Les Rohingya(s) : Minorité musulmane de Birmanie (partie 2)

D’après le Dr Mansour à 12h10 le 8 Juillet 2013

« Il y a quatre pensées illimitées :

l’amour, la compassion, la joie et l’égalité d’âme.» : Siddhārtha Gautama dit « Bouddha » (*)

(*) ce que les pseudo moines du groupe 969, semblent avoir oublié

Avant de revenir sur l’historicité de la Birmanie et en particulier sur la région d’Arakan, nous voudrions expliquer et expliciter ce qui est de l’ordre du religieux ainsi que les divers pénétrations des doctrines tant bouddhiste que musulmane. Pour la période chrétienne (bien que cette dernière fut tardive ~ 18em siècle) nous l’exposerons dans la partie 3 avec la colonisation britannique …

  1. Le bouddhisme

Contemporain de Socrate, Confucius, Deutero Isaias ainsi que de Zarathoustra, Siddhârta Gautama (fils du roi Suddhodana) naquis au VIe siècle avant J.C. dans le Royaume de Kapilavastu (dans le nord de l’Inde), capitale du clan des Śākya. Prince de son état, il appartenait à la caste des guerriers. Sa naissance serait miraculeuse, dans la tradition, sa mère Maya, (qui signifie, en sanscrit, « Illusion » ou « Univers Manifesté »), était en période temporaire d’abstinence et de chasteté ; Elle eut un rêve prémonitoire.

« À l’horizon, une étoile d’un éclat sans pareil, descendit et illuminant l’endroit où se trouvait la reine Maya. En touchant le sol, elle se transforma en un Éléphant Blanc tout en approchant il prit avec sa trompe un lotus blanc et le déposa sur le flanc de la Reine, qui s’introduisit dans l’utérus. »

Cela annonçait un grand homme, Siddhârta Gautama aurait pu vivre une existence dû à son rang ; devenir Roi ! Mais un soir il décide de quitter le palais ; il se confronte à la souffrance, la maladie, la mort….

De là débute son cheminement afin de trouver les réponses et les raisons de ses souffrances… Il s’exerce à de multiples expériences mystiques, il entreprend des années de recherches et cela jusqu’à qu’il trouve l’Eveil (devenir Bouddha).

Le grand Monarque indien Asoka (prononcé Ashoka), dynastie des Mauryas (de 273 à 236 avant JC), en véritable roi-moine, érige et institue le principe de non-violence. Tout en faisant triompher le droit, les vertus d’hospitalité et de générosité… La mise en œuvre du bien-être collectif et individuel (1) … Avec le zèle du converti à la doctrine du Bouddha, il opéra une sincère synthèse entre préceptes bouddhiques et administrations politico-judiciaires.

Selon deux chroniques Cingalaises(2),le Maavamsa et le DipavamsaAsoka, avec un prosélytisme hors normes, envoie de nombreuses missions dont celle qui suivirent le troisième concile, qui est conduite par 2 moines missionnaires, Sona et Uttara en Arakan (3).

Le comportement de ces missionnaires était, selon les chroniques, emplie de vertus et de sagesses (respect, calme, honnêteté….)

À cause de la proximité de l’Arakan avec son berceau géographique, le Bouddhisme y aurait ainsi fait apparition bien avant de se développer ailleurs dans l’Asie du Sud-est.

Cette pénétration du Bouddhisme se fait tant par la mer et par terre, du fait que les pèlerins passent les montagnes du Tibet, puis redescendent dans la vallée de l’Irrawaddy, en passant par les cols de la haute Birmanie (voir carte).

En effet, ce n’est que durant le IIe siècle de l’ère chrétienne que l’on en trouve trace dans le delta du Mékong(4) avant qu’il ne se diffuse largement dans le bassin de la Chao Phraya, au Champa ou dans l’archipel indonésien.

 

(1 Philippe Aziz, « Angkor et les Civilisations Birmane et Thaïe », édition Famot, 1976 ; P.193-195

(2) – langue indo-aryenne parlée au Sri Lanka

(3) – Ernelle Berliet, « Géographie historique et urbanisation en Birmanie et ses pays voisins, des origines (IIsiècle avant J.-C.) à la fin du XIIIsiècle »Thèse de doctorat de langues, histoire et civilisations des mondes anciens, université Lumière Lyon 2, 2004

(4) – R. B. Smith et W. Watson, Early South East Asia – Essays in Archaeology, History and Historical Geography, Oxford University Press, New York–Kuala Lumpur, 1979, XVI-562 

    2. L’Islam

À cette genèse bouddhique se superpose l’influence et la pénétration de l’Islam. Les premières incursions de souverains musulmans au Bengale datent de 1204~1205 avec l’arrivée des troupes d’Ikhtiyar al-Dĩn Muhammed Ibn Bakhtiyar Khaljĩ (5)(générale du souverain la dynastie Turco-persane des Ghurides).

Mais les auteurs Rohingya, nous renseignent sur le fait que l’’islamisation de la région Arakanaise remonter au tout début du IXsiècle, ce qui nous situe dans le prolongement des conquêtes musulmanes de l’Inde du VIIIe siècle ; avec les périples des voyageurs et commerçants moyen-orientaux, tel que les Persans Ibn Khordadzbeh (844-848 Ap. J.C.) et Sulayman (851 Ap. J.C.) ou Ibn al-Fakih (vers 900 Ap. J.C.).

Ces contacts ont eu lieu avec une région située à l’est de l’île de Ceylan appelée « Jazirat-al-Rahmi (ou Rahma) » qui ne s’avère être, aux yeux de Rohingya et aux regards de divers spécialistes que l’Arakan.

Ces voyages, après plusieurs prises de contacts, auraient donné lieu à l’établissement de comptoirs marchands, avec cette immense ouverture sur la mer facilitant les échanges commerciaux avec les diverses îles alentour et le golfe Persique (6).

D’autres sources nous suggèrent une présence musulmane par le biais de mystiques fakirs et soufis en Arakan dès le VIIe siècle (7), ce qu’aucune source archéologique ou historique ne permet d’établir.

Ma Tahir Ba Ta (historien arakanais), tout en se référant à l’œuvre de Sha Barid Khan, intitulé « Hanifa O Kaiyapuri », écrit au XVIe siècle, nous conte comment en 680 Ap. J.C (58~59 de l’hégire), Mohammad Hanif serait arrivé dans le voisinage de Maungdaw (dans l’ouest de la Birmanie où des troubles avaient éclaté entre avril et juin 2012 entre bouddhistes et musulmans. Faisant 28 morts et 53 blessés, selon un bilan officiel), où au cours d’une bataille il aurait vaincu la reine cannibale Kayapuri. Mohammad Hanif, de par sa clémence aux égards des vaincus, discuta et en prosélyte avertie, il amena la reine Kayapuri à l’Islam et finit par l’épousée ! S’ensuivra un vague de conversion massive de la population de la région. Leurs descendants forment le noyau original des Rohingya en Arakan (8).

On peut s’apercevoir que l’islamisation des Rohingya en tant que tel, date de 1333 ans.

Les Rohingya d’aujourd’hui descendent aussi des musulmans Arabes, des Pathan, des Maures, des Perses, des Turcs, des Afghans, des Mogols et des Bengalis qui s’installèrent en Arakan et ont su s’intégrer pleinement avec la population autochtone, tout en créant des liens de filiation qui ont ainsi développé le groupe actuel (9)

La mixité et le processus d’islamisation sont des particularités propres aux Rohingya, face aux autres composantes de la Birmanie…

(5) – Voir par exemple Mohammad Yusuf Siddiq, “Epigraphy as a Source for the Study of

 

Islamic Culture in Bengal” et Md. Akhtaruzzaman, “History of Early Muslim Eastern India:

A Study of Some Perso-Arabic Sources”, in Journal of the Asiatic Society of Bangladesh

(Humanities), vol. 50, n °1-2, 2005 (Golden Jubilee Volume 1956-2005), voir p. 113-140 et p. 247-257.

 

(6– Abdul Karim, The Rohingya – A Short Account of their History and Culture, Arakan

Historical Society, Chittagong, 2000, p. 10-14.

(7) – A. F. K. Jilani, 1999, p. 64-65.

(8) – Tahir Ba Tha, A Short History of Rohingya and Kamans of Burma, The Institute of Arakan Studies, Chittagong, 1999

(9) – A. F. K. Jilani, 1999, p. 52-53.

Mots-clés : Rohingya, Histoire, islam