Malek Chebel écrit pour le CRIF sur l’Islam

D’après Larédac’ à 12h31 le 08 Octobre 2013

Hier, lundi 07 octobre, s’est tenu le colloque « Pour un Islam des lumières » au Sénat, à l’occasion de la sortie du livre d’Olivier Weber intitulé La confession de Massoud aux Éditions Flammarion. À ce colloque, on pouvait y retrouver des écrivains et des experts du monde arabo-musulman qui se sont regroupés pour tenter de répondre à une question : y’a t-il encore une place pour un Islam des lumières aujourd’hui en France et dans le monde ? Autre invité Malek Chebel, anthropologue des religions, spécialiste de l’Islam et directeur de la revue Noor, qui est d’ailleurs, selon lui, à l’origine de l’expression « Islam des lumières ». Malek Chabel est intervenue sur le thème : De quelques valeurs oubliées de l’Islam.

Malek Chebel est aussi à l’initiative d’un article écrit pour le CRIF. Cet article est comme une lettre destinée aux fondamentalistes musulmans où il leur définit sa vision de l’Islam. Quoique intéressant, et si l’on reste objectif cet article fait réfléchir à ce qu’est l’Islam d’aujourd’hui et celui de nos prédécesseurs, il n’empêche que l’on peut se poser la question : Pourquoi écrire cela pour le CRIF ? Voici l’article de Malek Chebel :

« Mon travail s’inscrit dans la volonté de briser les tabous imposés par l’islam des rigoristes, d’arrimer cette religion magnifique aux données du temps présent. J’ai souhaité mettre au point des outils de réflexion autour de l’islam, une méthodologie de travail, à commencer par le vocabulaire, pour éviter de se référer constamment au passé, aux traditions, à l’histoire… Pendant des années, les musulmans ont été les otages des fondamentalistes, de leur sémantique, de leur timing, alors que l’islam avait été une référence en matière de modernité, il se retrouvait tout à coup plongé dans l’obscurantisme !

Les fondamentalistes nous ont mis en coupe réglée avec un vocabulaire bien précis: fatwa, jihad, hallal, haram, qui s’est insinué dans le quotidien, nous empêchant de prendre la parole. Or, nous pouvons combattre cela sur le plan des idées, en créant un nouveau vocabulaire, moderne, qui n’a pas peur -pour autant- de se référer à l’islam.

Quand les fondamentalistes parlent de « communauté », je leur réponds « vivre ensemble » ou bien « État-nation ».

Quand ils évoquent le passé, je leur dis « parlons du présent et de l’avenir ».

Quand ils font référence à la burqa, je leur rétorque qu’elle n’a jamais été musulmane.

Et quand ils abordent le Coran, je leur dis qu’il est traduit par mes soins dans un français compréhensible par tous. Cela m’a pris dix ans, c’était un travail un peu fou, mais c’est ma meilleure arme aujourd’hui. Qui peut dire que je ne connais pas l’islam ou que je m’en moque? Personne.

Et mieux encore, quand ces fondamentalistes parlent de chasteté de la femme et qu’ils essaient de la rendre impure aux yeux du monde, je leur assène que la sexualité féminine est à explorer sans cesse, et je publie un essai sur ce thème tous les deux ans. Je parle sans fausse pudeur de désirs d’amour et de tout ce qui relève des jouissances humaines, parce qu’eux souhaitent tout cacher, tout réduire au silence. Et aussi pour nous libérer de ces idéologies dangereuses et assumer le fait que le sexe est l’une des choses les plus savoureuses au monde.

Les musulmans doivent s’emparer de cette faculté de se penser, de se critiquer, sans pour autant culpabiliser ou se croire « mauvais musulmans ». Nous devons entamer un travail de désaliénation collective.

Mon Dieu à moi est libérateur, pas coercitif. Et j’ai appris à ignorer les menaces à mon encontre. Quand un prédicateur à la petite semaine lance une fatwa contre moi, je lui réponds en lui en lançant une autre !« 

Source : CRIF