Malak Al Khattib raconte ses conditions d’emprisonnement

D’après larédac à 10h30 le 16 Février 2015

Après 45 jours dans une prison israélienne, Malak al-Khatib, 14 ans, benjamine et désormais icône des prisonniers palestiniens, continue de nier les faits qui lui sont reprochés et dénonce ses conditions de détention, dans un entretien samedi à l’AFP.

Elle est devenue un symbole des centaines d’enfants emprisonnés de la Cisjordanie et sa peine a déclenché une vague de protestations de la part des Palestiniens et des défenseurs des droits humains…« C’est sûr que j’aurai plein de choses à raconter à mes camarades quand je retournerai à l’école« , dit cette adolescente de Beitin, près de Ramallah, en Cisjordanie occupée. Dès qu’elle reprendra les cours dans trois jours, dit-elle, elle leur racontera « le froid qu’il fait à l’intérieur de la prison« .

L’arrestation et la condamnation

Le 31 décembre 2014, des soldats de l’armée d’occupation zioniste arrêtent la jeune écolière au bord d’une route, où elle projetait, assurent-ils, de jeter des cailloux, un couteau à la main. Des faits qu’elle a avoués en détention et sur lesquels le juge s’est appuyé pour prononcer une peine de deux mois réduite de deux semaines, comme le prévoit la loi israélienne pour les mineurs qui peuvent être incarcérés dès 12 ans.

« Au bout de deux heures d’interrogatoire, le soldat m’a obligée à signer un papier en hébreu« , affirme Malak al-Khatib, keffieh autour du cou, alors que proches, officiels et journalistes défilent sans interruption dans la maison familiale depuis sa libération vendredi. « Je ne reconnais aucun crime, je ne jetais pas de pierres, je n’avais pas de couteau« , poursuit-elle.

Les autorités palestiniennes affirment que Malak al-Khatib a été menotté et les yeux bandés lors de son arrestation, interrogé sans membre de la famille ou un avocat – ce qui est tout à fait présent et détenu pendant trois semaines avant son procès.

Un porte-parole militaire israélien a déclaré à l’AFP que la jeune fille a été reconnu coupable d’un présumé incident sur l’autoroute Route 60, qui est utilisé par les colons zionistes et les Palestiniens.

Un acte d’accusation servi par le tribunal militaire avait expliqué que Malak al-Khatib avait « ramassé une pierre » afin de la jeter sur des véhicules.

Pourtant, fin janvier, un tribunal la condamne à deux mois de prison, une peine qu’elle effectue dans une cellule avec trois autres adolescentes, plus âgées qu’elle.

Malak al-Khatib avait été condamné à deux mois de prison après avoir été reconnu coupable de « tentative de jeter des objets sur une voie de transport, possédant un couteau et lancer des objets sur une personne ou une propriété« , selon Haaretz .

Les procureurs israéliens ont conclu qu’elle avait l’intention de poignarder des soldats avec le couteau, mais sa famille nie toutes ses accusations.

En plus la peine de prison, elle a été condamnée à une amende 6000 shekels (1357.70 €).

« Mon cœur s’est brisé quand je l’ai vue dans la cour, menottée et enchaînée, » déclare récemment sa mère, Khawla al-Khatib, à l’AFP à son domicile.

Les démêlés judiciaires de Malak al-Khatib ont été un véritable séisme pour la famille Khatib, qui répète à l’envie qu’aucun de ses membres n’a jamais été arrêté par les forces d’occupation zionistes, presque une prouesse dans les Territoires occupés. C’était donc le soulagement pour le chef de famille Ali al-Khatib qui s’est dit « très heureux et touché par les nombreux visiteurs venus féliciter Malak« .

Malak, elle, commençait à fatiguer, se glissant discrètement près de sa mère, elle lui a murmuré : « tu penses que ça va encore durer longtemps ? Je suis fatiguée de toutes ces visites« .

300 enfants dans les geôles zionistes

« Les forces d’occupation continuent d’harceler et d’attaquer les enfants Palestiniens dans des raids violents (des ratonnades dirait-on au pays de France) sur les villes, villages et camps de réfugiés, aux points de contrôle et lors de manifestations pacifiques et de continuer à mener des raids à l’aube sur le maisons, harcelant et agressant des familles, saisissant les enfants au beau milieu de la nuit, c’est un traumatisme pour l’enfant et les parents,« .

« C’est une pratique courante d’israël de détenir les enfants palestiniens pour de longues durées sans avoir le droits de voir leurs parents ou des avocats et de les soumettre à des interrogatoires musclés, menant à des aveux sous la contrainte, et des passages à tabac, l’isolement et d’autres formes de tortures psychologique et physique, pour finir dans des procès militaires.« 

Si le cas de cette adolescente passionnée de football qui ne peut s’empêcher de taper dans un ballon quand un des nombreux visiteurs lui en offre un, est si emblématique c’est que, selon le Club des prisonniers, qui défend les 6.500 détenus palestiniens dans les prisons israéliennes, il n’y a que quatre filles parmi les 200 mineurs incarcérés par l’état zioniste.

Une lettre du gouvernement palestinien à l’ONU en Janvier dernier, signalent que près de 300 enfants palestiniens sont actuellement détenus dans les prisons zionistes. Et c’est au total près de 1266 enfants qui ont été arrêtés en Cisjordanie et Jérusalem-Est au cours de l’année 2014.

La majorité étaient âgés de 12 et 15, mais certains étaient beaucoup plus jeune…

Source : avec Afp, Harretz, Agence Wafa