L’Inde musulmane : Sultanat de Delhi (1206-1555)

Pour TEPA, d’après le Dr Mansour à 21h26 le 17 Décembre 2013

 

«Comment pourrai-je toujours exprimer Cette Vérité ?

Comment puis-je dire : « Il n’est pas ceci, ni cela »

Si je dis qu’il est en moi, le monde est incrédule,

Si je dis qu’il est au-dehors de moi, c’est mentir.

Il rend le monde intérieur et extérieur

 

comme un tout indivisible : 

 

Le visible et l’invisible sont ses marchepieds.

Il n’est ni manifeste, ni cache.

Il n’est ni révélé, ni non révélé.

 

Il n’y a rien en vérité qui puisse exprimer ce qu’il est.»

 

Kabîr, (1440 – 1518)*

 

 

Comme nous avions vu dans un précédent article : L’Inde musulmane -Premier Contact – (http://tousensemblepouravancer.blogspot.fr/2013/11/l-musulmane-premier-contact.html), depuis le 7e sièclela pénétration et l’expansion de l’Islam en Inde se sont jouées sur les deux niveaux que sont la politique et la religion : d’abord par l’immigration sur le sous-continent de commerçants arabes et perses (dans divers ouvrages, ce point et soit ignorer ou minimiser ; et remplacer par «mystiques musulmans»… Il reste vrai que parmi ces commerçants il y a eu des croyants porter par le spirituel) et ensuite par des campagnes militaires ; ici nous n’omettront pas de spécifier que certaines campagnes ne furent que de violentes razzias commanditées par des roitelets musulmans en mal de butin.  

D’autres annexions politiques se prévalurent des vertus de « la guerre sainte » mais durentpar s’assortir daccommodement quant à la mise en pratique de la loi coranique en terre conquise. Il faut encore ajouter comme facteur d’islamisation, les marchands qui établirent les premières communautés musulmanes de l’Inde. L’histoire nous montre que même si aujourd’hui, on considère l’Inde comme étant à la périphérie de l’Islam, il y a seulement quelques siècles, elle était son principal horizon et même l’un de ses centres.

C’est en 1163 ap.J.C .que les Ghaznévides (1),dynastie turque régnant sur l’Afghanistan, se réfugient au Pendjab où ils prennent Lahore pour capitale.

Premier Empire musulman de l’Inde, baptisé Hindoustan par ses fondateurs (1026-1525), qui ont pris pour capitale celle de leur principal antagoniste hindou : la ville de Delhi (ou Dilli)  . 

Turcs et Afghans descendus d’Afghānistān, les conquérants, conduits par le sultan Muhammad de Ghôr, écrasent la résistance indienne à la bataille de Tarain (1192).

En 1191 Muhammad de Ghor (fondateur de la dynastie des Ghurides), élimina définitivement les Ghaznévides. Il finit par fonder le sultanat de Delhi après avoir éliminé le râja régnant Prthvî Râj.

La principale conquête des Ghurides fut l’annexion du Bengale. La capitale ne devint cependant pas immédiatement Delhi, car Muhammad de Ghor avait son quartier général à Ghazni (2). Il laissa à Delhi une immense armée et son plus fidèle général, Qhûtb-ud-Dîn Aibak (ancien esclave turc ; il est nommé aussi Oybeck). Ce dernier, tout en restant fidèle à Muhammad de Ghor, se donna comme objectif de conquérir l’Inde entière.

Qhûtb-ud-Dîn Aibak qui avait conduit la conquête de Ghaznî, de Multân, du Sind, de Lahore et de Delhi. Qhûtb-ud-Dîn Aibak, sortant du rang par son talent et sa fidélité il devient général et l’homme de confiance de Muhammad de Ghor.

En devenant le responsable des campagnes indiennes (c’est période où Qhûtb-ud-Dîn Aibak connaît ses plus grands succès militaires, et de l’administration de ses possessions indiennes lorsque Qhûtb-ud-Dîn Aibak concentre son attention sur l’Asie centrale après la deuxième bataille de Tarâin, à partir de 1192.

Il est nommé gouverneur des terres indiennes, réprime des révoltes à Ajmer (1192 – cette région se révoltera contre la couronne britannique au 19e siècle) et Mirâth (1194), prête assistance à Muhammad pour battre le râja Jayachandra de Kanauj, ravage la plaine gangétique, puis mène une expédition victorieuse contre la râja Bhîma Deva du Gujerat.

À la mort de Muhammad de Ghôr, son neveu monta sur le trône de Ghazni et, n’ayant aucune intention de se rendre en Inde, fit parvenir à Qhûtb-ud-Dîn Aibak, des attributs royaux et le fit sacré malik (roi) de l’Hindustan en 1206. Qhûtb-ud-Dîn Aibak, bien que vassal du sultan de Ghazni, devenait dès lors indépendant. Et après avoir été gouverneur… Roi, il se proclame sultan (1206-1210), en faisant cela il donne naissance à la dynastie turque des Ilbari (dite aussi dynastie des Esclaves).

Après avoir conquis toute la Mésopotamie gangétique (plaine du Gangeoccidental), Qhûtb-ud-Dîn Aibak s’éteint en 1210 ; A la suite de quelques intrigues de cours, son gendre Iltutmish s’empare du trône de Delhi.

Iltutmish (1210-1236) unifie toute la plaine indo-gangétique.

 

(Pièce de monnaie à l’effigie d’Iltutmish (1217-1220)

 

(Tombeau d’Iltutmish, construit en 1235)

Iltutmish fut un brillant monarque pendant son règne. Delà débute une ère faste à tous les niveaux : artistique, architecturale, littéraire, spirituel et économique ! Durant son règne il stoppera et chassera une horde de mongols envoyés par le grand Gengis Khân.

Le pouvoir resta dans les mains de sa descendance jusqu’en 1265, puis sera repris par un ministre de la dynastie, Balban Shah qui sut lui donner un dernier éclat.Ce qui marquera la fin de la dynastie des Mamlouks à Delhi : (Nommés ainsi du fait qu’ils étaient des anciens esclaves turcs au service des sultans iraniens.)

Avec Jalal-ud-Din Firuz (1290-1296), (à ne pas confondre avec Jalâluddin Muhammad Akbar l’empereur Moghol – 1545/1605) est le premier sultan et fondateur de la dynastie des Khâlji. Jalal-ud-Din Firuz finira par soumettra la plupart des nobles turques et sera intronisé dans le palais de Kalughari le 13 juillet 1290.

En 1292, une horde de plus de 100 000 Mongols envahissent l’Inde. En plus d’un succès lors de la batailleJalal-ud-Din Firuz négocie de la façon la plus intelligente un retrait partiel des Mongols. Il vient de gagner 5 ans de tranquillité. Ce sera son successeur et neuve Ala ud din Khâlji qui aura pour tâche de freiner ces derniers.

Ala ud din Khâlji (1296-1316) devient sultan et installe la dynastie des Khâlji pour trente ans et les expéditions de son général Malik Kafur (un esclave hindou, eunuque 1307-1311), étendent la domination musulmane jusqu’à l’extrême-sud de la péninsule Indienne.

La dynastie Khaljī sombre après lui. Le siècle des Tughluq (1320-1413) sera celui du déclin.

La dynastie des Tughluq est certes moins éphémère, mais, après le règne désastreux de Muhammad-bin-Tughluq (connu aussi comme le Prince Juna Khan 1325-1351), esprit mégalomane, totalement instable et paranoïaque…, il accusera tous ses proches de comploter contre lui et fera exécuter le moindre suspect ; en pleine famine, il étouffe les paysans de la vallée du Gange avec de lourd impôts. Les paysans sont contraint de retourner sur leurs terres par la force

En plus de devoir repousser les invasions mongoles, Muhammad-bin-Tughluqs’engage dans le maintien et l’expansion de son sultanat dans les provinces nouvellement conquises de la péninsule de l’Inde. Muhammad-bin-Tughluq transfère en 1327 la capitale depuis Delhi vers Devagiri, à 700 km au sud dans le Deccan, et la rebaptise Dualalabad, sous le prétexte de centralisation et d’améliorer l’administration de ces régions méridionales de l’Empire, sans déplacer son gouvernement, il forcera l’ensemble de la population de Delhi à s’installer. Ce plan échoue totalement, en raison de l’insuffisance de l’approvisionnement en eau dans Daulatabad.

Au bout de deux ans, la capitale est de nouveau déplacée à Delhi. Ces déplacements forcés couteront la vie à de nombreuses personnes (serviteurs, soldats, commerçants, paysans ….).

Ibn Battûta (3) en passant par Delhi, écrira : « Lorsque je suis entré à Dehli, c’était presque un désert ».

Muhammad-bin-Tughluq finira par perdre ses possessions : le Rājasthān, le Bengale et la totalité du Dekkan. S’en suit le long règne du pacifique et dévot Fīrūz (1351-1388).

Ce règne est en quelque sorte un répit et sera célébré comme un âge d’or par les chroniqueurs, grâce au gouvernement efficace de son vizir Maqbul.

La débâcle se précipite. Tamerlan (4) devenue le maître de l’Asie centrale et antérieure.

L’occasion est trop belle, Delhi est affaiblie sur tous les points et les Mongols n’auront guère d’autres opportunités.

Tamerlan franchit l’Indus en septembre 1398, atteint Delhi en trois mois, razziant le Pañjāb au passage, met la capitale à sac, et repart avec un énorme butin par une autre route. Il laisse l’Inde du Nord dans l’anarchie la plus totale.

Dans la suite (in sha Allah) nous verrons les relations entres musulmans et les divers communautés indiennes, ainsi que l’arrivée des moghols …  

*Poète, mystique et tisserand de métier (un Julāhā), né en Inde au XVe siècle, Kabir est l’un des plus célèbres maîtres spirituels de l’histoire universelle. Beaucoup ont cherché à se l’approprier, tant du côté des hindouistes que des sikhs, des musulmans, des annelistes et même de certaines tendances du bouddhisme…  , mais il ne se réclame d’aucune religion(même  : Kabir n’a pas de « guru », il prône le rapport direct à Dieu, sans intermédiaire. Visionnaire de l’invisible et auditeur de l’inaudible, il cultive et chante une spiritualité hors cadre, hors-caste, en phase avec les strates les plus profondes de notre être. Maître du paradoxe, il est à la fois proche du ciel et du peuple, au point que sa poésie célébrant l’amour comme une « histoire inénarrable » demeure vivante aujourd’hui dans les chants populaires de l’Inde du Nord.

(1) Dynastie turque qui régna sur l’actuel Afghanistan, une partie de l’Iran, et sur le Pendjab aux xe-xiie s.

Fondée par Alp Tigin qui s’installa à Ghazni en 962 et par Sebuk Tigin (977-997), la dynastie acquit puissance et prestige sous Mahmud de Ghazni (999-1030). Les Ghaznévides durent abandonner leurs possessions iraniennes aux Seldjoukides (vers 1040). Ils furent évincés d’Afghanistan par les Ghurides, qui leur succédèrent à Lahore en 1186.

(2) Située à 145 km au sud-ouest de Kaboul (Afghānistān) : Ghaznī (ou Ghazna, Rhaznī, Rhazna) fut une capitale rayonnante et raffinée du xe au xiiie siècle. Durant l’antiquité Grec, elle fut la capitale de l’Arachosie, et au ive siècle de l’ère chrétienne une nouvelle cité : Zābul ou Zābulistān. Des témoignages dignes de foi attestent que Ghaznī était au xe siècle une riche ville commerçante et unemporium de l’Inde.

(3) Ibn Battuta http://tousensemblepouravancer.blogspot.fr/2013/07/ibn-battuta-de-l-au-voyage12.html

              http://tousensemblepouravancer.blogspot.fr/2013/07/ibn-battuta-de-l-au-voyage-22.html

(4) Timour (l’Homme de fer), surnommé plus tard Lenk (le Boiteux), d’où la déformation occidentale, Tamerlan.

Source : 

– Al-Biruni : « Al Kitab al-Hind » (livre de l’Inde). Ce livre est encore aujourd’hui notre plus grande source d’information sur l’Inde du XIe siècle.

– « Grand Larousse encyclopédique » en dix volumes, sixième tome (rubrique « Inde ») ; Librairie Larousse, Paris, édition de 1962.

– Annemarie Shimmel ; “Islam in India and Pakistan ; Iconography of Religions, Section XXII: Islam », Fascicle nine, E. J. Brill, Leiden 1982.

– Fred W. Clothey ; “Religion in India, A Historical Introduction” ; Routledge, New York, 2006

– Habib, The Agrarian System of Mughal India, 1556-1707, Asia Publish. House, Londres, 1963 ; An Atlas of the Mughal Empire, Oxford Univ. Press, New York, 1982. 

– W. H. Moreland, India at the Death of Akbar, an Economic Study, Londres, 1920, réimpr. South Asia Books (Columbia), 1990 ; From Akbar to Aurangzeb, a Study in Indian Economic History

– ibid., 1990  I. H. Qureshi, The Muslim Community in the Indo-Pakistan Subcontinent, 610-1947, Mouton, Paris-La Haye, 1962.