Maroc : Musulmans et Juifs, une éternelle cohésion ?

La vidéo (en anglais) a été produite par le programme GlobalBeat de l’Institut de journalisme Arthur L. Carter de l’Université de New York : https://www.youtube.com/watch?v=R6uB3KfTaJg

Aujourd’hui lorsque l’on mentionne Judaïsme et Islam on fait référence immédiatement au conflit Palestino-israélien. Le Judaïsme et le monde islamique est quotidiennement synonyme de discorde. Mais il en a pas été toujours ainsi….

Regardez reportage Arte :

Juifs et musulmans si loin si proches 1er partie

Juifs et musulmans si loin si proches 2ème partie

Juifs et musulmans si loin si proches 3ème partie

Juifs et musulmans si loin si proches 4 ème partie

Cependant, il y a un royaume où il paraîtrait que les musulmans et les Juifs vivent en harmonie depuis des siècles… Ce royaume c’est celui du Maroc. À travers un reportage, le programme GlobalBeat de l’Institut de journalisme Arthur L. Carter de l’Université de New York s’est demandé pendant combien de temps encore cette harmonie va-t-elle durer ?

Monnaie marocaine datant de 1284 de l'Hégire (1867). Collection privée du Dr Mansour

Le Maroc est un lieu où les Juifs ne sont pas seulement tolérés, mais ils font partie intégrante, dans certains milieux, d’une partie importante de l’Histoire et de la culture du pays. Il fût une époque où la monnaie marocaine était frappée par les Juifs*.

Faisons un petit retour en arrière, selon les historiens, même avant l’arrivée de l’Islam au Maroc, les Juifs appelaient cette nation côtière d’Afrique du Nord leur « maison ». Il y a environ 400 ans, la communauté juive marocaine a forgé un lien solide qui a découlé à une alliance avec la dynastie régnante du pays, les Alaouites (référence à une tribu descendant du Prophète Mohammed (Salla Allahou alayhi wa salam), à ne pas confondre avec la branche de l’Islam Chiite, les alaouites dont d’ailleurs fait partie Mr Assad…. Leur vraie appellation est les nosaïrîs, l’appellation Alouites a été donnée par les Français.

Si le Maroc fût un royaume Chiite au XIème siècle, de nos jours, l’Islam marocain, si l’on peut le nommer ainsi, est majoritairement sunnite et essentiellement régi par l’école malikite.

Nous connaissons l’Histoire des persécutions juives au XXème siècle nous n’allons pas revenir là-dessus. Nous allons cependant faire un crochet historique par le Maroc pendant la Seconde Guerre Mondiale. On nous a raconté que, lors de cette période, des vagues d’immigrants Juifs cherchant refuge l’ont trouvé dans le royaume marocain. L’Histoire retient qu’en 1940, lorsque le gouvernement Français était contrôlé par les nazis, il voulait promulguer au Maroc des décrets antisémites, le roi Mohammed V a rejeté ces lois racistes.

La légende nous dit (car nous n’avons pas pu vérifier) qu’il aurait même refusé de demander à ses sujets Juifs de porter l’étoile jaune. « Il n’y a pas de juifs au Maroc, » aurait-il dit. « Il y a seulement des sujets ».

Mais quand est-il aujourd’hui ? Après plusieurs questionnements à des Marocains ainsi qu’une petite recherche, on peut s’apercevoir que les Juifs continuent de Jouir aujourd’hui des mêmes droits et privilèges. Ainsi aux dernières nouvelles, l’un des principaux conseillers du roi Mohammed VI, est toujoursAndré Azoulay, qui est Juif. Le Maroc dispose aussi d’écoles juives financées par l’Etat et des tribunaux religieux juifs.

Dans ces tribunaux Juifs, appelés Bet Din, les affaires civiles sont entendues et jugées par les rabbins. Le « Bet Din » marocain est le seul système de tribunal Juif en dehors d’israël et tel qu’il se fait sur le territoire sioniste. Ce tribunal est officiellement reconnu comme un organe juridique alternatif et qui officie au même endroit que les tribunaux musulmans.

Mais depuis les séries d’attentats qui ont ciblé des sites juifs en 2003 à Casablanca et fait 3 victimes juives, le nombre de la population juive du Maroc ne fait que baisser passant de 250 000 en 1940 à 4000 aujourd’hui. Mais à part ces incidents, la population juive du Maroc ne subit pourtant pas de persécutions ou d’animosités. Pourtant la communauté juive a déserté des villes comme Tanger, Fès, Salé ainsi que Tétouan. Casablanca reste la dernière ville qui ait une population juive importante, la ville est de ce fait le nouveau centre de la vie juive marocaine.

Casablanca dispose de 17 synagogues actives, trois écoles juives, un vaste musée Juif, qui est d’ailleurs le seul dans le monde arabe, et un centre communautaire qui soigne les malades et les personnes âgées. Mais les quartiers juifs d’autres villes marocaines sont vides….

L’universitaire américaine, Vanessa Paloma a déclaré « même avec toutes les imperfections qui existent ici, ce que le Maroc a est incroyable. Je ne veux pas que cela se perde dans l’avenir. Je pense que c’est impératif, il en est de notre responsabilité« .

Selon Vanessa Paloma, la préservation est la solution. « Dans les 20, 30 ou 40 prochaines années, qu’en sera-t-il de la communauté juive ? Sera-t-elle encore là et prospère ? J’espere. Mais nous ne savons pas« .

Le Maroc Antique, Livre de Jérome Carcopino 1943

* Sur les monnaies des sultans du Maroc on peut y voir une étoile à 6 branches (rappelant par là, le bouclier de David (alayhi salam) – appelé à tord l’étoile de David (alayhi salam)). Le sultan Ahmed El Mansour Eddahbi qui, en raison de la présence d’importants gisements d’argent dans la région, créa en 1775 un atelier de frappe des monnaies dans la casbah d’Essaouira. Cette ville a ainsi connu son apogée, depuis le 17ème jusqu’au début du 20ème siècle, grâce notamment à la présence massive des Juifs appelés par le sultan qui occupaient des postes importants au niveau du Trésor et étaient chargés, entre autres fonctions, de la frappe des monnaies.

L’influence juive sur les pièces de monnaie ne date pas du 17ème siècle. Ainsi, trouve-t-on, dans le musée du Judaïsme marocain, des pièces, pour les plus anciennes , datant de l’époque d’Idriss II, frappée à Ykem, région dominée à l’époque par les Barghouata, et signée en lettres hébraïques.

Le sceau de Salomon (alayhi salam) a été supprimé des monnaies et de certaines bannières royales alaouites par le général Lyautey (Franc Maçon notoire) au début du 20ème siècle, principalement dans les années 1940.

N’oublions pas que le royaume du Maroc est le gardien d’Al Quds, donc il est assez logique de retrouver ce symbole. Mais il y a aussi un aspect technique : le moule de l’étoile à six branches étant beaucoup plus facile à réaliser que celui de l’étoile à cinq branches pour les artisans en charge de la frappe de la monnaie…

Merci au Dr Mansour pour nous avoir photographié plusieurs pièces de sa collection privée :

Monnaies marocaines datant de 1284 de l’Hégire (1867)

Pièce marocaine datant de 1372 de l’Hégire (1953)

Le verso de la pièce au-dessus

Pièce datant de 1314 de l’Hégire (1896)

Le verso de la pièce au-dessus

Pièce datant de 1002 de l’Hégire (1695)

500 Francs marocain datant de 1956

10 Francs marocain datant de 1366 de l’Hégire

Sources : PBSNewHour, le web, Dr Mansour