Les Rohingyas, des humains pas comme les autres….

Des activistes pakistanais scandent des slogans alors qu’ils manifestent à Peshawar pour dénoncer la situation de la communauté des Rohingyas vivant en Birmanie, le 5 mai.

PHOTO HASHAM AHMED, ARCHIVES AFP

Il aura fallu des centaines de morts en mer et des milliers d’autres voguant sans but pour que le monde se rend compte de la situation catastrophique dans laquelle vit le peuple Rohingya…. Il aura fallu voir la tristesse et la détresse de ce peuple pour qu’enfin les médias se demandent « qui est-il ? », pour qu’enfin ceux que l’on nomme « les grands de ce monde » réagissent, comme Obama qui la semaine dernière plaidé la cause des Rohingyas et était prêt à aider à l’accueil des migrants en Asie ou l’appel du Dalaï Lama à la pseudo Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi lui demandant de sauver les Rohingyas. Prix Nobel qui ne veut certainement pas entacher son ambition de devenir la présidente de la Birmanie et préfère donc fermer les yeux que de se mettre à dos l’ultra-majorité bouddhiste.

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Des responsables religieux indonésiens se sont aussi mobilisés pour les migrants dans un communiqué datant du 21 mai 2015, en interpellant leur gouvernement lui demandant de signer la Convention relative au statut des réfugiés. En France, à Clermont, le docteur Odile Cochetel, se bat depuis 1991 pour faire connaître le sort de cette communauté qui est considéré par l’ONU comme celle la plus persécutée au monde. Elle a lancé un appel il y a quelques jours en direction des élus et des associations pour sauver l’ethnie des Rohingyas. Difficile appel dans un contexte où les musulmans sont perçus comme une menace mondiale et fait le gras politique d’un grand nombre de nos politiciens, « on lutte contre les idées actuelles. Il n’est pas facile aujourd’hui d’admettre que des bouddhistes massacrent des musulmans » a-t-elle dit.

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Le bon « buzz » fait autour de la honteuse émission « Pékin Express en Birmanie » n’était qu’interne à la muslim sphère vu que de l’extérieur ce combat était perçu comme une énième pleurnicherie des musulmans, cependant la communauté a gagné un petit combat.

Des associations comme le Collectif Hameb se battent depuis des années pour dénoncer cette immonde persécution dont est victime ce peuple mais tristement avec peu d’écoute même de la part de la communauté même si cela tend à changer (le Collectif avait été invité à Rouen mais la oumma rouennaise avait plus à faire le jour de sa venue). Dernièrement c’est l’acteur Matt Dillon qui a tenté d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation humanitaire dans laquelle se trouve la minorité musulmane des Rohingyas (4% des Birmans sont musulmans selon des sources officielles dont un peu plus de la moitié est Rohingya, cependant un rapport américain estime que ce chiffre est sous-évalué (10%)) lors d’une viste dans un camp de déplacés Rohingyas.

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Balancés de pays en pays comme des pestiférés. Et lorsqu’ils arrivent à toucher terre, ils sont victimes de rapt ,violés, vendus, brûlés et enterrés par centaines dans des charniers dans des camps de fortune, gérés par des trafiquants d’êtres humains. Traumatisés et persécutés dans leur propre pays, les familles qui sont restées sur place, sont obligées de payer des rançons pour revoir un jour les leurs… Le monde a pu prendre conscience de la gravité de leur situation. Mais entre-temps la colère monte dans plusieurs pays musulmans et les menaces envers la Birmanie se multiplient…

Au Pakistan, la colère gronde

Lundi dernier, des rebelles talibans pakistanais ont appelé tous les musulmans de Birmanie à prendre les armes contre leur oppresseur. Les rebelles ont déclaré vouloir proposer leur soutien et des formations pour aider à défendre leurs droits et tuer « au nom de Dieu« . Le sort des Rohingyas est souvent énoncé dans les médias ou dans les cercles de dirgeants au sein de la République islamique du Pakistan.

Cet appel vient du principal groupe armé rebelle du Pakistan, le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP). Ce groupe, qui se dit proche d’Al Qaïda, créé en 2007, est accusé d’avoir perpétré des centaines d’attentats qui ont fait plus de 7000 victimes dans tout le pays. C’est immédiatement après sa création que le groupe a déclaré ce qu’il avait appelé « Guerre Sainte » au gouvernement d’Islamabad qu’il jugeait trop proche des États-Unis.

C’est par le porte-parole du Jama’at Ul Ahrar (qui fait partie du TTP) que cet appel au combat a été fait. En effet, il a déclaré dans un message audio « partager la douleur » de ses frères Rohingyas.

« Je m’adresse à la jeunesse de Birmanie : prenez les armes et tuez au nom de Dieu. N’ayez aucun doute, Dieu est avec nous« , a affirmé M. Ehsan. « Nos centres (d’entraînement), nos ressources, nos formateurs, tout est à votre disposition« , a-t-il ajouté.

« Les manifestations et autres résolutions condamnant » les abus qui sont faits envers la communauté des Rohingyas n’ont eu que peu d’impact, souligne encore M. Ehsan. C’est pour cela que selon lui le seul moyen de se faire entendre et de faire cesser cette ignominie est le « Djihad ». C’est la seule solution pour forcer les dirigeants Birmans à changer d’attitude sur ce douloureux problème.

Le TTP n’est pas le seul groupe a avoir appelé les frères Rohingyas à prendre les armes et à avoir menacé les autorités birmanes, Al Qaïda lui-même a déjà menacé le gouvernement Birman, le dernier en date est l’EI.

La persécution continue

Manifestants à Rangoun le 27 mai 2015. Photo de Ye Aung Thu pour l’AFP

Même avec tant de misère sous leurs yeux le gouvernement birman est resté très frileux sur la situation en mer des Rohingyas puisqu’en réalité il est complice par son silence et ses actions. Pire le 27 mai 2015 une manifestation dans les rues de Rangoun, capitale de la Birmanie, a eu lieu pour dénoncer une soi disante pression internationale sur le gouvernement concernant les migrants.

Des centaines de manifestants boostés par des moines bouddhistes radicaux (faisant partie d’un groupe extrémiste qui a à sa tête le tristement célèbre Wirathu alias « le moine SS »), ont scandé des messages nationalistes et des menaces. Habillés de teeshirt où l’on pouvait lire « arrêtez d’accuser la Birmanie« , les manifestants ont crié « n’insultez pas notre pays« . « Ceux qui aident les immigrés illégaux bangladais sont nos ennemis (…) Il n’y a pas de Rohingyas en Birmanie. ONU, ne soyez pas partisan ».

Autre fait ahurissant, le gouvernement birman a cédé il y a quelques semaines aux moines influents du pays comme que le moine SS connu pour sa haine viscérale des musulmans Rohingyas. Les autorités birmanes ont en effet voté une loi controversée sur les contrôles des naissances visant selon des ONG directement la minorité Rohingya.

Si ce n’est pas cela, on les accuse de faire partie de groupes terroristes comme cela a été le cas dernièrement avec l’arrestation d’une douzaine de musulmans accusés d’appartenir à une organisation terroriste mais qui est une invention de toutes pièces selon leurs avocats et des experts sécuritaires.

Bizarrement les autorités n’ont pas voulu dévoiler les preuves de l’existence du groupe qu’elles ont appelé « L’Armée Musulmane du Myanmar » selon une enquête publié par The Intercept. Cette accusation n’est qu’une nouvelle excuse pour continuer à persécuter les Rohingyas sous prétexte d’une cellule terroriste.

Cependant selon The Intercept l‘existence de « l’Armée Musulmane du Myanmar » reste à prouver. Le média a contacté des experts du terrorisme, des organisations des droits de l’Homme ainsi que le département d’Etat américain, sans succès, rien…. Les seuls « témoignages » sur ce groupe ont été pris sous la torture selon les avocats des personnes arrêtées qui ont indiqué que la seule preuve disponible dans cette affaire sont des aveux obtenus sous torture par les autorités.

Les Rohingyas sont désignés depuis longtemps en Birmanie comme un ennemi commun, selon des observateurs, comme le coupable idéal pour détourner l’attention des conflits politiques créés par la dictature militaire au pays qui manque de légitimité populaire.

Dans cette affaire de « maquillage » le nombre exact de musulmans arrêtés n’est pas connu. Toutefois The Intercept nous éclaire sur trois cas d’arrestations survenus entre septembre et novembre. Le site d’informations a aussi obtenu des documents et a réalisé des entretiens au Myanmar faisant état d’un cas où 12 personnes accusées d’avoir des liens avec le groupe présumé, un autre où cinq personnes ont été accusées de planifier des attaques à la bombe contre des endroits là encore non spécifiés dans le pays. Pour le troisième cas, il s’agit d’un homme accusé de financer le groupe.

Sources : HuffingtonPost Maghreb, LaMontagne.fr, AFP, Reuters, LaPresse.ca, LeMonde