Les « rebelles » en mauvaise posture à Alep / Attentat à Damas

Les rebelles étaient pris en tenaille par le régime, les forces kurdes et le groupe État islamique dans le nord de la Syrie. Des dizaines de milliers de Syriens fuyant les violences restent bloqués près de la frontière turque.

Devant le flux de migrants vers l'Europe, notamment ceux venant de la Syrie en guerre, la chancelière allemande Angela Merkel, en visite en Turquie, et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu ont annoncé lundi vouloir demander l'aide de l'Otan. Alors qu'Ankara n'a pas encore donné son feu vert pour faire entrer les déplacés, elle a dit redouter que les combats dans la province d'Alep (Nord) ne provoquent un nouvel afflux pouvant atteindre 600 000 personnes à ses frontières.

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Une semaine après le début de leur offensive appuyée par les raids de l'allié russe à Alep, les troupes de Bachar el-Assad se trouvaient pour la première fois depuis 2013 à une vingtaine de kilomètres de la frontière turque, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Elles ont progressé vers Tall Rifaat, un des trois derniers fiefs rebelles dans le nord de la province. Les insurgés sont désormais « pris en tenaille par l'armée qui progresse vers le nord, les forces kurdes qui avancent du côté ouest, et l'EI qui domine l'est« , a expliqué le directeur de l'ONG, Rami Abdel Rahmane.

« L'armée progresse en rase campagne et coupe les lignes de communication des rebelles, qui décrochent ensuite. La stratégie finale est de fermer la frontière turque pour priver les rebelles du soutien logistique« , a dit le géographe spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche.

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Près de 100 civils, dont 23 enfants, figurent parmi les 500 personnes tuées depuis le début de l'offensive lancée par le régime syrien, avec le soutien de l'aviation russe, contre les rebelles dans la province d'Alep, a rapporté mercredi une ONG.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui dispose d'un large réseau de sources à travers la Syrie en guerre, 506 personnes ont péri dans l'offensive lancée le 1er février dans cette province du nord du pays.

« Au moins 143 combattants du côté du régime, 274 du côté des rebelles et combattants insurgés -désignés de « djihadistes »- étrangers ainsi que 89 civils ont été tués du 1er février jusqu'à mardi soir« , a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.

Parmi les miliciens pro-régime tués figurent 14 combattants iraniens et au moins trois du Hezbollah chiite, allié libanais indéfectible du régime du président syrien Bachar al-Assad, a-t-il précisé.

En plus des 169 rebelles syriens tués, 105 combattants insurgés – désignés de « djihadistes »- étrangers, dont des membres du Front Al-Nosra (branche syrienne du réseau – si réseau il y a, – « Al-Qaïda »), ont péri dans les combats, toujours selon le bilan compilé par l'OSDH.

27 migrants tués dans un naufrage

Des réfugiés syriens d'Alep à la frontière turque samedi. photo de BULENT KILIC - AFP
(Des réfugiés syriens d'Alep à la frontière turque samedi. - Photo de Bulent Kilic / AFP)

« Nous estimons qu'il y a 31 000 nouveaux déplacés, dont 80 % de femmes et d'enfants« , a affirmé Linda Tom, porte-parole de l'ONU pour les Affaires humanitaires, à propos des Syriens bloqués dans la localité syrienne de Bab al-Salama, près de la frontière turque, après avoir fui l'offensive du régime et les raids russes.

Malgré les efforts des ONG qui ont tenté d'organiser leur arrivée dans des camps déjà installés dans la région, la situation des déplacés face au poste-frontière turc d'Oncupinar est très difficile.

« Nous avons faim et froid. Les gens dorment dans la rue« , a témoigné Mohamad Rahma, 15 ans, l'un des rares réfugiés autorisés à franchir la frontière pour se faire soigner côté turc. « La situation est terrible« , renchérit un Turc, Necati Yildiz, dont la fille mariée à un Syrien est bloquée à Bab al-Salama, où des camions d'une ONG turque acheminent tous les jours vivres et médicaments aux déplacés.

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En difficulté dans son pays pour y avoir autorisé l'accueil de plus d'un million de migrants en 2015, Angela Merkel a évoqué avec Davutoglu l'entrée en scène de l'Otan pour mieux contrôler les côtes turques, d'où des centaines de personnes continuent chaque jour à arriver en Grèce.

Lundi, un nouveau naufrage a tué 27 migrants au large de la Turquie. Mais les responsables européens ont aussi demandé à la Turquie de laisser entrer les déplacés d'Alep, au regard du droit international, alors que ce pays abrite déjà 2,7 millions de Syriens. Ahmet Davutoglu a prévenu que son pays ne supporterait pas à lui seul « tout le fardeau » de l'accueil des réfugiés syriens.

(Des réfugiés syriens d'Alep à la frontière turque samedi. - Photo de Bulent Kilic / AFP)

Crime contre l'humanité

Dans ce conflit très complexe déclenché par la répression de manifestations populaires pro-réformes, plus de 260 000 personnes ont péri depuis mars 2011 et plus de la moitié de la population a été chassée de chez elle. Après l'intervention militaire de la Russie fin septembre 2015 pour venir en aide au régime Assad, ce dernier a marqué de nombreux points en reprenant aux rebelles des localités dans plusieurs provinces.

Avant une conférence internationale jeudi à Munich consacrée au conflit syrien, les États-Unis et l'Arabie saoudite, tous deux hostiles au régime Assad et à l'intervention russe, ont appelé à un cessez-le-feu et à un accès humanitaire en Syrie.

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La Russie a quant à elle critiqué le patron de l'ONU Ban Ki-moon, jugeant qu'il avait fait preuve de partialité en l'accusant d'avoir sapé les pourparlers entre régime et opposition la semaine dernière à Genève en raison de l'intensification de ses bombardements.

Enfin, les enquêteurs de l'ONU sur la Syrie ont accusé le régime d' »extermination » de détenus, assurant que ces « morts massives » de prisonniers étaient le résultat d'une « politique d'État » assimilée à un « crime contre l'humanité« .

L'EI revendique un attentat ayant fait neuf morts à Damas

Des hommes se tiennent près du site d'un attentat revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique, à Damas, le 9 février 2016

L'état dit « islamique » (EI) a revendiqué mardi un attentat à la voiture piégée visant un club de la police à Damas et qui a fait au moins neuf morts selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Des policiers figurent parmi les victimes de cette attaque qui a également fait, selon l'OSDH, au moins 20 blessés.

Le kamikaze portait un uniforme de policier, une tactique déjà utilisée par l'EI pour perpétrer des attentats suicide.

L'EI a indiqué dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux qu'un de ses membres, de nationalité syrienne, avait fait exploser une voiture piégée dans l'enceinte du club de police. L'attaque a, selon le groupe extrémiste, fait 20 morts et 40 blessés.

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La télévision nationale syrienne avait initialement rapporté que l'attentat s'était produit sur un marché de légumes à Masaken Barzé, un quartier nord de la capitale syrienne.

Mais elle avait ensuite cité une source au ministère de l'Intérieur affirmant que le chauffeur du véhicule avait tenté de foncer sur le club des officiers de la police dans le secteur avant d'en être empêché par les gardes.

« Un kamikaze s'est alors fait exploser faisant des morts et des blessés« , a indiqué la télévision sans donner de bilan précis.

L'EI, qui contrôle de vastes pans de territoires en Syrie et en Irak, a récemment revendiqué une attaque à la bombe près du sanctuaire chiite de Sayeda Zeinab au sud de la capitale qui avait fait au moins 71 morts.

Sources : Afp, Agence Sana, Russia ToDay, L'Orient le Jour ….