L’EI s’installe dans le centre de Kobané tandis que la coalition se réunit au sommet

D’après Larédac à 22h36 le 15 Octobre 2014

Les combattants de l’État dit « islamique » ont pris position pour la première fois dans le centre de Kobané lundi, à la veille d’une réunion à Washington des chefs militaires d’une vingtaine des pays de la coalition anti-EI.

Photos : Dans la ville même de Kobané, les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) rentaient de reprendre un peu du terrain perdu ces derniers jours face au groupe Etat islamique (EI), qui les avait délogés vendredi de leur QG. – ARIS MESSINIS, AFP

De violents combats entre les combattants de l’EI et les forces kurdes ont par ailleurs eu lieu lundi dans les faubourgs nord de Kobané, à moins d’un kilomètre de la frontière entre la Syrie et la Turquie.

Washington, leader de la coalition anti-EI, fait pression sur Ankara pour que la Turquie ouvre aux avions américains des bases aériennes depuis lesquelles ils pourraient mener des raids en Syrie et en Irak.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les combattants de l’État dit « islamique » ont pu s’emparer lundi du centre culturel de Kobané et s’installer pour la première fois dans le centre de cette localité qu’ils convoitent depuis le lancement le 16 septembre de leur grande offensive sur cette région kurde de la Syrie.

« Auparavant, ils venaient de l’est, avançaient puis reculaient mais cette fois ils se sont bien installés (au centre). Ils contrôlent désormais la moitié de la localité« , a indiqué Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Dans la troisième ville kurde de Syrie, la journée a par ailleurs été marquée par trois explosions à la voiture piégée déclenchées par des kamikazes de l’EI, selon l’OSDH, qui n’était pas en mesure de fournir un bilan des victimes.Deux de ces explosions ont eu lieu au nord de Kobané dans une zone où un journaliste de l’AFP présent à la frontière turque a pu constater que les combattants de l’État dit « islamique » avaient lancé une offensive.

Ce secteur du poste-frontière de Mursitpinar est emprunté quotidiennement par des civils fuyant les combats et par des combattants kurdes évacués pour être soignés dans les hôpitaux de Suruç en Turquie.

C’est devenu « un objectif stratégique » pour les combattants de l’EI a indiqué à l’AFP Feyza Abdi, élue au conseil municipal de Kobané et réfugiée en Turquie, selon qui l’EI cerne « déjà la ville de trois côtés différents« .

« S’ils réussissent à prendre le contrôle de cette zone, ils fermeront tous les accès et pourront commencer leur massacre » à Kobané (Aïn al-Arab en arabe).

Si l’EI a pu installer une position au centre de la ville, une semaine après être entré à Kobané et trois jours après avoir délogé les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) de leur QG, ces derniers ont mené une contre-offensive dans le sud de Kobané et repris deux positions selon l’OSDH.

Près de trois mois après le déclenchement de la campagne aérienne contre l’EI en Irak et près de trois semaines après le début des raids visant ses combattants, les chefs militaires de 21 pays de la coalition ont fait le point aujourd’hui à Washington sur leur campagne.

Elle a rassemblé notamment des représentants de tous les partenaires européens de la coalition ainsi que des cinq pays arabes –Bahreïn, Jordanie, Qatar, Arabie saoudite et Emirats arabes unis– qui jouent un rôle actif dans les frappes aériennes en Syrie.

Des déclarations contradictoires de Washington et Ankara sur un accord concernant l’utilisation de bases aériennes turques par les avions américains pour effectuer des raids contre l’EI ont semé une certaine confusion.

Alors qu’un responsable américain indiquait dimanche que les Etats-Unis pourraient utiliser la grande base d’Incirlik (sud), où 1.500 Américains sont stationnés, une source gouvernementale à Ankara a affirmé lundi qu’un tel accord n’avait pas été signé.

Actuellement, les avions américains employés pour les bombardements contre l’EI décollent des bases aériennes, plus éloignées, d’Al-Dhafra aux Emirats arabes unis, d’Ali al-Salem au Koweït et d’Al-Udeid au Qatar.

Cette confusion illustre les relations difficiles entre la Turquie et les Etats-Unis, deux pays de l’Otan, sur le dossier syrien.

Ankara refuse pour l’instant de se joindre à la coalition militaire internationale au motif que les frappes aériennes dirigées contre les combattants de l’État dit « islamique » pourraient renforcer par ricochet le camp du président syrien Bachar al-Assad, la bête noire de ses dirigeants turcs.

Les autorités turques ont posé comme conditions préalables à leur participation la création d’une zone-tampon et d’une zone d’interdiction aérienne dans le nord de la Syrie, l’entraînement et l’armement des rebelles de l’opposition syrienne modérée et la réaffirmation de l’objectif de renverser l’actuel régime de Damas.

Les Kurdes ont dénoncé ces derniers jours la passivité turque face à la situation à Kobané, et des émeutes pro-Kurdes ont fait une trentaine de morts en Turquie.

En Irak, les Etats-Unis sont préoccupés par la situation dans la province occidentale d’Al Anbar, à majorité sunnite, qui risque de passer sous contrôle total de l’EI après une série de revers des forces irakiennes.

La coalition (aux intérêts divergents) anti-EI réunie à Washington

Les plus hauts gradés américains et leurs homologues de 21 pays étaient attendus à la base aérienne d’Andrews, près de la capitale fédérale, pour « discuter des efforts de la coalition dans la campagne actuelle contre l’EI« , en présence de Barack Obama, a indiqué la présidence américaine.

La Maison Blanche n’a pas précisé le programme de cette réunion sans précédent depuis la mise sur pied de la coalition. Un diplomate du département d’Etat américain a toutefois prévenu qu’il ne fallait pas s’attendre à des « annonces« .

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a en revanche « remercié » lundi soir à Paris son homologue français Laurent Fabius « pour la contribution de la France » au combat contre l’EI, « dont les frappes militaires« , selon un responsable du département d’Etat.

Attentat à Bagdad

En Irak, au moins 22 morts ont trouvé la mort dans trois attentats à la bombe qui ont eu lieu en moins d’une heure lundi dans des quartiers chiites de Bagdad.

L’ONG de défense des droits de l’Homme Amnesty international a dénoncé mardi des crimes de guerre en Irak commis par des milices chiites, qui combattent l’EI, contre des civils sunnites. Elle a accusé le gouvernement irakien de les soutenir et de les armer.

Source : avec Afp, Reuters, Washington Post, OSDH; Agence Sana, Iraq Today, Agence Anatolienne, L’orient le Jour, ONU