L’État voudrait-il écarter les religieux du CCNE ?

D’après Hamzatou à 08h09 le 25 Septembre 2013

Le renouvellement du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) crée une onde de surprise et de colère chez les parlementaires de droite et les autorités religieuses dont plus aucune ne siège désormais. Les premiers dénoncent la manœuvre politique qui vise à «changer en douce la couleur» du CCNE à l’approche des débats majeurs sur l’euthanasie et l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (AMP) aux couples homosexuels, alors que des personnalités connues pour leur sensibilité à gauche ou leur amitié avec François Hollande viennent d’être nommées par ce dernier. Les seconds sont consternés d’avoir purement et simplement été évincés du comité, sans préavis.
On est si indigné à la Fédération protestante de France (FPF) que le président, le pasteur Claude Baty, vient de rédiger un courrier au chef du bureau des cultes, au ministère de Manuel Valls. «En plus, nous avons découvert ça par voie de presse», grince la FPF.

Le président du CCNE, Jean-Claude Ameisen, nommé il y a un an par François Hollande, récuse toute tactique politique en affirmant que «l’histoire du CCNE n’a pas toujours compté de religieux en son sein» et que «la diversité des sensibilités l’a toujours composé». Mais les procédés utilisés en coulisse jettent la suspicion.

Pour la première fois, les autorités religieuses n’ont pas été consultées en vue du renouvellement. Par tradition, même si les nominations sont faites par le président de la République, elles ne sont pas «directes». Une liste est demandée par le gouvernement aux instances religieuses qui proposent chacune un nom. «C’est comme ça que, moi-même, j’ai été élu, explique le pasteur Louis Schweitzer, dont le siège n’a pas été reconduit ni signifié qu’il en serait ainsi. Or cette fois nous n’avons pas été consultés». Scénario identique pour le rabbin Michaël Azoulay, lui aussi évincé et non avisé. «Je suis encore sous le coup de la surprise, avoue le rabbin. C’est un manque d’élégance étonnant, mais, surtout, un préjugé réducteur et choquant sur la capacité des religieux à pouvoir penser librement et intelligemment. Comme si on arrivait dans tout débat uniquement avec nos dogmes et des idées préconçues, incapables de réflexion, indifférents à la richesse apportée par les autres membres très compétents du CCNE! Les lignes de ma réflexion ont au contraire souvent bougé dans ces échanges, c’est même ce que j’ai particulièrement apprécié dans mon mandat.» Désormais, les 4 postes sur les 39 membres au total qui, dans les textes sur la composition du comité, sont nommés «en raison de leur appartenance à une famille religieuse», comme l’explique le président du CCNE, sont occupés par quatre laïcs, spécialistes des questions judaïques, catholiques, protestantes et islamiques. Deux d’entre eux siégeaient déjà: Xavier Lacroix, pour la sensibilité catholique, et Ali Benmackhlouf pour l’islamique. «Avec l’absence de tout religieux, le message est clair: le retour à une laïcité musclée», prédit le pasteur Schweitzer.

Avec l’aspect soudain et inhabituel, un autre indice semble conforter les suspicions d’une stratégie: si le renouvellement du comité est normal, puisqu’il s’opère tous les deux ans pour moitié, bien des postes concernés n’étaient pas des renouvellements obligatoires: ils arrivaient au terme de leur mandature de quatre ans mais pouvaient être reconduits quatre ans de plus. Quinze nouveaux membres sont ainsi entrés.

Pour de nombreux observateurs, ce «remaniement anticipé» est une «sanction-prévention» après le passage difficile de la loi sur le mariage pour tous et le rapport du CCNE sur la fin de vie. «80 % du CCNE a tranché en juin dernier qu’il ne fallait en aucun cas légaliser l’euthanasie, se souvient Louis Schweitzer. Cela n’a pas plu au gouvernement qui entend préparer le terrain pour les débats qui vont précéder le projet de loi».

Pour Jean Léonetti, député UMP des Alpes-Maritimes et père de la loi sur la fin de vie, la ficelle est grosse: «On sort les religieux et on envoie des militants pour conformer les avis du CCNE à celui du gouvernement. Au lieu de changer d’avis sur ces grandes questions éthiques, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique! François Hollande n’avait-il pas déjà amorcé le piège en annonçant que, sur la PMA, il se conformerait à l’avis du comité?»

Jean-Claude Ameisen, le président du CCNE, s’étonne de cet emballement. «Depuis trente ans, l’alternance des gouvernements n’a jamais rien changé, car la nomination des membres est avant tout fondée sur leurs compétences et leur personnalité. On ne s’est jamais scandalisé de la présence de membres de droite sous un gouvernement de droite». Virage à gauche ou non, «l’avenir le dira très vite», conclue Xavier Lacroix, membre du CCNE en faisant référence à l’avis sur la PMA qui sera rendu début 2014.

Source : Lefigaro