Liban : L’Histoire pour ne pas oublier l’horreur de la guerre

Plusieurs dirigeants libanais ont insisté lundi pour que ne soient jamais oubliées les leçons de la guerre civile qui éclata il y a tout juste 40 ans et se termina 15 ans plus tard, après avoir fait 150.000 morts et 17.000 disparus.

Photo d’archive de la guerre du Liban

Cette guerre, dont les premiers coups de feu ont été tirés le 13 avril 1975*, s’est achevée en 1990 avec une loi d’amnistie absolvant les chefs de guerre. Ces derniers ont troqué leur treillis pour un costume deux pièces, et dirigent aujourd’hui un pays martyrisé.

Parmi eux, le chef druze Walid Jumblatt, qui mena une guerre féroce contre la milice chrétienne des Forces Libanaises pour l’expulser de la montagne libanaise en 1983, reconnait que son opinion sur le conflit ne peut être considérée comme « équilibrée et objective« .

« J’ai représenté une des factions mues par le fanatisme et la haine. Je conseille à mon fils Taymour (appelé à lui succéder à la tête de la communauté druze, ndlr) et tous les jeunes libanais à se méfier de la violence et de l’ignorance« , dit-il dans un tweet.

Pour sa part, le ministre de la Justice (sunnite) Achraf Rifi a tweeté que cette anniversaire doit rappeler à tous les Libanais de « protéger leur pays et leur nation et rejeter la violence et la mort« .

D’autres dirigeants, comme l’ancien Premier ministre Saad Hariri, dont le père fut Premier ministre après la guerre avant d’être assassiné en 2005, ont mis en garde les Libanais.

« Plus jamais. Nous ne permettrons jamais que cela se reproduise« , a déclaré M. Hariri.

Dans un communiqué, il a ajouté : « Nous n’avons pas mis un terme à notre guerre civile pour précipiter notre pays dans le brasier des guerres arabes. Nous ne pouvons pas protéger le Liban si nous n’empêchons pas les incendies environnants de l’atteindre, ou pire, si nous continuons à nous jeter dans leurs flammes« .

Le pays a vu s’approfondir récemment les lignes de fractures confessionnelles avec la guerre en Syrie voisine. La majorité des sunnites et une partie des chrétiens soutiennent la rébellion contre Bachar al-Assad alors que l’autre partie des chrétiens et une grande partie des chiites appuient le régime de Damas.

Source : avec Afp, l’Orient le Jour, Al Manar

*Origine de la guerre (Par le Dr Mansour) :

Photo d’archive de la guerre du Liban

L’attaque le 13 avril 1975 d’un bus ramenant des Palestiniens, après un mariage, au camp de Tell ez-Zaatar par des militants Kataëb, dont deux des leurs avaient été tués ainsi que deux autres personnes au même endroit quelques heures plus tôt, déclenche et symbolise la guerre des deux ans.

Elle survient à Aïn Remmaneh dans une avenue séparant un quartier maronite d’un quartier chiite.

Cette « ligne de front » bientôt rendue dangereuse par des barrages miliciens et les tirs des francs-tireurs, marque la frontière durable entre régions loyales au président et au leadership chrétiens – Beyrouth-Est, le Liban central et le nord maronites – et le reste du pays majoritairement musulman où sont installés les réfugiés et les combattants palestiniens. Au nord, Tripoli, ville majoritairement sunnite, affronte les combattants maronites de Zghorta ; dans la plaine intérieure de la Beqaa, la ville chrétienne de Zahlé s’oppose aux localités musulmanes environnantes.

La division sectaire est renforcée par des assassinats de civils désignés comme ennemis en raison de leur appartenance nationale (les Palestiniens) ou confessionnelle. Elle est accélérée par des expulsions et des massacres collectifs. Du 21 mars au 2 avril 1976, les combattants palestiniens et les milices du Mouvement national Amal, alors fédératrice des chiites, et le parti Mourabitoun sunnite – disputent aux forces chrétiennes du Front libanais ¬ Kataëb, Parti national libéral (PNL) et Tanzim – le contrôle du centre hôtelier, bancaire et portuaire de Beyrouth, qui est entièrement pillé et détruit.

Tandis que plusieurs unités de l’armée régulière rejoignent les milices confessionnelles, la majorité des militaires restent dans les casernes, l’arme au pied. L’État est paralysé par la mésentente entre le président Sleimane Frangié, défenseur de la suprématie politique des chrétiens élu en 1970, et ses présidents du Conseil successifs, sunnites, qui exigent un nouveau partage confessionnel du pouvoir en faveur des musulmans.

Photo d’archive de la guerre du Liban

La tentative de Frangié d’imposer un gouvernement de militaires en mai 1975 fait long feu et le leader tripolitain Rachid Karamé, acquis au Mouvement national, préside le gouvernement.

En mars 1976, assiégé au palais présidentiel, Frangié est sommé par 68 des 99 députés de démissionner avant la fin de son mandat. Réfugié à Zouk, dans le Kesrouan maronite, il reçoit le soutien de Pierre Gemayel, leader des Kataëb, et celui de Camille Chamoun, chef du PNL, ainsi que des ordres religieux maronites.

Le 1er juin 1976, 600 soldats et 200 tanks syriens passent la frontière et se déploient dans la plaine orientale de la Beqaa.

Comme le confirme le président syrien Hafez el-Assad (audio Histoire de la Syrie partie 5.1 et partie 5.2 ) dans son discours du 20 juillet 1976, cette armée vient stopper l’offensive des Forces communes druzes, gauchistes, musulmanes et palestiniennes contre celles du Front libanais dans le centre du Mont Liban. Son intervention consacre la séparation entre le Liban central et Beyrouth-Est d’une part, et le reste du pays de l’autre. Tandis que la majorité des musulmans du Liban central fuient ou en sont expulsés (135 000 selon Labaki et Abou Rjeily, 1993 : 49), une partie des chrétiens de Beyrouth-Ouest et de la banlieue sud (75 000 selon idem.) s’y replient.

Les camps de réfugiés palestiniens dans les régions chrétiennes (Dbayé, Jisr al-Bacha, Tell ez-Zaatar) sont assiégés et rasés. Le conflit politique dessine désormais des territoires confessionnels : chaque Libanais est assigné à un espace de légitimité et de sécurité, soumis à la domination, sinon à l’autorité, de la force armée qui le contrôle tandis que son existence est menacée ailleurs dans le pays.

Le cessez-le-feu décrété au sommet arabe restreint de Riyad le 17 octobre 1976 consacre une « solution syrienne » à la crise libanaise. Les militaires syriens constituent trois quarts des membres des forces de paix arabes (Quwwât al-rada) déployées au Liban jusqu’au printemps 1979, la totalité ensuite. En dépit d’une politique de reconstruction menée par le président Sarkis (élu le 8 mai 1976) avec le soutien américain et français (création du Conseil du développement et de la reconstruction, 24 janvier 1977), les affrontements entre les Palestiniens et les forces syriennes pour le contrôle des camps de réfugiés se poursuivent jusqu’à la signature de l’accord syro-libano-palestinien de Chtaura le 21 juillet 1977, censé mettre en œuvre l’accord du Caire de 1969.

Audio : Chroniques du Dr Mansour : Petite histoire du Liban

Chronologie des exactions :

Tell el Zaatar le 12 août 1976 : https://www.youtube.com/watch?v=4EjzqqEZO6M&feature=gp-n-o&google_comment_id=z12hvdxyzsbkilsis04cfbpr2un0ydipxws0k

5 novembre 1977 : la Saïqa, milice palestinienne supplétive de l’armée syrienne fait 41 morts à Aishiyeh. (Liberty 05, « Lebanese Civil War 1977-1981 », www.liberty05.com/civilwar/civil77.html site internet lié au Courant Patriotique Libre)

9 novembre 1977 : bombardement par l’aviation israélienne du village et du camp palestinien de Ezzieh. Soixante-dix-neuf morts et 175 blessés.

14-19 mars 1978 : en riposte l’attaque d’un bus entre Haïfa et Tel Aviv par des militants du Fatah (32 morts, 82 blessés), l’opération israélienne « Litani » fait environ 2 000 morts, la majorité victimes d’attaques aériennes, et provoque la fuite de 150 000 à 250 000 habitants du Sud-Liban vers Beyrouth. (Rapport 1978 du CICR)

– 13 juin 1978 : assassinat à Ehden du leader des Maradas Tony Frangié, de sa famille et ses gardes par un commando FL. Trente-cinq morts.

– 22 juillet 1979 : bombardement par l’aviation israélienne des bastions palestiniens de Damour, Naameh et Sarafand. Dix-huit morts, 70 blessés. (Article de L’Orient Le Jour, du 23 juillet 1979)

– 8 juillet 1980 : les FL investissent les principaux centres civils et militaires du PNL. Quatre-vingt-quatorze à 150 tués.

– 30 juillet, 7 août, 26 septembre, 10 novembre 1980 : des attentats à l’explosif à Beyrouth-Est et dans sa banlieue font 42 morts et 142 blessés.

– 17 juillet 1981 : bombardement par l’aviation israélienne du quartier Fakahani à Beyrouth abritant les institutions de l’OLP. Quatre-vingt-dix à 175 morts et 400 à 600 blessés.

– 17-18 septembre 1982 : massacres de civils à Sabra et Chatila.

– 31 août au 9 septembre 1983 : massacres interconfessionnels dans les régions du Chouf et d’Aley.

– Le 31 août : Bmariam, 34 chrétiens tués ; le 5 septembre : Kfarmatta, 107 druzes ; le 6 septembre : Chamoun, 334 chrétiens ; le 6 septembre : plus de 20 druzes dans le Chahhâr ; le 9 septembre : Maasser el-Chouf, 64 chrétiens. Vingt mille druzes et 163 670 chrétiens sont contraints à l’exode.

– 8 mars 1985 : attentat à la voiture piégée près du domicile de Sheikh Mohamed Hussein Fadhlallah, à Bir el-Abed. Huit morts, 256 blessés.

– 14 août 1985 : voiture piégée à Saad el-Bauchrieh (Beyrouth-Est). Douze morts, 115 blessés. (Article de L’Orient Le Jour du 15 août 1985)

– 20 août 1985 : Voiture piégée au centre de Tripoli. Quarante-trois morts, 92 blessés. (Journal Antenne 2, 20 août 1985, http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/CAB85104987/tripoli-liban.fr.html ).

– 4 septembre 1985 : voiture piégée à Zahlé. Quatorze morts, 74 blessés. (Liberty 05, « Lebanese Civil War 1985-1987 », www.liberty05.com/civilwar/civil87.html ).

– 21 janvier 1986 : voiture piégée à Furn el-Chebbak. Trente morts, 132 blessés. (Article de L’Orient Le Jour du 22janvier 1986).

– 20-24 février 1986 : assassinat de plusieurs intellectuels laïques à Beyrouth Ouest. * (Article de L’Orient Le Jour du 25 février 1986).

– 8 avril 1986 : voiture piégée à Jounieh. Onze morts, 89 blessés.

– 29 juillet, 8 et 14 août 1986 : des voitures piégées à Aïn el-Remmaneh et Dora (Beyrouth-Est) font respectivement 31 morts et 128 blessés, 13 morts et 106 blessés, et 24 morts et 84 blessés.

– 30 juillet 1986 : voiture piégée au carrefour Barbir (Beyrouth-Ouest). Vingt-deux morts, 163 blessés. (Liberty 05, « Lebanese Civil War 1985-1987 » www.liberty05.com/civilwar/civil87.html).

– 23 avril 1988 : Voiture piégée à Bab al-Tebbaneh (Tripoli). Soixante morts et 125 blessés. (Article du New York Times du 24 avril 1988).

30 mai 1988 : voiture piégée à Rmeil (banlieue sud). Quinze morts, 61 blessés. (Liberty 05, « Lebanese Civil War 1988-1990 » www.liberty05.com/civilwar/civil4.html).

– 17 mars 1989 : explosion d’une voiture piégée à Jal el-Dib (banlieue est). Quinze tués, 140 blessés. (Article de L’Orient Le Jour du 18 mars 1989). – 1er octobre 1990 : des civils manifestant en faveur du général Aoun sont mitraillés par les FL sur le pont du Nahr el-Mott (Beyrouth). Douze morts, 50 blessés. * (Liberty 05, « Lebanese Civil War 1988-1990 », www.liberty05.com/civilwar/civil4.html).