L’Inde musulmane (partie 5-fin) : Les grands Moghols, pacification, tolérance et grandeur

D’après Dr Mansour pour T.E.P.A à 16h30 le 09 Février 2014

 

« Nous mangeons de la nourriture

Nous portons des vêtements

Cela fait partie de ce jeu futile.

 

Le passé colle à notre corps.

 

Quand nous passons la porte,

 

Il y a la vérité.

 

Le mal ne s’arrête jamais,

 

Et il n’y a jamais assez de bien.

 

À la fin, le temps est un jeu.

 

Sur le sommet de la montagne, le dieu est roi.

 

Plus haut que les cieux,

 

Il y à la vérité.* »

Quelques vers du grand poète de langue telugu Tallapaka Annamacharya (vers 1408 – 1503ap J.C.) ; ces vers sont adressés au dieu de Tirupati Balaji / se rapproche d’une forme de monothéisme local (Le Seigneur de Tirupati, Balaji, était sans doute à l’origine un dieu tribal qui s’est fondu en Vishnu avec le temps. Balaji restera sur cette colline de Tirumalai)  – la colline sacrée de Tirumalai, située au sud de l’Andhra Pradesh, et son temple de VenKateshwara, est un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés au monde.

(Miniature de l’empereur Akbar)

 

Petit-fils de Bābur, descendant à la fois de Timūr-Lang (Tamerlan) et de Chingiz khān (Gengis khān).

 

Akbar naquit en 1543, en exil, en Perse, car son père, Humāyūn, qui avait été trahi par les intrigues de ses frères, s’était vu déposséder du pouvoir par un chef Afghan, Sher shāh.

 

Mais celui-ci avait su être patient et avec un grand discernement prendre le moment opportun où les désaccords, devenant irréconciliables, de ses successeurs, permis enfin son retour au pouvoir. C’est en 1555, profitant de la mort accidentelle de Sher shāh, qu’il se présenta devant Delhi, accompagnait de son fils Akbar (âgé de 12 ans), où il regagne sa place de souverain et mourut l’année suivante…

 

 

 

 

Avant de continuer, revenons légèrement en arrière ;  

Suite à la dislocation du sultanat de Delhi, (en 1336 ap J.C/ 736 H), des sultanats régionaux verront le jour (après 1336). Cette dislocation se profile sur deux 2 siècles, et ne s’achèvera qu’avec la prise de pouvoir d’Akbar.

Ces sultanats régionaux sont nés de l’incapacité structurelle des souverains du centre à maintenir durablement leur pouvoir (autorité politique et morale) sur la périphérie. Le sultanat du Bengale est le premier à être indépendant – dès 1336.

Les tentatives de centralisations débutent bien avant que les Mongols ne portent un coup fatal au sultanat de Delhi (1398).

Ce temps où l’histoire est non linéaire, où tout semble possible.

Les pérégrinations du saint soufi Sayyid Muhammad al-Husayni alias Gesudaraz (1) ‘Longues tresses’ (1321-1422) sont exemplaires. Il fait notamment partie du flot des habitants de Delhi qui fuient la ville à l’arrivée de Tamerlan : après Gwalior, Iraj, Chanderi, Khambayat (Cambay), il se réfugie finalement auprès du sultan Bahmani à Bidur capitale de Firuz Shah Bahmani (1397-1422) dont il devient le mentor et l’ami.

 – Page : Naw’i Khabushani (l’Auteur) se prosterne devant le prince Daniyal. (Sayyid Muhammad al-Husayni en est le scribe)

Alors que la plaine du Gange est livrée au carnage et à l’anarchie, que le Bengale est surtout tourné vers l’est birman, le Deccan devient pour deux siècles le centre de l’islam indien.

 

 

On doit distinguer entre les sultanats du nord et ceux du Deccan, ces derniers ayant une plus longue histoire. Chacun de ces sultanats « a produit plus d’histoires qu’il ne peut consommer localement » aux dires d’un historien. Parmi les sources disponibles, se détache pour cette période le Tarikh i Farishta de Mahomed Kasim Ferishta (1560-1620). L’ouvrage écrit en persan, composé à l’instigation du sultan Ibrahim Adil II de Bijapur, est originellement une histoire des musulmans dans l’Hindoustan depuis le 10e siècle jusqu’à 1612. L’auteur passe en revue la vie et les hauts faits de chacun des sultans.

En 1517, la mort du sultan de Delhi bouleverse les rapports de force au sein de la noblesse de la région et fragilise la dynastie des Lodi. Le prince moghol Babur (Bāber), descendant de Tamerlan et déjà maître de l’Afghanistan, profite de ce contexte favorable pour vaincre les Lodi, en avril 1526, à la bataille de Panipat, inaugurant ainsi la domination moghole sur l’Inde.

Après des années troublées où le fils de Babur laisse échapper le pouvoir puis le récupère, ses descendants imposent définitivement leur autorité en Inde.

Son fils Akbar, qui accède au trône en 1556, est le véritable fondateur de l’Empire moghol : il étend sa domination sur toute l’Inde du Nord, centralise le pouvoir, développe une administration moderne et impose une unification monétaire. À sa mort, en 1605, son fils Jahangir lui succède et perpétue l’âge d’or de l’Empire moghol, caractérisé par une vie de cour somptueuse et des chefs-d’œuvre architecturaux, comme le Taj Mahal. Mais, dès la fin du 20éme siècle, les perpétuelles luttes de succession et de multiples tendances centrifuges minent l’Empire, qui ne résistera pas aux visées impérialistes des Britanniques sur l’Inde.

 

Le 27 Janvier 1556 (14 Rabi’ou Al-Awwal 963) Akbar, est alors âgé de 13 ans, lorsque la mort prématurée de son père le porte à la tête d’un empire encore fragile.

Ses premières années sur le trône, en raison de son jeune âge, se déroulent dans l’ombre du puissant Bairam Khan (un des meilleurs généraux moghols, si ce n’est le plus grand ; 1513/14-1561) qui, fidèle compagnon d’exil d’Humâyûn, s’impose comme précepteur et ministre et grâce aux conseilles et l’expérience (militaire et politique) de ce dernier, permettront  au jeune Akbar d’écraser les rebellions et oppositions.

Akbar n’a d’autres choix que de tenir compte, aussi, des pressions et intérêts (souvent contradictoires et opposer aux siens) du clan de sa nourrice bien-aimée. partir de 1561, il finira par se dégager de ces influences d’abord avec la disgrâce de Bairam Khan et définitivement avec l’assassinat de cdernier alors qu’il était en route pour le pèlerinage à la Mecque, et la mort de sa nourrice.

Cette année 1561 ap. J.C. / 968 h., marque le véritable commencement du règne d’Akbar.

Ce règne est marqué, dès le début, par la ferme volonté de centraliser et de concentrer tout  autour de la personne de l’empereur.

 

Akbar est sur tous les fronts : tout en étend le territoire de l’empire, il met en place et affermit une machine administrative, avec des réformes audacieuses ; il transforme l’étiquette de la cour, « innove » dans le domaine religieux (des accommodements qui sont plus de l‘ordre politique au fond) et se pose en protecteur des arts et des lettres.

La centralisation des pouvoirs politiques, religieux, imposant une modernisation administrative, qui servira à une unification monétaire, afin de redonner une économie cohérente… contrôle accrue des voies de communication (avec des relais du courrier et des routes du commerce)

Premier souci : la consolidation des bases territoriales de son empire. Il lui faut, pour ce faire, soumettre définitivement les remuants princes rajputs du Nord-Ouest.

Akbar s’attaque à leur meneur, le rajah du Mewar. Sa forteresse de Chittor, réputée imprenable, tombe après un siège de plusieurs mois, et la répression est sans merci.

Conformément à la tradition, les hommes se lancent dans un sanglant corps-à-corps sans retour, et les femmes se jettent dans les flammes de gigantesques bûchers pour éviter de tomber entre les mains de l’ennemi. Mais Akbar, s’il sait user de la violence la plus extrême pour s’imposer à ces ombrageux adversaires, n’ignore pas les vertus de la voie diplomatique et reprend à son compte la politique matrimoniale d’alliance dans les clans rajputs initiée par Sher Shâh. La plupart d’entre eux font leur soumission et, en 1562, c’est une épouse rajpute d’Akbar, Mâryam Zâmânî, qui donne naissance au futur empereur Jahângîr. Une guerre épuisante de plusieurs mois est ensuite nécessaire pour ramener à la raison la province du Gujarat, reprise par ses vieux démons sécessionnistes.

 


(Evolution de l’empire Moghol)

 

Mais à l’autre bout de l’empire, au Bengale, le prince Dâûd, descendant de Sher Shâh pense pouvoir profiter de la situation, en se révoltant et se faisant, en assassinant son premier ministre qui s’apprêtait à rencontrer un émissaire moghol, afin de négocier un traité.

Akbar, sans attendre, décide d’en finir, en 1574, le Bengale se retrouve pleinement intégré à l’empire.

– Après avoir imposé son pouvoir sur le sultanat Goudjerat. Akbar reprend le projet de soumettre le Bengale … Cette campagne qui s’avère être remplie d’étonnants retournements … Lodi l’Afghan (guerrier et cavalier hors norme) , qui était connue pour sa haine du prince Dâûd  … Lodi l’Afghan, non seulement d’avoir pris parti pour le du prince Dâûd , le proclame  « Roi »

Akbar engage ses meilleurs généraux et corps d’élites… Lodi prend la tête des indépendantistes Bengali.. Chaque camp savait que cette campagne allait être des plus sanglantes..

Les ennemies et rivaux de Lodi et du prince Dâûd , qui ne portaient pas dans leurs cœurs Akbar .. surtout Kutlou Khan qui par des intrigues bien mener, persuada le prince Dâûd  que Lodi n’était en fait pas un allié réel mais juste de circonstance afin de le renverser lui …

Un soir le prince Dâûd convoqua Lodi, qui peu soupçonneux est venu avec peu d’hommes et son esclave (qui portait son épée..)… à peine fut-il entré que le prince Dâûd et Kutlou Khan (avec une garde prévue à cet effet), encerclèrent Lodi et neutralisaient ses hommes, son esclave fut purement et simplement découpé en deux (sa tête séparer de son corps)… Lodi, qui connaissait bien son ancien pupille Kultou Khan, savait qu’il était perdu…  le fait que le prince Dâûd était l’assassin du frère de Lodi (Lodi avait-il le projet d’une vengeance ? Kultou Khan s’est servie de cela pour retourner le prince Dâûd contre Lodi).

Lodi condamné à mort : ne maudit guère le prince Dâûd ; mais il lui demanda une faveur : de ne pas livrer ses femmes aux déshonneurs et à la disgrâce. Et dit au prince Dâûd : « Quand tu m’auras tué, combats sans hésitation les moghols. Sinon, ils t’attaqueront et tu seras sans défense » !! 

– Réf : « Nizamouddin-Ahmed (p.37) et « Badaoui » (p.512) –

 

Akbar conquiert aussi le Cachemire, reprend le contrôle direct de Kandahar après avoir, tout comme ses prédécesseurs, songeait à s’emparer de la splendide Samarkand. Il lance enfin une politique de soumission des royaumes musulmans du Deccan que reprendront tous ses successeurs.

Mais la révolte de son fils Salim, futur empereur Jahângîr, en 1599, le contraint à rentrer précipitamment vers sa capitale.

Dans un souci de conciliation, Akbar dépêche auprès de son fils, Abul Fazl, son ministre, historien et fidèle ami. Salim le fait assassiner. Furieux, Akbar envisage de destituer le rebelle en faveur de son petit-fils. La succession se règle par un combat d’éléphants dont l’arbitre, choisi par Akbar, n’est autre que le très jeune futur empereur Shâh Jahân. L’animal de Salim sort victorieux. Le soir même de l’affrontement, dit-on, Akbar tombe malade. Nous sommes le 20 septembre 1605. Il mourra un mois plus tard environ, conscient et inquiet sans doute, du manque d’envergure de son successeur.

Fort heureusement pour lui, le prince Salim, qui est déjà un homme mûr quand il accède au pouvoir et prend le nom de Jahângîr, hérite d’un empire relativement stable et bien organisé. Ce n’est pas un conquérant et sa politique dans le Deccan reste plutôt timide. Mais il lui faut mater, en début de règne, plusieurs révoltes : son fils Khusrau, les Rajputs ; les Afghans du Bengale. Il entretient des rapports, qu’il estime excellents avec la Perse, mais se fait en réalité manipuler par le shâh, qui a tout moment le reprend et lui conteste la cité de Kandahar.

Jahângîr se plaît bien davantage dans les plaisirs de la cour. Et aussi dans ceux de l’alcool. Ce vice l’affaiblit et ouvre la voie aux intrigues dont tire habilement partie le clan de la belle persane Nûr Jahân dont l’empereur est tombé amoureux dès 1611, et qu’il épousa quelques années plus tard, après la mort opportune d’un premier mari.

Soyons juste, Nûr Jahân, dont tous s’accordent à reconnaître la beauté et l’intelligence, administre l’empire – tout indirectement que ce soit – avec sagesse et perspicacité. Elle est réellement la dirigeante de l’Empire perse…

À partir de 1622, l’empereur, qui s’en remet toujours plus aux avis de son influente épouse, délaisse sa capitale pour le Cachemire. L’agonie de Jahângîr, à l’automne 1627, ouvre une sanglante lutte de succession dont Khurram, successeur désigné, mais en conflit avec son père depuis quelques années, sort vainqueur. Nûr Jahân, qui soutenait l’un de ses concurrents, accepte sa défaite avec dignité, et part pour Lahore. Où, elle s’y consacrera à l’embellissement du mausolée de son défunt mari.

– Né au début de l’année 1592, Khurram, le futur Shâh Jahân, est le petit-fils préféré d’Akbar qui le fait retirer à sa mère naturelle pour le confier à l’une de ses propres épouses. La configuration astrale à sa naissance, dit-on, était en tout point semblable à celle qui avait présidé à la naissance de l’illustre ancêtre, Tamerlan. Akbar, certain que l’avenir le plus brillant s’ouvre à l’enfant, supervise son éducation avec un soin jaloux.

Il l’intègre à son conseil de guerre alors que le jeune prince n’a que neuf ans. Révélant à l’enfant que la boisson a déjà causé la perte de son oncle et est en train de détruire son père à petit feu, il lui inculque le dégoût de l’alcool. Le jeune prince épousa, dès 1612, Arjumand Bânu Begam (qui signifie en persan « la lumière du palais ») – elle est plus connue sous le nom de Mumtâz Mahal.

Mumtâz est la nièce de l’influente Nûr Jahân (signifiant « Lumière du monde », de son véritable nom Mir un-Nisâ, « Soleil parmi les femmes »). Cette dernière est la fille de Mizrâ Hiyâs Beg le Itimâd-ud-Daulâ – Pilier de l’État/ l’intendant général….

La tradition veut que les futurs époux se soient rencontrés pour la première fois lors d’un mina bazaar, l’un de ces “marchés pour rire” organisés pour les femmes de la cour. Jahângîr dit cependant avoir arrangé le mariage. Quoi qu’il en soit, les époux sont éperdument amoureux l’un de l’autre. Mumtâz suit Khurram lors de toutes les péripéties de sa révolte contre Jahângîr, jusqu’à sa prise définitive du pouvoir. Le règne de Shâh Jahân durera 30 ans.

(Mumtâz Mahal et l’empreur Shâh Jahân)

Mais sa vie se brise en 1631. Il est alors à nouveau dans le Deccan, plus près du théâtre des opérations militaire. C’est là que Mumtâz meurt en donnant naissance à leur quatorzième enfant. Lorsque l’empereur sort de son deuil, c’est pour entreprendre le gigantesque chantier du Taj Mahal. Cherchant le réconfort de la religion, il se serait trouvé alors sous l’influence croissante des milieux les plus orthodoxes, ce qui expliquerait un raidissement de sa politique envers les non-musulmans. Ce raidissement se traduit par une attitude très dure à l’égard des prisonniers chrétiens ramenés à la capitale après le sac de la forteresse portugaise d’Hughli.

Comme tous ses prédécesseurs, Shâh Jahân se trouve lui aussi confronté aux velléités de révolte des remuants Rajputs. Il reprend à son compte, avec un certain succès, la politique de soumission du Deccan lancée par Akbar. Il obtient celle de l’État d’Ahmadnagar et de Golconde.

Et lui aussi, bien sûr, cède à l’appel de Samarkand, mais celle-ci se refuse également à lui… En 1657, Shâh Jahân tombe malade. Aurangzeb, le plus astucieux de ses fils, mais aussi celui qu’il aimait le moins, utilise habilement les rivalités entre ses frères pour les éliminer, l’un après l’autre, et se proclame empereur en juillet 1658. Et comme Shâh Jahân a eu le mauvais goût de se rétablir, il terminera sa vie en captivité.

Shâh Jahân a juste une petite ouverture, lui permettant de voir le tombeau de sa bien aimée Mumtâz…

La cruauté de son fils Aurangzeb, fera obstruer la petite fenêtre afin de rendre fou son père … et ainsi justifier de l’incapacité mental de son père à gouverner …

L’histoire du Taj Mahal

A l’origine de cette magnifique construction, une histoire d’amour : Celle de Mumtâz Mahal, seconde femme de l’empereur moghol Shâh Jahân, morte en 1631 à 38 ans en accouchant de son quatorzième enfant. Par amour pour cette femme, et suite à un rêve (comme nous en informe certains chroniqueurs…) l’empereur fit mener à bien ce projet insensé, lui offrir le plus beau des mausolées.

L’édifice devait être une porte ouverte sur le Paradis. Parmi les 20 000 personnes qui ont travaillé sur le chantier, on trouve des maîtres artisans venant d’Europe et d’Asie centrale.

Les travaux débutent en 1631 pour ne s’achever que 17 ans plus tard. Le Taj Mahal est situé dans la ville d’Agra localisée au nord de l’Inde, au bord de la rivière Jamuna dans l’Etat de l’Uttar Pradesh.

Cette particularité dans le tracé de la rivière a son importance car l’empereur musulman peut construire, à côté du tombeau, une mosquée orientée selon les règles du culte.. Vers la Kaaba (à la Mecque) …

Le mausolée est orné de céramiques aux motifs florales et des versets du Saint Coran…

– Shâh Jahân avait le projet de construire son propre mausolée sur l’autre rive du fleuve , de couleur noire…)  – cela reste de l’ordre de la légende…

(Le Taj Mahal vue des arcades de la Mosquée)


(La mosquée à l’image du Taj Mahal)


(Tombeaux de Shâh Jahân et de Muntaz Mahal)

 

Gestion De L’Empire

Bâbur est « le conquérant », vaillant au combat et stratège émérite, mais il n’est pas un gestionnaire. Il établit les bases territoriales d’un nouvel empire, mais l’organisation du pays reste celle mise en place par les dynasties précédentes. Or, ce système favorisait les velléités d’indépendance des provinces les plus remuantes. C’est donc un colosse aux pieds d’argile qu’il lègue à Humâyûn en décembre 1530.

C’est en fait Sher Shâh – et non Humâyûn – qui, durant son court règne de cinq ans, met en place les bases d’un empire durable : réformes agraires qui assurent une plus grande protection aux paysans et les encouragent à la production ; réforme des armées ; construction d’un réseau routier ; unification du système monétaire…

Ces réformes sont reprises et améliorées par Akbar, le véritable artisan de la grandeur moghole. Né deux ans après la défaite de son père, Akbar a connu les vicissitudes de l’exil, et en a retenu les leçons. Son règne sera celui de la centralisation. L’empereur est au centre de la “toile”.

Les principales administrations de l’empire sont réparties entre quatre ministres, afin d’éviter une dangereuse concentration entre les mains du seul premier ministre. L’empire est divisé en 12 provinces dont les gouverneurs sont rémunérés par l’état et dont la charge n’est pas héréditaire.

Objectif numéro un : augmenter les revenus de l’État, éviter la formation de pouvoirs locaux trop puissants ainsi que le clientélisme en mutant régulièrement les fonctionnaires. Akbar poursuit la politique d’amélioration des réseaux routiers en faisant établir un système de postes de douanes. Il réforme aussi le système monétaire.

Le souci d’unification d’un empire ethniquement et culturellement diversifié le conduit à imposer le persan comme langue officielle. Le règne de Shâh Jahân est le plus prospère de l’époque moghole : contrairement à son père, qui avait perdu une partie de l’empire, dépensé sans compter et avait peu mené ses propres guerres, Shâh Jahân est un souverain actif et consciencieux.

Il implique, certes, beaucoup ses fils dans ses guerres et le gouvernement mais s’intéresse d’infiniment plus prêt que Jahângîr aux affaires de l’état et remet sur pied le trésor. Aurangzeb hérite donc d’un empire beaucoup plus florissant que son père.

Relations avec les Religions …

Les souverains moghols sont musulmans, de confession sunnite pour la plupart d’entre eux.

Bâbur et Humâyûn, dans le cours de leur règne, optent tous deux pour le chiisme, mais les raisons en sont plus politiques que religieuses : dans les deux cas, il s’agit de se concilier le souverain persan qui est un allié de poids. Akbar reste, dans le domaine religieux, un exemple de tolérance et d’ouverture, même si certains historiens tendent aujourd’hui à remettre en question cet aspect de sa personnalité.

Certaines de ses mesures suscitent l’ire des oulémas orthodoxes : abolition des impôts discriminatoires sur les non-musulmans, instauration d’une étiquette de cour imprégnée de coutumes proprement indiennes… Il fréquente volontiers les milieux soufis et ses deux successeurs immédiats se plaisent, eux aussi, en compagnie de religieux de diverses obédiences.

Akbar estime que chaque religion recèle une part de vérité, et qu’il lui appartient de les rassembler en une seule. Il provoque également la colère de certains religieux en décrétant qu’il est lui, l’empereur, seul à même de décider de la religion d’État et en remplaçant l’Hégire, ère musulmane, par une ère persane d’inspiration zoroastrienne, appelée l’ère divine. Akbar aurait fait construire, dans son éphémère capitale de Fatehpur Sikri, un édifice destiné à abriter des rencontres religieuses.

Nulle trace n’en a été retrouvée sur le site. Cette “maison de l’adoration”, tel était le nom sous lequel le pavillon était connu, devait recevoir, dans un premier temps, des docteurs de l’islam exclusivement, mais de diverses tendances. Puis les rencontres se sont ouvertes aux autres religions. 

Et l’on sait qu’Akbar, qui, d’un point de vue politique, voyait pourtant d’un assez mauvais œil la présence portugaise sur le territoire de son empire, demanda à Goa l’envoie d’une délégation de jésuites qu’il reçut avec grand respect. La disparition de la maison de l’adoration est généralement attribuée à l’intolérance croissante dont certains religieux, tant musulmans que chrétiens, auraient fait preuve au cours des débats. Déçu, blessé peut-être dans ses espoirs, Akbar en aurait ordonné la destruction.

Akbar se pliera au fait que les Brahmanes lui parlent suspendu au-dessus de lui ; comme le veux la tradition et les conventions des brahmanes …

Il est arrivé à plusieurs reprises qu’Akbar, Jahângîr ou Shâh Jahân ordonnent la destruction de temples hindous et leur remplacement par des mosquées. Une fois encore, le geste est tout autant politique que religieux : il faut parfois frapper un grand coup pour mater des princes rajputs révoltés, ou se concilier les milieux musulmans orthodoxes. 

Mais la vie religieuse de l’Inde moghole ne se résume pas aux divers courants de l’islam et une maigre présence jésuite.

Akbar, Jahângîr, Shâh Jahân, ainsi que certains de leurs enfants se plaisent en la compagnie d’ascètes hindous et se font volontiers représenter à leurs côtés dans les miniatures réalisées sous leurs règnes. Les princes, les princesses même, suivent l’exemple venu d’en haut : Dârâ Shikoh, fils aîné de Shâh Jahân, et son hériter désigné, écrit lui-même d’érudits ouvrages comparant le courant dévotionnel de l’hindouisme, la bhakti et le soufisme dont il est lui-même un adepte.

On imagine aisément le déplaisir des oulémas envers lesquels il était, par ailleurs, peu aimable. Il traduit également en persan, avec l’aide d’érudits hindous sanskritistes, le texte des Upanishads. C’est cette version persane, terminée en 1658, qui servira de base à la traduction latine d’Anquetil Duperron, publiée en 1801-1802.

Les relations du pouvoir moghol avec les Sikhs s’avèrent conflictuelles. Jahângîr se les aliène durablement en infligeant une mort particulièrement cruelle au Gurû Arjun qui avait donné asile à son fils révolté.

La tendance à l’ouverture et à la tolérance s’infléchit à partir du règne de Shâh Jahân qui apparaît beaucoup plus ambigu. Il rétablit certaines mesures discriminatoires : les divers impôts qui frappaient les non-musulmans, l’obligation pour les hindous de boutonner leur tunique à gauche, alors que les musulmans la boutonnent à droite…

Il intensifie la campagne de destruction de temples hindous et réserve à ses prisonniers chrétiens un traitement particulièrement rigoureux. Shâh Jahân abolit aussi l’ère divine qui avait été instaurée par Akbar, ainsi que la coutume de prosternation devant le trône, qui avait sans doute des relents par trop hindous… Aurangzeb, qui s’impose en 1658, est un sunnite rigoureux qui apparaît comme le champion d’un islam véritable aux yeux de beaucoup.

Dans son enfance déjà, dit-on, il se plaisait bien plus dans la lecture des textes religieux que dans toute autre activité. Sous son règne, la tolérance ne sera plus de mise.

Annexe : 


 

Abd-ūs-Samad ; peintre persan du XIVe siècle, fondateur avec Mīr Sayyid ‘Alī de l’école de peinture moghole en Inde.

Né en Perse au sein d’une famille aisée, ‘Abd-ūs-Samad est déjà un calligraphe et peintre de renom lorsqu’il rencontre l’empereur moghol Humāyūn, en exil en Perse. Ce dernier l’invite en 1548 à l’accompagner en Inde, d’abord à Kaboul puis à Delhi. ‘Abd-ūs-Samad enseigne le dessin à Humāyūn et à son jeune fils, le futur empereur Akbar.

Nommé directeur de l’atelier impérial fondé par Akbar, il compte parmi ses élèves les hindous Dāsvanth et Basāwan, qui deviendront deux des plus célèbres peintres de l’école moghole. ‘Abd-ūs-Samad est comblé d’honneurs par Akbar. Il est nommé maître de la Monnaie en 1576 et promu au titre de dīwān (commissaire des douanes) de la ville de Multan en 1584, à la fin de sa carrière.

‘Abd-ūs-Samad participe à des œuvres majeures, notamment le Dastan i Amir Hamza (a) , dont il supervise une grande partie de l’enluminure au côté du maître persan Mīr Sayyid ‘Alī. L’illustration de ce roman comptait 1 400 miniatures de grand format, mais on ignore si ‘Abd-ūs-Samad en a peint lui-même, car aucune n’est signée.

Parmi les miniatures portant sa signature, on peut mentionner celle qui est conservée à la Bibliothèque impériale du palais du Golestan à Téhéran, laquelle représente Akbar offrant une miniature à son père, l’empereur Humaȳūn.

Cette œuvre est persane par le traitement de nombreux détails, mais on y décèle l’émergence du nouveau style indien, manifeste dans le réalisme des scènes de la vie de cour. L’indianisation de la peinture de ‘Abd-ūs-Samad est plus marquée dans un manuscrit enluminé du Khamsed de Nizāmī daté de 1595, qui se trouve actuellement au British Museum

(a) La narration d’abord orale du « Dastan-e Amir Hamza » était un passe-temps populaire dans la plupart des régions du centre, de l’Ouest et l’Asie du Sud et en Afrique du Nord depuis l’époque médiévale. De l’Algérie à l’Indonésie, de la Syrie à Murshidabad, plusieurs versions de l’histoire de la vie d’Amir Hamza, oncle du Prophète Mohammed (SAW), et ses exploits contre les infidèles, les sorciers et les êtres de toutes sortes ont été récités et appréciés.

Comme de « Firdausi Shahnama » ou les « Mille et Une Nuits » , le « Dastan-e Amir Hamza » combine des histoires du monde naturelle et surnaturelle, et proviennent finalement de nombreuses traditions et des lieux différents. Contrairement aux « Firdausi Shahnama » ou les « Mille et Une Nuits », les contes Hamza étaient destinés avant tout à être récité, raconté ou exécuté et ont été mit à l’écrit beaucoup plus tard.

L’empereur Akbar était extrêmement friand des histoires de Hamza et il récitait des passages entiers de celui-ci de mémoire et que son hommage aux merveilles contenues dans ces commandé une longueur version complète illustrée de lui. Le « Hamzanama » comme on finira par l’appelé, orné d’illustrations fut projet de grande ‘envergure, il impliquplus de 1200 illustrations….

 

Chronologie des Moghols (1526-1765) Notons ici la présence (des comptoirs) hollandais, portugais et français  

 

1526 : Babur vainqueur à Panupat ; les Moghols à Delhi.

1532-1623 :  Tulsù-Dæs, auteur en hindù du Ræmcaritmænas ‘Lac spirituel de la geste de Ræma’.

1540-1556 : Interrègne de la dynastie afghane Sûr en Inde du nord ; grandes réformes de Shar Shâh.

1556-1605 : Règne d’Akbar le Moghol.

1565 : Bataille de Talikota : déchéance de Vijayanagar.

1571-1585 : Akbar établit sa capitale à Fatehpur-ΩΩikri construit en 1569-1574.

1574 : Conquête du Gujaræt.

1596 : L’Akbarnama composé par Abul Fazl.

1598 : Naissance de Toukarâm, poète de langue marathie.

1600 : Fondation de l’East India Company (EIC) à Londres.

1602 : Fondation de la Verenigde Oost Indische Compagnie (= VOIC) à Amsterdam.

1615-18 : Sir Thomas Roe, premier ambassadeur anglais auprès du Moghol.

1628-1656 : Règne de Shæh Jahæn le Moghol.

1622 : Début de la construction du Tæj Mahal.

1638-1642 : Premier des voyages en Inde de Jean-Baptiste Tavernier.

1639 : Fondation du Fort Saint George à Madras par les Britanniques.

1656-1707 : Règne d’Aurangzeb le Moghol.

1658 : Les Hollandais s’emparent de Ceylan précédemment portugais.

1664 : Fondation de la Compagnie française pour le commerce des Indes orientales par Colbert.

1668-1706 : François Martin, fonde le comptoir français de Pondichéry.

1681 : Aurangzeb s’établit à Aurangabad pour conquérir le Deccan.

1687 : l’EIC transfère son principal comptoir de Surat à Bombay acquis en 1668.

1690 : Fondation d’un comptoir anglais à Kalikota (= Calcutta).

1739 : Sac de Delhi par Nader Shâh d’Iran ; le Trône du paon emporté en Iran est détruit après 1747.

1740-1799 : La conquête britannique.

1742-1753 : Dupleix gouverneur de Pondichéry.

1755-1762 : Séjour de A. H. Anquetil Duperron en Inde.

1757-1764 : Mainmise britannique sur le Bengale ; les Français confinés dans cinq comptoirs.

1761 : Troisième bataille de Panipat : le pouvoir marathe est très affaibli.

1799-1857 : La victoire britannique et le contrôle des Indes.

Source : 

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