécanisme n’a pas toujours été utilisé. 
En voici les principaux éléments :

– Création d’un « Conseil d’allégeance », constitué de 35 princes et présidé par le doyen des Al-Saoud, le prince Mechaal ben Abdel Aziz, un demi-frère du roi Abdallah. Il a notamment pour rôle de désigner le prince héritier à la majorité de ses membres.

– Le roi doit proposer au Conseil d’allégeance un, deux ou trois noms pour le poste, lesquels peuvent être rejetés par le Conseil qui propose alors son propre candidat.

– Si ce dernier n’obtient pas l’aval du roi, le Conseil tranche, à la majorité des voix, entre son propre candidat et un candidat désigné par le roi, dans un délai n’excédant pas un mois.

La désignation du prince héritier était auparavant laissée à la discrétion de l’ensemble de la famille des Al-Saoud qui prenait une décision en principe par consensus.

– Le décret de 2006 stipule qu' »à la mort du roi, le Conseil tient une réunion d’urgence pour déclarer le prince héritier roi« .

– Le nouveau souverain est alors tenu de proposer au Conseil, dans un délai de dix jours, ses candidats au poste de prince héritier ou de demander au Conseil de proposer ses propres candidats à ce poste dans le même délai.

– Les membres du Conseil ont un mandat de quatre ans non renouvelable, sauf en cas d’accord de leurs frères et du roi.

Mais, en juin 2012, le roi Abdallah a choisi son demi-frère Salmane comme prince héritier, apparemment sans en référer au Conseil d’allégeance. 

Et, en mars 2014, le même roi a créé la surprise en désignant par avance son demi-frère Moqren comme « futur prince héritier » qui sera proclamé « souverain en cas de vacance simultanée des postes de prince héritier et de roi« .

La mesure a été décidée par le Conseil d’allégeance « à plus de trois quarts » de ses membres et « avec la caution » de Salmane, selon un décret. 

Source : avec Afp, Reuters, Rfi, L’Orient le Jour,   Al Madina, Agence SPA (officielle)