Les USA admettent avoir tué des civils, et des blessés et malades sont évacués de villes assiégées en Syrie

L’ONU a commencé mercredi à évacuer 500 blessés et malades de quatre villes assiégées en Syrie.

A Genève, la poursuite de négociations de paix demeure incertaine après le départ d’une partie de l’opposition.

La trêve initiée par les Etats-Unis et la Russie et entrée en vigueur le 27 février, semble elle aussi menacée après des violations tant par le régime du président Bachar al-Assad, que par les rebelles dans le pays ravagé par plus de cinq ans de guerre.

L’évacuation qui a débuté mercredi « concerne les gens blessés ou malades de quatre villes assiégées« , a indiqué à l’AFP une source de l’ONU à Damas.

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A New York, le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric, a précisé que des membres des familles des blessés et malades faisaient également partie des 500 personnes évacuées. 

Un bus transportant des blessés quitte le 20 avril 2016 la ville assiégée de Madaya. (Afp)
Un bus transportant des blessés quitte le 20 avril 2016 la ville assiégée de Madaya. (Afp)
 

Le premier bus, qui comptait 15 jeunes gens et dix personnes âgées, a quitté la localité rebelle de Zabadani assiégée par les forces pro-régime, à l’ouest de Damas, selon un journaliste de l’AFP.

D’après une source militaire, 225 autres personnes seront évacuées de la ville rebelle voisine de Madaya. 

Plusieurs personnes sont mortes de faim à Madaya qui a été le symbole des souffrances endurées par la population depuis le début de la guerre en 2011.

Un autre bus a évacué des blessés et leurs familles des localités chiites de Foua et Kafraya, favorables au régime, et encerclées depuis des mois par les rebelles dans la province d’Idleb (nord-ouest), selon une source de sécurité.

« L’ONU demande à toutes les parties, et particulièrement aux autorités syriennes, de permettre aux convois transportant des équipements médicaux d’accéder aux régions assiégées« , a insisté M. Dujarric.

Du côté de la diplomatie, les discussions inter-syriennes indirectes à Genève sous l’égide de l’ONU, qui doivent en principe trouver un règlement à une guerre qui a fait plus de 270.000 morts, battent de l’aile avec le départ de la majorité des négociateurs des principaux groupes de l’opposition réunis au sein du Haut comité des négociations (HCN).

Ils ont jugé « inacceptable » de continuer de discuter avec Damas qu’ils accusent de massacrer des civils. Le HCN a toutefois laissé sur place une équipe « technique » qui poursuivra les pourparlers depuis son hôtel.

Pour le chef de la délégation du régime syrien, Bachar al-Jaafari, ce départ est une bonne chose. « En partant, ils ont peut-être levé le principal obstacle » aux pourparlers, a-t-il affirmé, accusant le HCN d’être des « extrémistes, terroristes et mercenaires » à la solde de l’Arabie saoudite.   

Ce qui a fait bondir Washington.

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« Nous ne pensons pas que la réponse réside dans le départ de l’opposition de ces discussions. Tout au contraire (…) Nous voulons que toutes les parties participent activement à ces pourparlers« , a réagi le porte-parole du département d’Etat John Kirby.

L’opposition syrienne insiste pour la constitution d’un « organe gouvernemental de transition » doté de pouvoirs exécutifs et dont serait exclu M. Assad, une ligne rouge pour le régime.

Mais pour M. Jaafari, la solution politique doit reposer sur un « gouvernement d’union nationale élargi« .

Concernant la composition d’un tel gouvernement, il a indiqué qu’il devrait être ouvert à « des membres qui rejettent le terrorisme » et des représentants de l' »opposition nationale qui ne travaillent pas pour le compte de puissances étrangères ».

Le futur exécutif devrait inclure des « représentants de notre gouvernement actuel« , des « technocrates et des figures indépendantes« , a ajouté M. Jaafari.

Sur le terrain, l’état dit « islamique » (EI) s’est emparé d’un des quartiers gouvernementaux de la ville de Deir Ezzor (est), se rapprochant de l’aéroport aux mains de l’armée, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La majorité de la province de Deir Ezzor est aux mains de l’EI depuis 2014, à l’exception d’une partie de la capitale éponyme qui reste contrôlée par les forces gouvernementales et où vivent 200.000 habitants, totalement assiégés par l’EI.

Ailleurs dans le pays, dans la ville septentrionale d’Alep, sept personnes sont mortes dans des raids du régime sur le quartier rebelle de Salahedinne, selon l’OSDH.
Et des combats meurtriers ont opposé des forces kurdes à des combattants prorégime dans la ville de Qamichli (nord-est), ont précisé l’ONG et une source kurde.

En Irak voisin, l’EI semble avoir subi un revers avec la mort, selon les autorités kurdes, d’un de ses hauts responsables militaires dans un raid mené par des commandos américains et kurdes.      

Les Etats-Unis admettent avoir tué 20 civils en Irak et en Syrie


 

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Les frappes aériennes des Etats-Unis contre l’état dit « islamique » (EI) en Irak et en Syrie ont coûté la vie à 20 civils et en ont blessé 11 autres, entre septembre et février, a admis vendredi le Pentagone. 

« La majorité des indices indique que neuf frappes aériennes américaines distinctes, en Irak et en Syrie, entre le 10 septembre 2015 et le 2 février 2016, ont probablement coûté la vie à 20 civils et en ont blessé 11 autres« , a précisé US Central Command, le commandement militaire en charge de la région et de l’Afghanistan.

« Nous regrettons profondément les pertes de vies et blessures involontaires résultant de ces frappes« , a poursuivi le Centcom dans un communiqué, en adressant sa « profonde compassion » aux familles et aux personnes affectées.

Le Centcom a ajouté que des enquêtes étaient toujours en cours concernant d’autres signalements de victimes civiles lors de frappes visant le groupe jihadiste, indiquant que des informations à ce sujet seraient fournies ultérieurement. 

Selon la liste transmise par le Pentagone, six frappes ayant causé des victimes civiles ont été menées en Irak (17 morts au total) et trois en Syrie (trois morts au total). Les frappes les plus meurtrières sont survenues en Irak les 15 octobre (8 morts) et 12 décembre (5 morts). 

Une frappe le 11 janvier près de Mossoul en Irak a causé la mort d’un civil. Elle avait attiré l’attention internationale car elle visait une réserve d’argent liquide, et les images rendues publiques montraient des centaines de billets flottant dans les airs après le bombardement. 

Des ONG affirment que le nombre de victimes civiles est bien supérieur, du fait des près de 12.000 frappes par avion ou drone. 

L’ONG Airwars, basée à Londres, qui compile et recoupe les informations publiquement disponibles sur les bombardements, a indiqué fin mars que les frappes russes avaient probablement tué entre « 1.096 et 1.448 civils » entre octobre et décembre 2015, dans 192 bombardements. 

Par comparaison, les frappes de la coalition internationale menée par les Etats-Unis ont probablement tué 1.044 personnes en Irak et en Syrie depuis le début de la campagne contre l’EI à l’été 2014, selon cette ONG.
Au total, les Etats-Unis ont jusqu’à présent reconnu que 41 civils avaient été tués et 28 blessés depuis le début des frappes de la coalition internationale en Irak et en Syrie.

Obama et l’ONU inquiet pour la trêve en Syrie


Le président américain Barack Obama s’est dit vendredi « très inquiet » au sujet de la trêve en Syrie, tandis que le médiateur de l’ONU a appelé à une réunion ministérielle d’urgence et assuré que les pourparlers de paix se poursuivraient jusqu’au 27 avril.

« Je suis très inquiet concernant la cessation des hostilités qui s’effiloche » et je me demande « si elle est durable« , a déclaré Barack Obama, lors d’une conférence de presse commune à Londres avec le Premier ministre britannique David Cameron.

« Si la cessation (des hostilités, ndlr) tombe en morceaux, nous allons essayer à nouveau de tout faire pour la remettre en vigueur« , a-t-il affirmé, accusant Moscou et Téhéran de soutenir le « régime meurtrier » du président syrien Bachar al-Assad.

S’exprimant au même moment devant les médias au Palais des Nations à Genève, où se tiennent les pourparlers de paix, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a estimé que « la cessation des hostilités est toujours en vigueur, mais elle est en grand danger si nous n’agissons pas rapidement« .

« Nous avons certainement besoin en urgence d’une nouvelle réunion ministérielle du GISS (Groupe international de soutien à la Syrie composé de 17 pays et co-présidé par la Russie et les Etats-Unis, ndlr) en raison du niveau de danger« , a-t-il dit.

A lire : Washington et Moscou annoncent un cessez-le-feu en Syrie?

« Ce qui s’est passé aujourd’hui à Alep (nord) est à nouveau très inquiétant« , a-t-il poursuivi, en référence aux nouveaux raids aériens qui ont tué au moins 25 civils, selon les service de secours.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG qui s’appuie sur un vaste réseau de sources à travers le pays en guerre, a affirmé que les raids avaient été menés par l’aviation du régime qui mène une offensive dans la région depuis plusieurs semaines, en dépit de la trêve en vigueur depuis le 27 février, conclue sous l’impulsion de Moscou et Washington.

Ce deuxième round de négociations a débuté le 13 avril, mais l’opposition syrienne, représentée par le Haut comité des négociations (HCN) a suspendu lundi sa participation « formelle » aux pourparlers pour protester contre la « détérioration » de la situation sur le terrain. Le HCN a laissé sur place une équipe « technique » qui poursuit les discussions depuis son hôtel.

Le porte-parole du HCN – qui rassemble des représentants politiques et des groupes armés – a déclaré à l’AFP que les chefs de la délégation pourraient revenir à Genève si des « progrès majeurs et sérieux » étaient constatés « dans les tout prochains jours » sur le plan de l’aide humanitaire, des prisonniers et du cessez-le-feu en Syrie.

Dans un communiqué, le HCN a par ailleurs annoncé avoir eu une réunion vendredi à Genève avec l’ONU sur la question des détenus et a estimé aussi que la trêve « est en danger« .

M. de Mistura a assuré aux médias que les négociations allaient se poursuivre « sans doute » jusqu’à mercredi, « sous tous les plans, formels, informels, techniques, ici à l’ONU, ou dans les hôtels« .

  

A l’issue de ce 3ème round de négociations, M. de Mistura s’est engagé à faire à nouveau le point sur la situation et les éventuels progrès dans la difficile question du gouvernement de transition, qui oppose les opposants et le gouvernement de Damas. 

« Il y a un changement par rapport aux autres rounds: les parties présentes parlent toutes du même sujet, la transition politique« , a ajouté M. de Mistura, ajoutant qu’il aura un entretien lundi avec le chef de la délégation du gouvernement syrien.

Le HCN exige le départ du président syrien Bachar al-Assad, au pouvoir depuis 16 ans, avant la mise en place d’un « organe gouvernemental de transition« . Le régime considère que le sort du président Assad n’est pas négociable.

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La guerre en Syrie, déclenchée en 2011 par la répression sanglante de manifestations pacifiques réclamant la démocratie, s’est transformée en conflit complexe impliquant une multitude d’acteurs, syriens et étrangers. Elle a fait plus de 270.000 morts selon l’OSDH et déplacé au moins la moitié de la population.

 
M. de Mistura a expliqué qu’il est difficile de croire que le bilan ne soit pas plus élevé. Selon son estimation personnelle, quelque 400.000 personnes (d’autres sources indiquent plus de 500 000) ont été tuées depuis 2011.

Sources : Afp, Reuters, L’orient le Jour, OSDH, Agence Sana, Russia Today