Les hui/huizu : musulmans de Chine (1/2)

Pour TEPA d’après le Dr Mansour le 13 Novembre 2013 à 08h30

« Devant la mosquée de la rue niujie (rue du Bœufà Pékin, deux hommes discutent ; l’un est apparemment chinois et porte un bonnet blanc ; l’autre est un Occidental:

– Ce bâtiment à l’allure de pagode est donc une mosquée, c’est étrange ! Mais les musulmans en Chine sont les populations turques du Xinjiang !

– Regardez-moi, je ne suis pas un Ouighour, ni ne fais partie d’une autre population de langue turque. Je parle chinois et je suis de Pékin. Je suis musulman. Je suis un Hui».

*Georg Simmel, Digressions sur l’étranger (1908)

 

À la fin de 1257, l’armée mongole quitta sa base de Hamadan. Baïchu traversa le Tigre à Mossoul, et y descendit la rive occidentale. Kitbuqa et l’aile gauche pénétrèrent dans la plaine d’Irak, en passant par l’est de la capitale tandis que le gros des troupes mongoles avançaient par Kermanshah. La majeure partie de l’armée du calife s’ébranlait, commandée par Aibeg, retraversant le Tigre et il tomba sur les Mongols le 11 janvier 1258, près d’Anbar, à cinquante kilomètres de Bagdad environ. Le général Baïchu feignit une retraite et attira les Arabes en terrain marécageux. Les ingénieurs mongols coupent les digues de l’Euphrate derrière eux. Le lendemain, la bataille reprit. L’armée d’Aibeg fut repoussée dans les champs inondés. Seuls Aibeg et ses gardes du corps parvinrent à s’échapper à travers les eaux jusqu’à Bagdad. L’essentiel de ses troupes périt sur le champ de bataille. Les survivants s’enfuirent dans le désert où ils se dispersèrent… Ce qui marque le début de la chute de Bagdad.

 


(La région autonome de Ningxia où vit la majeur partie des Hui)

Dans la perspective d’ouverture et d’accroitre leurs activités commerciales, les Arabes et les Perses organisaient des convois jusqu’au centre de la Chine. Et cela bien avant l’avènement de l’Islam … Ce qui leur permettait d’offrir des marchandises rares (épices, textiles d’Asie…) lors de la grande foire durant le pèlerinage dans la cité de La Mecque; qui s’avère être une sorte de bourse : un baromètre des tendances et de fixation des prix… À la suite des premières conversions de nombreux commerçants et notables, vers le milieu du VIIe siècle ap. J.C, sont partis sur les routes commerciales.

Ces marchands et négociants Arabes et Perse musulmans sont venus en Chine, tout d’abord pour faire du commerce, certains finiront par devenir des résidents permanents de villes comme Guangzhou (connue sous le nom de Caton – capitale de la province du Guangdong dans le sud de la Chine) , Quanzhou(ville de la province du Fujian en Chine), Hangzhou (capitale de la province chinoise du Zhejiang), Yangzhou (ville du centre de la province du Jiangsu) et Chang’an (actuel Xi’an –capitale de la province du Shaanxi).

Ces nouveaux arrivés sont parfaitement intégrés avec les populations locales, ils parlent les langues régionales, se sont mariés et on fondés des familles. Il y a des constructions de mosquées et de cimetières publicsséparés en divers carrés confessionnels.

Ces gens sont désignés de « Fanke » (« Phane-que » invités des régions périphériques),.Et leurs enfants : « Tusheng Fanke » ce qui signifie « invités des régions périphériques nées ici ».

Cette population que l’on nomme « les Hui », cette dénomination qui serait apparue pour la première fois dans la littérature de la dynastie des Song du Nord (960-1127)(1) ; ce mot de « Hui » est en fait une abréviation de « Huihui » faisant référence aux Huihe (Ouïgours) http://tousensemblepouravancer.blogspot.fr/2013/06/les-ouigours-communaute-musulmane-de.html , qui ont vécu à Anxi du Xinjiang actuel et ses environs depuis la dynastie des Tang (618-907)(2) .

Il ne faut pas confondre Les Hui, d’ascendance arabo-Perse, et les Ouïgours, qui sont d’origine turque. Les deux populations étant parfaitement acceptés et intégrés aux populations locales… – les Hui sont mieux considéré que les Ouïgours par les gouvernements chinois de ses dernières décennies.

Au début du XIIIe siècle, alors que les troupes mongoles entreprenaient leurs expéditions vers l’ouest (en direction de la Perse et de l’Irak…)et la chute de Bagdad en 1258… les musulmans d’Asie centrale, dont les Perses et les Arabes, ont été forcés de se déplacer ou ont volontairement émigré en Chine. Comme artisans, marchands, lettrés, officiels et chefs religieux, ils se sont dispersés à travers la Chine, et même dans les milieux ruraux et s’installèrent, principalement, comme éleveurs du bétail.


C’est durant la dynastie des Yuan (1271-1368)(3) que ce métissage se consolide, et qu’ils sconfondent totalement, ce qui forme la majeure partie des Hui jusqu’à aujourd’hui.

Tout en s’intégrant avec divers groupes ethniques, dont les Han, les Mongols et les Ouïgours.

Les Hui joueront un rôle particulier durant les invasions mongoles. Ils sonenrôlés comme éclaireurs et pour des missions militaires vers l’estOn aurait à s’attendre à ce que ces civils ainsi transformés en éclaireurs militairesinstallent des bases – des sentinelles à divers endroits stratégiques (avec ravitaillement, et réquisitions des nourritures chez les proches villageois).

Ils s’installent et fondent des colonies dans les provinces actuelles du Gansu, du Henan, du Shandong, du Hebei et du Yunnan et dans la région autonome Hui du Ningxia, ils seront rejoints par d’autres éclaireurs, qui avaient été envoyés à l’ouest. Au fil du temps, ils sont devenus agriculteurs, bergers, artisans et marchands. La majorité se trouvant dans les villes et le long des principales lignes de communication, se sont adonnés aux travaux manuels et au commerce.

En raison de ces activités, une vie économique commune a commencé à se dessiner parmi les Hui. Alors qu’ils avaient été dispersés, ils se sont concentrés dans des colonies et autour des mosquées qu’ils avaient bâties.

De par leur origine (Arabe, Perse, Turque…), les Hui ont commencé à cultiver leur propre conscience nationale en y intégrant leurs coutumes et leurs mœurs. Cela étant due à des facteurs comme leur « concentration relative » – les mosquées étant le centre de l’activité sociale (lieu d’éducation, de réunion, leurs contacts économiques croissants les uns avec les autres, leur destin politique commun et leur croyance commune.  

 

L’émergence des Hui comme groupe ethnique, s’effectue durant la période du règne de la dynastie des Ming (1368-1644)(4).

Avec la restauration et le développement de l’économie sociale dans tout le pays, entrepris par les Ming. Les Hui se sont soumis, en prêtant allégeance aux Ming…

Ils contribueront à l’essor de l’agriculture grandes échelles, aux échanges industriels et commerciaux; l’affectation de troupes de garnison Hui afin de défricher des terres et cultiver des céréales. Les officiels et experts Hui entreprennent des tournées dans tout le pays supervisant les acheminements des récoltes et des marchandises. Preuve que les Ming leur octroyaient une absolue confiance.

Les Hui garderont leurs cultures et culte, malgré les tumultes et tout particulièrement lors des soulèvements paysans. Ils sont toujours parvenus à maintenir leur tradition de concentration en créant leurs propres villages à la campagne ou en se regroupant dans des secteurs proches des grandes villes et capitales

La démobilisation des troupes d’éclaireurs militaires datant de la dynastie des Yuan, a eu pour conséquence, et sans déranger aucunement les Hui, de se désengager graduellement de toute participation militaire et de se concentrer sur les activités agricolesartisanales et au commerce à plusieurs échelles (local, régional.national et international…)

Pendant l’étape initiale de leur exode vers l’est, les Hui utilisaient diverses langues (l’arabe, le perse et le chinois- principalement celui des Han)Au cours des siècles de cohabitation avec les Han, et plus particulièrement en raison du nombre croissant de Han rejoignant leurs rangs, ils ont peu à peu pris l’usage de la langue des Han, tout en maintenant certaines expressions Arabes et Perses….

SUITE – évolution du 14em siècle à nos jours, religion et coutumes…

 

(1) Envoyé contre les nomades par l’empereur des Zhou (Tcheou) septentrionaux, l’un des souverains de cette période terrible qui suivit la fin des Tang, le général Zhao Kuang-yin (Tchao Kouang-yin) fut forcé par ses lieutenants de revêtir la robe impériale et de marcher sur la capitale, Kaifeng, pour y fonder une nouvelle dynastie, celle des Song. Devenu l’empereur Tai-zu (T’ai-tsou, 960-976), Zhao anéantit le pouvoir des généraux et dirigea lui-même l’armée. Souverain énergique, contrairement aux apparences, il sut redonner à l’empire une certaine puissance et plaça le Tonkin sous son protectorat en 973.

(2) Dynastie Tang Fondée par le gouverneur Li Yuan, la dynastie Tang apporte stabilité, puissance et prospérité culturelle à un pays exangue qui en avait bien besoin. Confucius redevient doctrine d’état. L’imprimerie apparait pendant le long règne de cette dynastie. Le pouvoir politique et économique finit par se disperser et marque la chute des Tang..

(3) Les mongols achèvent la conquête de la Chine en 1279 et créent la dynastie des Yuan.Avec Kubulai Khan, petit fils de Gencis Khan, comme 1etr empereur de la dynastie Yuan Le plus connu des Européens est venu en Chine à cette époque-là: il s’agit de Marco Polo. Ses écrits nous relatent la splendeur de l’empire mongol. Mais elle décline lorsqu’un ancien moine bouddhiste, Zhu Yuanzhang, profite du mécontentement qui se développe à l’intérieur de la Chine pour prendre le pouvoir.

(4) La dynastie Ming commence par établir sa capitale à Nanjing et restaure par la même occasion l’unité politique et morale chinoise caractéristique des Tang et des Song. Le deuxième empereur de cette dynastie, Yongle, est resté dans les annales, car il est le maître d’oeuvre de la Cité Interdite, de plus il reconstruit et prolonge la Grande Muraille. La capitale de l’empire est transféré à Pékin. Parallèlement, des missionnaires jésuites arrivant d’Europe sont accueillis les bras ouverts depuis la seconde moitié du XVIè siècle et commencent à répandre les connaissances scientifiques (mathématique, astronomie, cartographie, chimie etc.) et le christianisme. La chute de cette dynastie qui a marqué l’histoire de la Chine, est due à une rebellion née dans la province du Shaanxi en raison la famine et du chomâge persistants.

Source : 

Élisabeth Allès, « Notes sur quelques relations à plaisanteries entre villages hui (Chinois musulmans) et han du Henan », Perspectives chinoises, 78 | juillet-août 2003,

 –Élisabeth Allès, « Musulmans de Chine. Une anthropologie des Hui du Henan. Paris, EHESS,2000. », Études rurales, 2001, 

-C.Gladney “Muslim Chinese : Ethnic Nationalism in the People’s Republic”, Cambridge-London, Council on East Asian Studies, Harvard University Press, 1991

 

Retrouver la suite de la chronique du Dr Mansour du jeudi 12 septembre 2013, en direct sur Radio HDR 99.1 FM (www.radiohdr.com) de 18h10 à 19h