Les Rohingyas victimes de trafiquants en Malaisie

D’après larédac à 10h51 le 10 Février 2015

Le 12 janvier 2015, Abul Kassim (40 ans ), un demandeur d’asile Rohingya, a été enlevé à son domicile dans le nord de l’État de Penang (En Malaisie).

Son corps, ensanglanté, fut retrouvé sans vie, avec des traces de coups.

Non loin de là, selon le communiqué de la Police de Penang, Ils ont retrouvé près de 17 migrants Rohingya qui étaient détenues contre leur volonté, avec des marques de coups et pour certains d’entre eux des plais ensanglantés.

Dans l’état voisin, le Kedah, huit trafiquants présumés, venant de Malaisie, du Myanmar (Birmanie) et du Bangladesh furent arrêtés.

L’assassinat d’Aboul Kassim jette une lumière rare sur ce que subissent les Rohingya en Malaisie : victime d’abus généralisés par des trafiquants (véritables mafieux)– d’êtres humains – qui sont prêts à tout pour protéger leur activité lucrative, totalement illégale et immorale.

Abul Kassim fournissait régulièrement des renseignements aux policiers sur les activités des trafiquants, c’est ce que nous apprend monsieur Abdul Hamid, président de la Rohingya Society in Malaysia basé à Kuala Lumpur (Malaisie).

Depuis 2012, plus de 100 000 apatrides musulmans Rohingya ont fui la violence et la pauvreté dans Myanmar. La plupart voyagent par bateau, affrétés par des trafiquants thaïlandais, où ils sont détenus dans des camps sordides dans la jungle, ils n’en sortent qu’au prix d’une rançon.

Relativement riche, le sud de la Malaisie est la destination la plus appropriée pour la plupart des Rohingya. Pour d’autres, ce loin d’être le cas.

Photo Reuters : Des Rohingya se tiennent en file d’attente, afin de s’inscrire et se faire d’élivré une carte temporaire de réfigié par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Kuala Lumpur – de 27 Février 2014

Misère, abus et déni de réalité…

Des témoins (parents et amis) ont expliqué aux journalistes de Reuters, avoir été spectateurs de trois enlèvements à Penang (entre 2013 et 2014), dans une maison, dans un café et dans la rue.

En outre, un autre Rohingya a été détenu et torturé après avoir été enlevé par des trafiquants en Thaïlande.

Trois des quatre cas c’est terminé par un assassinat.

Le « Fortify Rights », un groupe de défense des droits de l’Homme basé en Asie du Sud-Est, dénombre trois autres meurtres de Rohingya, qu’ils attribuent aux trafiquants.

Sans ressources, interdit de travailler légalement et craignant le harcèlement de la police, rare sont les victimes – Rohingya – qui déposent plainte, et même quand c’est le cas et que l’affaire arrive devant les autorités, ces dernières n’ont mené aucune enquête et n’ont prit aucune mesure contre cette situation.

Et les médias locaux ne donnent que peu de couverture à ses « faits divers ».

La police de l’Etat de Penang n’a pas souhaité répondre à d’autres questions au sujet de l’assassinat de M. Aboul Kassim. Par le biais de son porte-parole de la police nationale, monsieur Asmawati Ahmad n’a pas répondu non plus au sujet d’autres cas de meurtres de Rohingya.

Contacté par Reuters à la fin de 2014, le chef de la police Abdul Rahim Penang Hanafi a tout simplement nié le fait que des trafiquants avaient tué des Rohingya dans l’Etat cette année.

La Police citée par les médias locaux, a déclaré que l’assassinat de M. Aboul Kassim était susceptible d’être une simple affaire sur un « différend financier« .

Un leader Rohingya, basée à Kuala Lumpur, qui a souhaité garder l’anonymat, par crainte de représailles, a déclaré que qualifié de « crimes » les actions des trafiquants était difficile, en raison de la puissance économique et des soutient politiques dans le nord de la Malaisie.

« Si nous essayons d’obtenir des informations sur les trafiquants, ils vont tout simplement cibler la personne qui tente d’obtenir ces informations. Nous ne sommes pas en sécurité« , a-t-il ajouté.

Photo de Samsul Saïd pour Reuters : Un Rohingya du Myanmar et qui vie en Malaisie s’est évanouit lors d’un rassemblement appelant à un arrêt des massacres et de la violence envers les musulmans Rohingya au Myanmar, près de l’ambassade du Myanmar à Kuala Lumpur en Juin 2012.

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Le cas des cousins Noor

Les derniers cas connus, sont l’enlèvement présumé et l’assassinat des cousins Harun et Sayed Noor en 2013 et 2014, selon des témoins…

Harun, 35 ans, a été enlevé dans un magasin dans le Penang et détenu durant une semaine, après le payement d’une rançon de 7000 ringgit (envions 1702.63€), a rappelé son oncle, Mohammad Salim âgé de 50 ans.

Après sa libération, Harun a déposé une plainte à la police et a dû commencer une nouvelle fuite en toute clandestinité, a ajouté Mohammad Salim.

En représailles, les trafiquants s’en sont pris à son cousin Sayed Noor, âgé d’environ 30 ans, le gardant comme otage en échange de Harun et ajouté à ça la somme de 50 000 ringgit (soit 12 161.66€), explique Mohammad Salim.

Plusieurs mois plus tard, Sayed est retrouvé mort, son corps montrant des signes de torture et de mutilations.

Au début de l’année 2014, les trafiquants ont rattrapé Harun.

Quelques mois plus tard, son oncle, Salim, a reçu un appel d’un numéro de téléphone mobile Thai, qui lui intimait l’ordre de quitter la ville.

Aux dernières nouvelles, Mohammad Salim, l’oncle des cousins Noor aurait été tué par les trafiquants.

Le jeune Sadek Akbar

Un message similaire d’intimidation a été envoyé en mars 2014, à Sadek Akbar, 17 ans, qui avait voyagé depuis le Myanmar avec l’aide de trafiquants.

Après avoir été retenu dans un camp thaïlandais et racheté pour sa libération, Sadek a été emprisonné dans une planque à Penang. Les trafiquants ont alors exigé 2000 ringgit (486.47€) pour la libération de Sadek à son oncle, Altaf Hussain (48 ans).

« Nous ne pouvions pas payer, alors ils l’ont battu à mort et l’ont abandonné sur le bord d’une route« , a déclaré Altaf Hussain à Reuters.

Le récit de Altaf Hussain a été vérifié et corroboré par un autre Rohingya qui en a été témoin, et un journaliste malaisien, qui ont tous deux refusé d’être nommé.

« Million Dollars »

La Malaisie fait fi d’un compte rendu complet faisant le bilan sur les inégalités que subissent des millions de migrants, dont près de 150 000 réfugiés enregistrés et demandeurs d’asile qui y vivent.

Les proches des victimes sont réticents à signaler les crimes à la police, craignant de se retrouver en détention pour violation de migration et accusés d’extorsions de pots de vin, selon Matthew Smith, le directeur exécutif de Fortify Rights.

« Il y a des millions de dollars réalisés par le biais de la traite des Rohingya. Il n’est guère surprenant que des profits illicites de cette ampleur seraient s’assortir de comportement violent, » explique-t-il.

Le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) a refusé de commenter les affaires pénales spécifiques, mais a reçu « des rapports réguliers sur les abus, les intimidations et l’exploitation des réfugiés Rohingya« , a déclaré la porte-parole Yante Ismail.

« Selon la loi Malaisienne, tous les réfugiés sont traités comme des migrants sans papiers et illégaux, et il n’y a pas de système mis en place pour assurer leur protection.« 

Source : avec Reuters, Malaysia Times, Associated press