L’ONU cherche à asphyxier les groupes désignés de « djihadistes » en Irak et Syrie

D’après larédac à 11h25 le 14 Février 2015

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté jeudi à l’unanimité une résolution visant à asphyxier les groupes désignés de « djihadistes » tel l’état dit « islamique » (EI) et le Front al-Nosra…

« Tous les États membres, indique le texte, devront prendre les mesures nécessaires pour prévenir le commerce de biens culturels irakiens et syriens » sortis illégalement d’Irak depuis août 1990 et de Syrie depuis mars 2011 (date du début de la crise syrienne).

Résolution Russe acceptée par tous !?

Le texte, présenté initialement par la Russie, a été co-parrainé par les principaux acteurs de la crise syrienne (États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Syrie, Iran, Irak, Jordanie).

Adoptée à l’unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité. Elle est contraignante et confère aux Nations unies le droit d’infliger des sanctions économiques aux contrevenants sans toutefois autoriser le recours à la force.

La nouvelle résolution « va resserrer un peu l’étau et montrer la détermination du Conseil même si son impact à court terme est difficile à évaluer« , explique un diplomate occidental. Il juge cependant « positif » que la Russie soit à l’origine de cette initiative. Faire appliquer ces décisions ne sera pas facile vu le nombre d’intermédiaires qui trafiquent avec lesdits djihadistes.

Le Conseil recommande aussi une nouvelle fois de ne pas verser de rançon en cas d’enlèvement, mais plusieurs pays européens, dont la France, sont accusés de le faire par des voies détournées. Paris a toujours nié officiellement payer des rançons pour faire libérer ses ressortissants.

MIl rappelle aux États l’obligation de s’abstenir de toute transaction pétrolière directe ou indirecte avec l’EI et de geler les avoirs financiers du groupe. Le Conseil leur demande de signaler à l’ONU lorsqu’ils saisissent du pétrole brut ou raffiné venu de zones tenues par les djihadistes en Syrie et en Irak. Il étend à la Syrie l’interdiction de faire commerce de biens culturels volés, qui s’appliquait déjà à l’Irak.

Le texte cherche à tarir le financement des groupes d’insurgés désignés « d’islamistes » en exhortant les pays limitrophes des territoires de mieux contrôler les mouvements des camions et avions dans les zones tenues par l’EI ou le Front al Nosra et à interdire le transit des véhicules susceptibles de participer au trafic de pétrole, de métaux, de céréales, de bétail, de matériels électroniques et de cigarettes ou de faire de la contrebande d’armes.

Cette recommandation s’adresse et vise particulièrement la Turquie, principal point de passage.

Mais le Conseil ne reprend pas la recommandation d’experts de l’ONU de saisir les camions-citernes passant des zones tenues par l’EI aux pays voisins. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de pressions accrues sur lesdits « djihadistes ».

Selon des responsables américains, « l’organisation terroriste la mieux financée au monde » a perdu du terrain sous les coups de boutoir de la coalition internationale, ses revenus pétroliers sont en baisse et elle doit s’attendre à une vaste offensive terrestre en Irak.

Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, a regretté que le Conseil de sécurité ne soit pas parvenu plus tôt à une telle unanimité pour tenter de mettre fin au conflit qui déchire la Syrie depuis quatre ans, responsable selon elle de l’émergence de l’état dit « islamique » (EI).

« De la même manière que nous condamnons les monstruosités commises par (l’état dit « islamique » (EI)), nous devons également continuer de condamner la brutalité du régime (du président syrien Bachar al Assad), qui a perdu depuis longtemps toute légitimité« , a-t-elle déclaré devant le Conseil de sécurité.

Otages, Contrebandes et pillages historique…

La principale nouveauté de la résolution est une interdiction spécifique du trafic des œuvres d’art et antiquités dérobées en Syrie et réaffirme la valeur d’une interdiction semblable appliquée aux antiquités irakiennes depuis près de dix ans. Ce qui n’a guère empêcher les ventes sur des sites comme ebay et d’autres spécialisés en antiquités.

Elle fustige également le fait que l’état dit « islamique » (EI) et d’autres groupes « encaissent des recettes provenant du pillage et de la contrebande d’héritages culturels afin de soutenir le recrutement, d’améliorer leurs capacités opérationnelles et de mener des attaques terroristes« .

L’Onu a estimé en novembre les rentrées financières de l’état dit « islamique » (EI) entre 846.000 et 1,6 million de dollars (741.000 à 1,4 million d’euros) par jour. Selon le Pentagone, ces revenus ont sans doute diminué de moitié à la suite des bombardements aériens visant les infrastructures pétrolières de l’EI menés par la coalition et de la baisse du prix du brut sur les marchés.

Dans ce rapport, l’Onu rapportait en outre que l’EI lèverait environ 96.000 à 123.000 dollars par jour grâce aux rançons versées en contrepartie de la libération d’otages, trafic d’œuvres d’arts et d’antiquité et de dons divers…

La résolution de jeudi appelle tous les Etats membres à « empêcher les terroristes de tirer profit directement ou indirectement du versement de rançons ou de concessions politiques« .

Sanctions…

Cette résolution très technique, qui s’applique aussi à d’autres groupes comme le Front al-Nosra, est placée sous le chapitre 7 de la Charte de l’ONU. Celui-ci prévoit la possibilité de sanctions pour les récalcitrants. La résolution regroupe et détaille en fait toute une panoplie de mesures prises par le Conseil depuis que l’EI s’est emparé de larges pans de territoire en Syrie et en Irak.

Par ailleurs, un régime de sanctions (gel d’avoirs, embargo sur les armes notamment) s’applique depuis de nombreuses années aux organisations et individus affiliés de près ou de loin à la nébuleuse « al-Qaida ». Le Conseil avait aussi adopté en août 2014 une résolution visant à couper les fonds aux djihadistes en menaçant de sanctionner les pays qui leur achèteraient du pétrole. Il s’agissait également d’endiguer le flux de combattants étrangers partis rejoindre l’EI en Irak et en Syrie et qui seraient désormais plus de 20 000.

Source : avec Afp, Reuters, Washington post, NY Time, Agence sana, L’orient le Jour