L’Inde musulmane : -Premier Contact-

D’après Larédac’ et le Dr Mansour à 15h30le 19 Novembre 2013

« Si Allah demeure dans une mosquée,

A qui appartient le reste du monde ?

Les Hindous disent qu’Il demeure dans l’idole :

Les uns et les autres se trompent !

O Allah-Râm, c’est pour Toi que je vis,

O Maître, aie pitié de moi ! »

Parole de Kabîr, « Satires VI »

(1440 – 1518) fut le plus grand des poètes mystiques du nord de l’Inde)

Aujourd’hui, il y a plus de 500 millions de musulmans à travers le sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh etc..), ce qui en fait un des plus grands centres de population de musulmans dans le monde. Depuis que, par la miséricorde d’Allah, l’Islam est entré en Inde, il a grandement contribué à la région et ses habitants. 

De nos jours, de nombreuses théories circule sur la façon dont l’Inde est devenu un tel pays majoritairement musulman. Politiquement, certains (comme le mouvement Hindutva en Inde) tentent de faire de l’islam un étranger en Inde, en insistant sur le fait qu’il existe seulement en raison des invasions par les musulmans arabes et persans. La vérité, cependant, est loin de cela.

Malgré les multiples de guerres intestines, les invasions de divers peuples, la société hindoue était dans l’ensemble assez homogène, malgré son immense superficie. Ses envahisseurs précédents avaient bien sûr amené avec eux nombre de coutumes que les natifs indiens avaient, au fil du temps, en grandes parties absorbées. Il est important de préciser que le peuple hindou ne s’est défini que par la négative –par opposition.

En effet, les motifs religieux souvent rigides de ses envahisseurs avaient forcé les Indiens à se définir et s’affirmer culturellement et religieusement. La dénomination d’ « Hindous » leur fut d’ailleurs octroyée par les musulmans; afin de désigner simplement les habitants de l’Indus. Les Britanniques la reprendront pour désigner le peuple indien non politiquement mais religieusement.

Les premiers Indiens musulmans

Même avant la naissance du Prophète Mohammed (Que la paix soit sur lui) dans les années 600 après J.C, les commerçants arabes étaient déjà en contact avec l’Inde.

En effet les commerçants auraient navigué régulièrement sur la côte ouest de l’Inde pour commercer, entre autres, des produits tels que les épices, l’or et les produits africains. 

L’Islam atteint le sous-continent indien (principalement les côtes) dès la première décade (610 ~ 620 Ap. J.C.) qui suivit son émergence, les marchands et négociants arabes et perses faisaient déjà du commerce sur ses rives avant de se convertir à l’Islam. Il est clair que la cohabitation entre ces premiers marchands musulmans et la population indigène fut totalement pacifique. De plus au nord de l’Inde, dans la région du Panjab, du Kashmîr et du Bengale, des activités commerciales sont attestée depuis le VIIIe siècle avec la Perse (Iran actuel), la Mésopotamie (Irak), l’empire Byzantin (la Turquie actuel) et le Hajaz (Principalement Médine et La Mecque).

Et de ces décennies, de 620 à 630, tous ces marchands se sont sédentarisés dans ces régions. Fondant familles et construisant des lieux de culte … En cela la première mosquée de l’Inde, le Cheraman Juma Masjid, a été construit en 629 (au cours de la vie du Prophète Muhammad que la paix soit sur lui) dans le Kerala, ce qui en ferait la deuxième mosquée la plus veille du monde après celle du Prophète (paix et salut sur lui). Elle a été construite par le premier musulman de l’Inde, Cheraman Perumal Bhaskara Ravi Varma. 

Grâce à la poursuite du commerce entre les musulmans Arabes et les Indiens, l’Islam a continué à se répandre dans les villes indiennes côtières, à la fois grâce à l’immigration et à la conversion mais aussi grâce au bon comportement de ces commerçants qui avaient la crainte d’Allah. (en photo plus haut la mosquée Cheraman Juma).

L’Inde (tout comme la Chine, voir article sur les Hui http://tousensemblepouravancer.blogspot.fr/2013/11/les-huihuizu-musulmans-de-chine-12.html) offrait un terrain de prédilection à l’essor et à l’expansion de l’Islam. Du fait du système des castes (voir plus bas) qui est discréminatoire et inégalitaire… Mais l’Inde était affaiblie par des divisions internes ainsi que du fait de la multitude de petits royaumes dont les chefs se disputaient continuellement la suprématie. De plus, ceux-ci avaient, au fil des siècles, développé un esprit fort chevaleresque (honneur, respect de l’adversaire…) en ce qui concerne leur art militaire et il n’était pas question pour eux de faire la guerre sans un minimum de savoir-vivre. À l’instar des généraux Perses et Arabes, les stratèges indiens étaient de véritables gentilhommes.

Il faut bien garder à l’esprit, que l’Inde, tout en étant une route incontournable pour l’empire du milieu : la Chine, apparaissait comme un pays incontournable et aux richesses sans nombre, en comparaison des montagnes arides de l’Afghanistan et du désert d’Arabie.

Muhammad bin Qasim

La première grande expansion de l’Islam en Inde est venu pendant la dynastie des Califes Omeyyades, qui étaient basés à Damas. En 711, les Omeyyades ont nommé un jeune homme de 17 ans de Taëf d’étendre le contrôle des Omeyyades dans le Sindh : Muhammad bin Qasim. Sindh est la terre autour de la rivière Indus, dans la partie nord-ouest du sous-continent, dans l’actuel Pakistan. Muhammad Bin Qasim a conduit son armée de 6.000 soldats aux confins orientaux de Perse, Makran.

Il a rencontré peu de résistance pendant sa campagne en Inde. Quand il a atteint la ville de Nerun, sur les rives de l’Indus, il a été accueilli dans la ville par les moines bouddhistes qui la contrôlaient. La plupart des villes le long de l’Indus passent ainsi volontairement sous contrôle musulman, sans le moindre combats. Dans certains cas, les minorités opprimées bouddhistes ont tendu la main aux armées musulmanes pour bénéficier de leur protection contre les gouverneurs hindous. (On n’est bien loin de cela aujourd’hui tel les Rohingya en Birmanie).

Malgré le soutien et l’approbation d’une grande partie de la population, le Raja de Sindh, Dahir, s’est opposé à l’expansion musulmane et a mobilisé son armée contre Muhammad bin Qasim. En 712, les deux armées se rencontrèrent, avec une victoire décisive pour les musulmans. Avec cette victoire, tout le Sindh est venu sous contrôle musulman.

Il est important de noter, toutefois, que la population de Sindh n’a pas été forcé à se convertir à l’Islam. En effet, pour presque tout le monde, il n’y avait pas de changement dans la vie de tous les jours. En effet, cela vient du fait que Muhammad Bin Qasim a promis la sécurité et la liberté religieuse pour tous les hindous et les bouddhistes sous son contrôle. Par exemple, la caste des brahmanes ont poursuivi leurs emplois comme des collecteurs d’impôts et des moines bouddhistes ont continué à maintenir leurs monastères. En raison de sa tolérance religieuse et de la justice, de nombreuses villes l’accueil régulièrement lui et ses armées avec des gens qui danse et de la musique.

Mais c’est sous Mahmud de Ghazni (ville d’Afghanistan) au XIe siècle que l’Inde subcontinentale fut réellement percée. Ce souverain régnait sur la région de l’actuel Afghanistan et son grand-père, Alptegîn (a). Mahmud ne fit qu’une interminable série d’allers et retours entre Ghazni, sa capitale, et l’intérieur du sous-continent.
 
Il pénétra le Pendjab et s’emparera des villes de Multân, de Lahore jusqu’à Thanesvâr, au nord de Delhi. Puis, dans la frénésie de richesses qui l’animait, il poussa encore plus au sud jusqu’à Gwalior et même à l’orée du Deccan. Le but des invasions de Mahmud, cependant, ne fut guère la constitution d’un empire en Inde mais plutôt s’assurer un contrôle et l’approvisionnement sur les richesses indiennes, pour le compte de son propre royaume du Khorasan.

Malgré tout, Mahmud justifia néanmoins ses incursions en terre panjabi du nom de« jihad » et on assistera à la conversion des autochtones, accueillie comme sauveur par certains et comme pillard par d’autres … 

Certains historiens pensent d’ailleurs que c’est dès cette époque que le Bouddhisme disparut quasi totalement du territoire indien. C’est durant 3 décennies que Mahmud organisa ses incursions; de l’an mil à l’an 1030 et c’était la première fois qu’un souverain musulman se faisait reconnaître en Inde. Les successeurs de Mahmud, que l’on désigne de nom de Ghaznavides, tentèrent tant bien que mal de garder les territoires du Pendjab annexés alors au sultanat du Khorasan.

Viendra ensuite l’invasion moghole, que l’on verra dans un article prochainement ; inchallah !!

‘(a) capitaine turc (esclave de condition) des émirs Samanides de Boukhara et de Samarkand, il sera  nommé gouverneur du Khorasan (région située au nord-est de l’Iran) au début de l’année 961, puis ile se déclarera souverain indépendant du Khorasan au détriment du Calife de Baghdâd dont l’autorité montrait de sérieux signes de faiblesseÀ la mort de l’émirAbdul Malik Ier à la fin de l’année, s’ouvre une crise de succession dans l’Étatsamanide. Alptegîn, ayant échoué à imposer son candidat, se retire à Balkh, refusant de se laisser destituer par le nouvel émir Mansur Ier. Chassé de Balkh par l’armée samanide, il s’empare de Ghaznî, en Afghanistan en 962 et en fait la capitale de la dynastie Ghaznévide, première dynastie turque en pays iranien (fin en 1186). Alptegîn meurt peu après (963 ?). Selon l’historien persan Ferishta, il serait mort en 975.

Les modèles de conversion

Les vagues successives des armées musulmanes qui pénètrent en Inde ont suivi la même tendance. Des leaders comme Mahmud Al-Ghazni et Muhammad Tughluq ont élargi les domaines politiques musulmans sans altérer le tissu religieux ou social de la société indienne.

Parce que l’Inde pré-islamique a été entièrement basé sur un système de castes dans lequel la société a été divisé en parties distinctes, la conversion à l’Islam s’est passé dans un processus d’étape par étape. Souvent, des castes entières se seraient converti à l’islam ! Cela a été le cas pour de nombreuses raisons différentes. 

Souvent, l’égalité qu’offrait l’Islam était plus attrayante que le racisme organisé par le système des castes. En effet l’Inde est gérée par ce système de castes aussi bien dans le religieux que dans le monde politique. La caste la plus élevé étant les Brahmanes (à la base se sont les garants de la religion hindouiste, des chefs religieux qui transmettent, conservent et sont chargés des devoirs religieux), et la plus basse étant ce qu’on appelle les intouchables ou « enfants de Dieu » (Harijans) tellement impurs qu’ils ne rentrent même pas dans la caste des Varna (d’où proviennent les 4 castes les plus importantes dont les Brahmanes (en clair ce sont les esclaves des Brahmans et de tous ceux qui sont au dessus d’eux).

Tout ceci est basé sur le fait que ces 4 castes sont toutes sorties du corps de Brahma (Dieu hindouiste) et cela va du plus pur au plus impur (je vous laisse imaginer, selon leur croyance d’où sort « les intouchables ») :

– Les Brahmanes caste des lettrés, des prêtres et intellectuels sortis de sa bouche. 
– Les Kshatriya caste des guerriers ou princes sortis de ses bras. 
– Les Vaishya caste des commerçants sortis de ses cuisses. 
– Les Shudra caste des artisans et ouvriers sortis de ses pieds.

Et hors catégories « les intouchables » ! 

Dans le système des castes, là où vous étes né détermine votre position dans la société. Encore aujourd’hui, pour des milliers de gens Il n’y a aucune possibilité de mobilité sociale ou d’obtenir plus que ce que vos parents ont atteints eux-mêmes. Alors en se convertissant à l’Islam, les gens avaient la possibilité de s’élever dans la société, et n’étaient plus des subordonnés de la caste des brahmanes. Mais ceci valait surtout pour les intouchables.

Le bouddhisme, qui était autrefois très populaire dans le sous-continent, s’est vu lentement disparaître sous le règne musulman. Traditionnellement, quand les gens voulaient échapper au système des castes, ils se déplacaient vers les grands centres de population et se convertissaient au bouddhisme. Quand l’Islam est devenu une option, cependant, les gens ont commencé à se convertir à l’islam au lieu du bouddhisme, tout en laissant le système des castes. Les mythes de l’Islam détruisant violemment le bouddhisme en Inde sont tout simplement faux. Les bouddhistes étaient tolérés sous le règne musulman et en cela aucune preuve n’existe montrant des conversions forcées ou des violences à leurs en contres ! (en photo la mosquée Jama à Delhi, en Inde).

Des enseignants errants ont également jouer un rôle important en apportant l’Islam pour les masses. Les érudits musulmans ont voyagé à travers l’Inde en se donnant pour objectif de sensibiliser les gens à l’Islam. Beaucoup d’entre eux prêché des idées soufies, une approche plus mystique de l’islam, et faisaient des appels à la population. Ces enseignants ont un rôle important en apportant l’Islam pour les masses à la campagne, pas seulement pour les classes supérieures qui gravitaient autour des souverains musulmans.

Est-ce que l’Islam s’est répandu par la force?

Alors que certains prétendent que l’énorme population de l’islam en Inde est le résultat de la violence et la conversion forcée, les preuves ne vont pas du tout dans cette idée. Bien que les dirigeants musulmans avaient remplacé les rois hindous dans la plupart des régions, la société a été laissé tel quel. Les histoires de conversions forcées sont très peu nombreuses et, selon des historiens, souvent pas assez crédible pour justifier une discussion académique.

Si l’Islam s’était répandu par la violence et la guerre, la communauté musulmane en Inde aujourd’hui n’existerait que dans les zones les plus proches du reste du monde musulman. Ainsi, seule la partie ouest du sous-continent aurait une population musulmane. Ce que nous voyons est la place des poches de l’Islam à travers le sous-continent. Par exemple, au Bangladesh et ses 150 millions de musulmans sont en Extrême-Orient, séparée des autres zones à majorité musulmane en terres hindous en Inde. Les communautés isolées de musulmans existent également dans l’ouest du Myanmar (communauté Rohingya), dans l’Inde centrale et dans l’est du Sri Lanka. Ces communautés de musulmans sont la preuve de la diffusion paisible de l’Islam dans toute l’Inde, indépendamment de si oui ou non un gouvernement musulman y existait. Si l’Islam s’est répandu par la force comme certains le prétendent, ces communautés de musulmans n’existeraient pas ou du moins elles seraient minoritaire ou elles n’auraient pas tenu jusqu’à aujourdhui, les gens seraient repartis vers leur ancienne religion une fois les musulmans partis.

Conclusion

L’introduction de l’Islam et l’intégration des musulmans dans la société indienne ont eu des effets plus que positif et considérables, sur la transmission des savoirs et de la culture (philosophie, savoir scientifique, religieux…).

Les natifs de l’Inde, grâce à ce miroir musulman, ont progressivement développé une forte identité : S’il y avait les musulmans d’un côté, le peuple hétérogène de l’autre devait se définir et il le fit en adoptant le vocable d’« hindou » et avec lui la vaste notion d’Hindouisme qu’il est impossible de circonscrire.

L’islam est une partie intégrante de l’Inde et de son histoire. Comme le sous-continent indien reste aujourd’hui un lieu multi-ethnique et multi-religieux, il est important de comprendre la position de l’Islam dans la région. Les revendications politiques de certaines décisions concernant l’islam considérant celui-ci comme envahissant et étranger au peuple de l’Inde, ont besoin d’être défié avec les vérités Historiques afin de montrer la propagation pacifique de l’islam dans toute l’Inde. Il serait bon aussi pour nous de regarder comment ces chefs de guerre musulmans se comportaient avec les autres populations.

Source :

  • Hodgson, M. La croissance de l’Islam. 2. Chicago: University of Chicago Press, 1961
  •  Imprimer, Kennedy, Hugh. Les grandes conquêtes arabes : Comment la propagation de l’Islam a changé le monde dans lequel nous vivons. Philadelphie: Da Capo Press, 2007.
  • Imprimer, « La deuxième plus ancienne mosquée du monde se trouve en Inde. » Bahrain Tribune 07 06 2006, 23 novembre 2012 .
  •  LostIslamicHystory 
  • Al-Biruni : « Al Kitab al-Hind » (livre de l’Inde). Ce livre est encore aujourd’hui notre plus grande source d’information sur l’Inde du XIe siècle
  • « Grand Larousse encyclopédique » en dix volumes, sixième tome (rubrique « Inde ») ; Librairie Larousse, Paris, édition de 196
  • Annemarie Shimmel ; “Islam in India and Pakistan ; Iconography of Religions, Section XXII: Islam », Fascicle nine, E. J. Brill, Leiden 1982.
  • Fred W. Clothey ; “Religion in India, A Historical Introduction” ; Routledge, New York, 2006.