Mouâdh Ibn Jabal : Le connaissant du licite et de l’illicite

D’après Abdullah Ibn Adam à 14h30 le 10 Septembre 2013

La seconde fois où les Ansar prêtaient allégeance au Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à al-Aqaba, il y avait parmi eux Mouâdh ibn Jabal (qu’Allah l’agrée). Un jeune homme calme, au visage rayonnant, au regard charmant. C’était un Ansarite de la première heure. Mais, le trait qui le caractérisait le plus était sa science religieuse si vaste, à tel point que le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) avait dit de lui: «De ma communauté, Mouâdh ibn Jabal est le plus connaissant du licite et de l’interdit.»

En outre, il était doté d’une intelligence perspicace. Quand le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) le chargea d’une mission au Yémen, il lui dit: «Ô Mouâdh, avec quoi tu vas prononcer les jugements? 

– Avec le Livre de Dieu, dit Mouâdh (qu’Allah l’agrée). 

– Et si tu ne trouves pas dans le Livre de Dieu (avec quoi juger)…? 

– Je juge avec la Sunna de Son Messager. 

– Et si tu n’en trouves pas dans la Sunna de Son Messager?

– Je fais effort avec mon avis.»

Son allégeance au Livre de Dieu, ainsi qu’à la Sunna du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), ne le désarmait nullement de l’initiative de son esprit raisonnable, ne lui voilait pas les innombrables faits dissimulés qui n’attendaient que leur mise en lumière.

De plus, les témoignages à son sujet le disent doté d’un bon sens infaillible. Aïdhallah ibn Abdoullah (qu’Allah l’agrée) raconte qu’il s’était trouvé dans la mosquée, au début du khalifat d’Oumar (qu’Allah l’agrée): «J’ai assisté, disait-il, à une réunion de plus d’une trentaine. Tous citaient des hadiths du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). 

Dans le groupe, il y avait un jeune homme rayonnant, à la voix attrayante. Il était le plus jeune. Quand ses compagnons doutaient d’une chose sur un hadith, ils le consultaient. Alors, ce jeune leur donnait son avis. Et puis, je me suis rapproché de lui et je lui ai demandé qui il était. Il m’a répondu: «Je suis Mouâdh ibn Jabal.»

Abou Mouslim al-Khoulany (qu’Allah l’agrée) dit: «Dans la mosquée de Hims où je suis entré, j’ai trouvé un groupe d’hommes d’âge mûr entourant un jeune homme qui ne parlait pas. Quand les présents doutaient d’une chose, ils s’adressaient à lui. Alors, j’ai demandé à mon voisin: «Qui est-ce?» Il m’a dit: «C’est Mouâdh ibn Jabal.»

Quant à Chahr ibn Haouchab (qu’Allah l’agrée), il avait dit: «Quand les Compagnons du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) citaient des hadiths en présence de Mouâdh ibn Jabal, ils le regardaient avec une crainte respectueuse.»

Par ailleurs, l’Emir des croyants Oumar (qu’Allah l’agrée) avait laissé ce témoignage: «Si ce n’était pas Mouâdh ibn Jabal, Oumar serait perdu.»

Mouâdh (qu’Allah l’agrée) obtint ce savoir si considérable dans sa jeunesse. D’ailleurs, il ne vécut pas longtemps, puisqu’il mourut à l’âge de 33 ans durant le règne d’Oumar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée).

Mouâdh (qu’Allah l’agrée) était généreux. Quand on lui demandait une chose, il la donnait de tout cœur. Sa générosité était telle qu’il était resté sans fortune.

A la mort du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il revint du Yémen où il enseignait l’Islam aux musulmans. Puis, il émigra en Syrie où il s’occupa également de l’enseignement religieux. Mais, à la mort de l’Emir du pays, son ami Abou Oubayda (qu’Allah l’agrée), il le remplaça à la tête de l’émirat, après avoir été nommé par le khalife Oumar (qu’Allah l’agrée). Il ne passa pourtant que quelques mois à ce poste, puisqu’il fut rappelé à Dieu.

Plus tard, Oumar (qu’Allah l’agrée) dit sur le lit de mort: «Si Mouâdh ibn Jabal était vivant, je l’aurais désigné à ma succession. Et, quand je me présenterai devant Dieu et qu’il me demandera: «Qui as-tu désigné au commandement de la communauté de Muhammad?», je dirai: «J’ai désigné Mouâdh ibn Jabal. C’est que j’avais entendu le Prophète dire: «Le Jour de la résurrection, Mouâdh ibn Jabal sera l’imam (le dirigeant) des savants.»

Un matin, le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) rencontra Mouâdh (qu’Allah l’agrée): «Comment t’es-tu réveillé ce matin, Mouâdh? dit le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui). 

– Je me suis réveillé croyant, Messager de Dieu, dit Mouâdh (qu’Allah l’agrée), 

– Chaque droit a une vérité. Quelle est donc la vérité de ta foi? 

– A chaque matin que je réveille, je pense que je n’arriverai pas vivant au soir; et à chaque soir je pense que je ne me réveillerai pas vivant le matin suivant. A chaque pas que je fais, je pense que je ne ferai pas un autre. De plus, j’ai toujours à l’esprit que toute communauté sera convoquée suivant son Livre, j’ai à l’esprit que les habitants du Jardin iront au Jardin, pour jouir des bienfaits, et que les habitants du Feu iront au Feu, pour être châtiés. 

– Puisque tu as accédé à cette connaissance, applique-toi à faire cela, conclut le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui).»

Ibn Massoud avait dit de lui: «Nous comparions Mouâdh au (prophète) Ibrahim (paix sur lui).»

Il invoquait Dieu en permanence et il appelait les gens à rechercher le vrai savoir, celui qui est bénéfique. Il disait: «Prenez garde de la déviation du sage; il faut que vous connaissiez le vrai par le vrai, car le vrai est lumière.»

Les rites d’adoration, pensait-il, sont un objectif ainsi qu’une équité. Un jour, un musulman lui dit: «Apprends-moi.» Mouâdh (qu’Allah l’agrée) l’interrogea d’abord: «Si je t’apprends, est-ce que tu m’obéis?» Comme l’homme répondit affirmativement, Mouâdh (qu’Allah l’agrée) lui dit: «Jeûne et déjeune; fais des prières (surérogatoires) et dors; recherche les actions et ne commets pas de mauvaises, ne meurs qu’en état de soumis à Dieu et prends garde de l’invocation de l’opprimé (contre toi)!»

Quant au savoir, il le voyait indissociable de l’action. Il disait: «Apprenez du savoir ce que vous voulez. Dieu ne vous donnera de bienfait avec ce savoir que lorsque vous passez à l’action.»