L’état zioniste a relâché en plein désert des centaines de clandestins africains

« Ça te plairait, toi, qu’un Noir vienne c…r tous les matins devant ta porte ? » Avec sa voix éraillée de grosse fumeuse, son langage cru et son poitrail d’haltérophile soviétique gonflé aux hormones, Orna Zakaï, 59 ans, à ce qu’il faut pour défendre sa cause. A savoir, « l’expulsion immédiate » des dizaines de milliers de migrants sub-sahariens (Erythréens, Soudanais) installés depuis une dizaine d’années dans les quartiers Sud de Tel-Aviv. Dans la zone la plus pauvre de la ville, où les habitants, telle Orna Zakaï, les accusent « d’apporter des maladies et de violer les filles dans la rue« .

Officiellement, quelque 45 000 migrants et demandeurs d’asile originaires d’Afrique sont entrés illégalement dans l’état zioniste depuis le début des années 2000. Mais l’ONU cite le chiffre de 53 000 et les ONG de défense des droits humains estiment qu’ils sont au moins le double.

L’état zioniste – grand exemple de démocratie et des droits humains à en croire ses défenseurs comme pour cet été avec l’affaire Tel Aviv sur Seine – a relâché un deuxième groupe d’environ 600 immigrés clandestins africains qui étaient détenus dans le centre de rétention de Holot, dans le désert du Neguev (sud), a indiqué une porte-parole de l’autorité pénitentiaire.

Après un premier contingent, un total de 1.178 immigrés, en majorité originaires d’Érythrée et du Soudan, ont été libérés à la suite d’un jugement de la Cour suprême.

Vidéo Une éthiopien agressé par des agents à Tel Aviv

Désemparés devant cette question: « où aller ? »

Désert du Néguev

« Il n’ y a rien à fêter! On ne sait pas où aller, où on va dormir ce soir« , avait déclaré Salah, un Soudanais de 33 ans devant le centre de rétention de Holot, le plus important du pays, situé dans le désert du Néguev (sud).

Comme des centaines d’autres (750 selon l’autorité pénitentiaire), Salah, arrivé en Israël il y a neuf ans, il a été libéré après une décision de la Cour suprême qui a ordonné le 11 août que les demandeurs d’asile détenus depuis plus d’un an soient relâchés sous deux semaines.

Il s’agit du troisième coup porté en deux ans à la politique des gouvernements successifs de droite de Benjamin « Bibi the King » Netanyahu qui cherche à limiter l’arrivée de migrants, majoritairement originaires d’Erythrée et du Soudan.

Devant un paysage de barbelés et de baraquements avec le désert à l’horizon, la liberté a pris un goût d’incertain pour tous ceux qui sont sortis en tirant de grosses valises, une couverture sous le bras. Une fois sortis, certains rejoignent des abribus, montent dans un car, peu importe sa direction.

Fissel Sidig Adam, un Soudanais du Darfour âgé de 28 ans, arrivé dans l’état zioniste il y a 8 ans, est reconnaissant envers la Cour suprême. Mais il attendait « plus« , « une vraie solution de l’Etat, de l’aide, pas les 64 shekels (soit près de 14,60 €) et le sandwich qu’on nous a donnés« .

Holot est un centre ouvert où les détenus, libres la journée, doivent venir émarger à 22H00, explique la porte-parole de l’autorité pénitentiaire. Ils ont droit à un pécule mensuel de 600 shekels par mois s’ils ont fait acte de présence tous les soirs, moins dans le cas contraire.

Après ces départs, ils devraient rester 550 personnes dans le centre.

Ceux qui ont été libérés sont partis après un petit-déjeuner, avec leur allocation, éventuellement des ordonnances s’ils ont besoin de soins, mais aussi avec un document restreignant leurs déplacements.

« On nous a donné un papier avec marqué « interdit d’aller à Eilat ou Tel-Aviv« , et c’est là qu’on connaît des gens. J’ai pas d’argent pour louer un appartement. Où je vais maintenant ? » s’inquiète Salah.

Tel-Aviv et Eilat accueillent de fortes concentrations de clandestins africains. Leur présence suscite des tensions avec la population. Mais en interdisant ces villes aux détenus de Holot, les autorités les privent d’un point de chute où retrouver des proches, ou un travail au noir peut-être.

Le débat autour de la question de l’immigration est loin d’être apaisé. Récemment, la ministre de la Justice.., Ayelet Shaked, a posté une vidéo montrant l’agression d’une passante par un homme de couleur noir avec la mention: « la vie insupportable des habitants du sud de Tel-Aviv« . Petit problème… la vidéo avait en fait été filmée en Turquie.

Pour ces immigrants, l’état zioniste, à défaut de pouvoir rallier l’Europe, le plus proche espoir d’une vie meilleure accessible à pied.

Selon l’ONU, le pays abrite 53.000 réfugiés et demandeurs d’asile, la plupart entrés illégalement via le Sinaï égyptien. Parmi eux, 36.000 sont venus d?Erythrée, 14.000 du Soudan. L’administration zioniste ne leur accorde le statut de réfugiés qu’au compte-gouttes, laissant l’immense majorité à la marge.

Cette immigration date de plusieurs années. A la différence de l’Europe et compte tenu de sa situation géopolitique, l’administration zioniste n’est pas confronté à de nouvelles vagues en provenance de Libye ou de Syrie, pourtant toute proche, dit à l’AFP Sabin Hadad, porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Les détenus relâchés de Holot ne devraient pas grossir les flux à destination de l’Europe, tant sortir de l’état zioniste serait une gageure.

Sur le parking de Holot transformé par la sortie des prisonniers en un marché où des marchands vendent de la nourriture et où l’on fume la pipe à eau, des conciliabules se forment. Les hommes sortent leur portable pour improviser des plans d’urgence. Personne ne croit vraiment qu’ils ne finiront pas par gagner Tel-Aviv ou Eilat.

Décision cynique sans aucune humanité…

Des centaines d'Ethiopiens israéliens lors d'une manifestation anti-racisme à Jérusalem, le 30 avril 2015 (Photo de Yonatan SIndel - Flash90)
Des centaines d'Ethiopiens israéliens lors d'une manifestation anti-racisme à Jérusalem, le 30 avril 2015 (Photo de Yonatan SIndel - Flash90)

La Cour suprême avait ordonné le 11 août que les migrants détenus depuis plus d’un an soient relâchés dans les deux semaines. Il s’agissait du troisième coup en deux ans porté par la plus haute instance judiciaire israélienne aux politiques des gouvernements successifs de droite de Benjamin Netanyahu.

Le maire de gauche de Tel-Aviv, Ron Huldaï, a vivement critiqué le gouvernement sur la radio militaire en soulignant que « chaque ministre prône une politique différente et se livre à des déclarations populistes et racistes« .

Selon lui, entre 30.000 et 35.000 immigrés africains se trouvent à Tel-Aviv et « chaque année naissent 1.000 enfants de ces immigrés« .

M. Huldaï a proposé d’accorder des permis de travail aux migrants afin qu’ils puissent se disperser sur tout le territoire de israélien et ne plus se concentrer à Tel-Aviv. « Il faut les traiter comme des êtres humains et ne pas oublier que nos parents et nos grands-parents ont eux aussi été des réfugiés« , a-t-il ajouté.

Il y aurait près de 45.000 personnes entrées illégalement dans l’état zioniste, notamment qui serait passer par le Sinaï égyptien, selon de récents chiffres de l’autorité de la population et de l’immigration. Parmi elles, 33.000 sont venues d’Érythrée, 8.500 du Soudan, 3.000 d’autres pays africains et 500 d’autres pays dans le monde. L’administration zioniste ne leur accorde le statut de réfugiés qu’au compte-gouttes.

Pratiquement, plus aucun Africain ne « s’infiltre » d’Egypte vers l’état zioniste depuis 2013 et la fin de la construction d’une clôture électronique le long des 230 km de frontière.

Source : Afp, Associated Press, Harretz, Afrik.com, L’Orient le Jour ….