Les Occidentaux se préparent & l’administration Obama envisage un nouveau front contre l’EI en Libye

L'administration du président Obama envisage désormais l'ouverture d'un nouveau front contre l'état dit « islamique » (EI) en Libye, pour empêcher les dits « djihadistes » de se tailler un nouveau fief dans le pays en proie au chaos.

Au moment où il est sur la défensive en Irak et en Syrie, pilonnée depuis l'été 2014 par la coalition internationale, le groupe ultra-radical a réussi à prendre le contrôle de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli, et ses environs.

Forts d'environ 3.000 combattants, selon les estimations occidentales, les insurgés – dit « djihadistes »- ont lancé début janvier une offensive dans la zone du « Croissant pétrolier », où sont situés les principaux terminaux d'or noir.

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Inquiet de l'évolution de la situation, le président Barack Obama a convoqué jeudi un Conseil de sécurité nationale à la Maison Blanche consacré notamment à la Libye, et les signaux se multiplient sur la volonté américaine de mettre un terme à l'expansion de l'EI dans ce pays.

Un pompier libyen devant des réservoirs pétroliers en feu (AFP : 27/01/2016)
Un pompier libyen devant des réservoirs pétroliers en feu (AFP : 27/01/2016)

« Il faut agir avant que le pays ne devienne un sanctuaire » pour les djihadistes, « avant qu'ils ne deviennent extrêmement difficiles à déloger« , a souligné vendredi un responsable américain de la Défense.

« Nous ne voulons pas d'une situation comme en Irak ou en Syrie« , où les djihadistes ont réussi à saisir des pans entiers de territoire, a-t-il ajouté.

Le Pentagone prépare des options pour une intervention militaire, allant de frappes aériennes jusqu'à une participation à une force soutenue par l'ONU.

Les Etats-Unis ont envoyé sur le terrain ces derniers mois de petits groupes de forces spéciales pour évaluer la situation, et nouer le contact avec les forces locales.

Mais « rien n'est encore formulé ou proposé » à la Maison Blanche, a souligné le responsable américain de la Défense.

De fait, les Etats-Unis et leurs alliés ont pour l'instant les yeux rivés sur les négociations en Libye sur la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Fayez el-Sarraj, le Premier ministre désigné à la suite d'un accord conclu sous l'égide de l'ONU, s'est engagé à proposer une nouvelle équipe gouvernementale d'ici la fin de la semaine prochaine.

La communauté internationale doit pouvoir compter sur un partenaire fiable sur le terrain avant de pouvoir intervenir, expliquent militaires et diplomates.

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« Besoin d'un gouvernement d'union »

Depuis 2014, la Libye compte deux gouvernements et deux parlements concurrents, les premiers installés à Tripoli et les autres reconnus par la communauté internationale basés dans l'est du pays.

Chaque camp est soutenu d'une manière plus ou moins structurée par des groupes armés et d'anciens rebelles qui ont renversé l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi en 2011.

« Il faut une solution politique pour avoir une solution militaire« , a résumé le responsable américain de la Défense.

« La Libye a besoin d'un gouvernement d'union nationale qui peut s'allier à la communauté internationale » pour faire face à la menace des djihadistes, a de son côté souligné vendredi le lieutenant-colonel Michelle Baldanza, une porte-parole du ministère de la Défense américain.

Malgré leur volonté d'agir, les Américains ne semblent pas forcément souhaiter prendre la tête d'une éventuelle opération.

Une hypothétique campagne libyenne « pourrait être la campagne dont nous ne prenons pas la direction« , estimait récemment un responsable de la Défense.

Les responsables américains lorgnent en particulier du côté de l'Italie, l'ancienne puissance coloniale qui semble être prête, sous condition, à prendre la tête d'une opération internationale.

Le président Obama recevra à la Maison Blanche le président italien le 8 février. Et le secrétaire d'Etat John Kerry rencontrera à Rome ses homologues européens le 2 février.

Les pays européens sont concernés au premier chef par la crise en Libye. Le pays est l'un des principaux points de passage des migrants désirant rejoindre l'Europe.

Mardi, les garde-côtes italiens ont annoncé avoir secouru 2.500 personnes en moins d'une semaine au large de la Libye, malgré le froid.

Les Etats-Unis sont déjà intervenus ponctuellement au moins une fois contre le groupe Etat islamique en Libye.

En novembre dernier, ils ont tué dans une frappe aérienne un des chefs des insurgés – dit « djihadiste » – dans le pays, l'Irakien Abou Nabil.

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Les Occidentaux se préparent à affronter l'EI

Les puissances occidentales se préparent à combattre l'état dit « islamique » (EI) en Libye même si le pays ne parvient pas à s'entendre rapidement sur la constitution d'un gouvernement d'union, a indiqué la ministre italienne de la Défense, jeudi.

Le parlement libyen reconnu par la communauté internationale a rejeté cette semaine la proposition des Nations unies pour constituer un gouvernement unifié alors que l'EI multiplie les opérations violentes dans ce nouveau théâtre de guerre.

« Nous ne pouvons pas imaginer que la situation demeure dans l'impasse en Libye« , a dit Roberta Pinotti dans un entretien au Corriere della Sera.

Roberta Pinotti a précisé que la réunion des ministres de la Défense des Etats en lutte contre l'EI la semaine passée à Paris a débouché sur « un accord total » pour qu'un gouvernement libyen d'union sollicite une aide extérieure pour combattre les insurgés – désignés de « djihadistes »-.

L'impasse politique qui persiste dans le pays a laissé un vide dans lequel l'état dit « islamique » (EI) s'est immiscé et dans lequel il a pu prospérer, obligeant l'Italie et ses alliés à envisager un plan « d'urgence ».

Les Etats-Unis ont récemment fait part de leur « profonde inquiétude » face à la progression de l'EI en Libye et en Afrique.

« Au cours du mois écoulé, nous avons travaillé d'une manière plus diligente avec les Américains, les Britanniques et les Français« , a précisé Roberta Pinotti. « Je qualifierais cela d'accélération et cela n'est certainement pas unilatéral. Nous sommes tous d'accord sur le fait que nous devons éviter une action non-coordonnée« , a-t-il expliqué.

« Mercredi, les Etats-Unis ont annoncé qu'ils avaient déjà envoyé un « petit nombre de personnels militaires » en Libye pour essayer « d'engager des discussions avec les forces locales afin d'avoir une image plus claire de ce qui se passe« , a précisé Peter Cook, porte-parole du Pentagone.

« Nous examinons des options militaires« , a-t-il poursuivi, selon la transcription de ses déclarations devant la presse publiée sur le site du département de la Défense.

le Parlement rejette le gouvernement d'union

Le Parlement « légitime libyen » rejette le gouvernement

d'union

Lundi dernier, le Parlement libyen reconnu par la communauté internationale a rejeté le gouvernement d'union nationale récemment formé dans le cadre de l'accord parrainé par l'ONU pour mettre fin au chaos dans ce pays, ont indiqué des députés à l'Agence France-Presse.

« Nous avons voté le refus de la confiance au gouvernement et nous demandons (…) que soit présenté un nouveau gouvernement« , a déclaré un député, Ali al-Gaydi, à l'issue d'une session du parlement réuni à Tobrouk.

« Des 104 députés présents aujourd'hui, 89 ont dit non » à un cabinet de 32 ministres proposé par le conseil présidentiel dirigé par l'homme d'affaires tripolitain Fayez el-Sarraj, a indiqué Ali al-Gaydi. Pour bénéficier de la confiance des parlementaires, le gouvernement d'el-Sarraj aurait dû recueillir 119 voix, soit les deux tiers plus un. Le Parlement a « rejeté ce gouvernement à cause du nombre des ministres« , jugé trop important, a déclaré le député el-Salhine Abdelnabi. Il a réclamé qu'un nouveau gouvernement plus restreint lui soit proposé.

Sources : avec Afp, Reuters, Libyan News Agency (LANA), NY Times…