L’Inde musulmane : Cohabitation tumultueuse

Pour TEPA d’après Dr Mansour à 16h30 le 29 Décembre 2013

Le sultanat de Delhi, né de la conquête étrangère, s’est attiré d’emblée l’hostilité irréductible de l’aristocratie hindoue, mais n’a pas soulevé de véritable résistance populaire.

La vie quotidienne de la masse paysanne indienne est en effet peu affectée par les vicissitudes de l’histoire politique et militaire, sauf quand l’affermage de l’impôt des provinces aux spéculateurs, fléau qui surgit chaque fois que le pouvoir central faiblit, rend la charge fiscale insupportable.

Le changement le plus apparent est la diffusion de l’islam dans l’univers hindou. Le sultanat est en effet un État musulman, dont les souverains, par une pieuse fiction légale, demandent encore parfois l’investiture du calife, et affichent en général le respect des oulémas et de la loi coranique. Mais passées les violences religieuses de la conquête, la raison d’État commande la tolérance envers l’hindouisme, majoritaire. Les conversions volontaires d’hindous à l’islam sont d’ailleurs relativement nombreuses.

Avant d’en venir à la période Moghol, nous revenons sur des événements qui ont eu des répercussions négatives (qui auraient pu freiner totalement l’expansion de l’Islam) sur les diverses communautés de l’indus …

Avant l’invasion musulmane, la société hindoue était dans l’ensemble assez homogène, malgré son immense superficie et en dépit du fait qu’elle avait déjà été envahie à de nombreuses reprises auparavant. Ses envahisseurs précédents avaient bien sûr amené avec eux nombre de coutumes que les natifs indiens avaient, au fil du temps, en grande partie absorbées. Il est important de préciser que le peuple hindou ne s’est défini que par la négative.

En effet, les motifs religieux souvent rigides de ses envahisseurs avaient forcé les Indiens à se définir culturellement et religieusement. La dénomination d’ « Hindous » leur fut d’ailleurs octroyée par les musulmans et les désigne simplement comme habitants de l’Indus. Les Britanniques la reprendront pour désigner le peuple indien non politiquement mais religieusement.

Quoi qu’il en soit, devant ce nouvel envahisseur particulièrement inflexible en matière religieuse, le peuple indien eut à réagir et sa réaction n’alla pas sans provoquer de contre-réaction chez les musulmans. C’est de ces interactions que nous allons parler à présent.

 

Revenons en arrière avec Mahmud Ghazni (971-1030) :

Ce sultan qui avait une vaste région sous son contrôle, avec comme capitale Samarkand, se servit de ce territoire comme base arrière pour organiser ses incursions en Inde du nord.

Elles seront au nombre de 17, entre 1000 et 1026.

Ces incursions s’apparentent plus à du pillage (des razzia), du fait que sous sa gouvernance, on dénombrera peu de conversions, s’attirant les réticences et la colère des populations locales.

Mahmud Ghazni, tant pousser par l’appât du gain (il lui fallait de quoi financer ses campagnes, ses armées et son administration….) que par son assurance sur son pouvoir, considère touts manifestations d’hostilité comme des tentatives d’opposition à son autorité… De là il entreprit des campagnes punitives, en répriment les populations et en détruisant de nombreux temples hindous.

Dans ce but, il utilisera le prétexte d’extirper les idolâtres et les infidèles hindous.

Précisons bien, beaucoup y ont vu une tentative d’éradiquer le polythéisme indien, comme le Prophète Mohammed (Paix et bénédiction sur lui) l’avait fait en son temps. Mohammed (Paix et bénédiction sur lui) n’a jamais détruit de temple, mais simplement des idoles et cela dans le seul but de redonner à la Kaaba son rôle et son statut de lieu Saint du monothéisme !!!)

Ici nous nous référons à Abu Nasr Muhammad Utbi, le secrétaire et chroniqueur de Mahmud Ghazniqui relate que durant ses expéditions, Mahmud Ghazni avait capturé et amené à Samarkand, près de 500.000 (hommes et femmeshindous comme esclaves

En 1025, Mahmud Ghazni fera détruire le temple de Shiva à Somnath (l’un des temples les plus sacrés de l’hindouisme – connu aussi sous l’appellation « Sanctuaire éternel », car bien qu’il ait été détruit six fois, il a toujours été reconstruit).

On peut estimer, selon les chroniques d’Abu Nasr Muhammad Utbi et Indiennes, que Mahmoud à accumuler, en prise de ses raids, plus de 3 milliards de dinars (en bijoux, or et argent) en plus des esclaves. On sait que les musulmans en Inde ont détruit littéralement des milliers de temples hindous.

Durant le Sultanat de Delhi, l’Inde sera gouvernée par plusieurs dynasties musulmanes, avec Delhi comme capitale, et cela durant plus de 300 ans (1206-1555).

Les dynasties étaient :

  • La dynastie Muizzi (1206-1290)
  • La dynastie Khaldji (1290-1320)
  • La dynastie Tughluq (1320-1413)
  • La dynastie Sayyid (1413-1511)
  • La dynastie Lodi (1511-1526)

 

«Université» de Nâlandâ :

L’institution daterait de 450 après J.-C., au temps de sa splendeur on y comptait près de 10.000 étudiants (4.000 permanents) originaires de divers coins de l’Asie : Inde, Chine, Japon, Tibet, Myanmar (Birmanie), Corée et Indonésie.

L’enseignement y était gratuit. Une sélection extrêmement sévère y était opérée. On ne prenait que les meilleurs, après une série d’examens, où moins d’1/3 réussissaient…

On y relève la présence d’une bibliothèque avec des centaines de milliers de livres stockés dans 3 bâtiments de plusieurs étages, au moins un bâtiment comportait 9 étages.

On y dispensait des savoirs multiples : sur le bouddhisme, l’hindouisme, la physique, les mathématiques, la médecine, la chirurgie, l’astronomie et on pouvait y trouver également un observatoire. (1)

La destruction de l’Université de Nâlandâ

 

Le nom de la dynastie Khaldji provient d’un général turc appelé Bakhtiyar Khaldji.

 

Il est né à Balkh (c’est l’antique Bactres, situé au nord de l’Afghanistan, qui verra naître le poète Rumi), issu de la tribu turque des Khaldji ;  Il fera partie des troupes de Muhammad Ghûrî. En 1193, il occupe le Bihar donnant ainsi le coup de grâce aux communautés bouddhiques, notamment après le sac des monastères de Nalanden en 1197 et de Vikramasila en 1203 par son armée.

Il reçoit les honneurs de Muhammad Ghûrî, puis de Qûtb ud-Dîn Aibak, ainsi que de nombreux présents qu’il redistribue à ses hommes.

En 1202-1204, il envahit l’ouest du Bengale. Il chasse la dynastie Sena (dynastie hindouiste qui régna du XIe au XIIe siècle) et s’empare de la capitale Nadiya et installera la sienne à Lakhnauti…En 1206, Il perdra la vie au cours d’une expédition hasardeuse au Tibet.

C’est en 1193, que Bakhtiyar Khaldji s’attaquera à « l’Université » de Nalanda, dans l’état de Bihar (à l’est des plaines indo-gangétiques)… afin de réprimer une rébellion naissante au sein des élites hindoues.

La répression y est violente ; lors de la prise de l’«université», Bakhtiyar Khaldji fera passer au fil de l’épée des milliers d’étudiants bouddhistes et professeurs, d’autres succomberont au buché.

Plusieurs milliers de livres, manuscrits de la bibliothèque, pour le mieux seront dérobés, au pire détruit par le feu par ses hommes.

Et dans cette folie la majeure partie des bâtiments seront détruits, Il ne restera que des ruines de ces derniers après le passage des hommes de Bakhtiyar Khaldji.

En conclusion, les agissements de ses hommes n’incombent en aucun cas à l’islam (en tant que Religion … et au modèle du Prophète Mohammed (Paix et bénédiction sur lui)), mais seulement à leur propre turpitude et leur soif de pouvoir, de richesse et de conquête. 

Dans la suite nous verrons les relations entres musulmans et les divers communautés indiennes, ainsi que l’arrivée des moghols …

(1) description de l’institution : récit de voyage du moine bouddhiste de Chine Xuangzan (602-664) qui a passer de nombreuses années en Inde.

(2) «Tabaqat-i-Nasiri» de l’historien musulman iranien Minhaj-i-Siraj ( 1193-1259).

Source :

Al-Biruni : « Al Kitab al-Hind » (livre de l’Inde). Ce livre est encore aujourd’hui notre plus grande source d’information sur l’Inde du XIe siècle.

Fred W. Clothey ; “Religion in India, A Historical Introduction” ; Routledge, New York, 2006.

W. H. Moreland, India at the Death of Akbar, an Economic Study, Londres, 1920, réimpr. South Asia Books (Columbia), 1990 ; From Akbar to Aurangzeb, a Study in Indian Economic History.