Paris : Un jeune libanais donne de son temps à des réfugiés syriens

D’après Larédac’ à 13h45 le 13 Janvier 2014

Ghassan Nader donnant un cours de français à des réfugiés syriens dans un restaurant KFC parisien. Photo Nadim Bahsoun.

La plupart des gens qui travaillent, une fois celui-ci fini, rentrent chez eux, d’autres vont au sport et d’autres donnent de leur temps aux autres. C’est le cas de Ghassan Nader ingénieur informatique le jour et enseignant amateur et bénévole la nuit.

Depuis août 2012, Ghassan, d’origine libanaise, donne des cours de français à des réfugiés syriens tout juste arrivés à Paris. Ce Parisien d’adoption assure que donner de son temps pour ce peuple fier malgré les épreuves, lui redonne de l’énergie « À la fin des 3 heures ou 3 heures et demie de cours, j’ai plus d’énergie qu’au début, car ce sont des gens beaux humainement, qui parviennent à sourire malgré les difficultés, et ça, c’est contagieux.« 

Militant engagé, son parcours là amené à passer par Dubaï et les États-Unis, quand il pense à la Syrie, il regrette « l’ampleur des horreurs en Syrie et le caractère binaire des pensées des différents clans qui s’affrontent. » « Chaque camp cherche à déshumaniser l’autre, à le détruire complètement. » ajoute-t-il.  

Rien ne le destinait à être professeur de langues, installé à Paris depuis 2002, Ghassan, 36 ans, participe à des sit-in pour la Syrie. C’est lors d’un de ces rassemblements que l’idée de ces cours lui est donnée, en effet lorsqu’un groupe de jeunes syriens lui font part de leur souhait de mettre en place des cours de français pour les nouveaux réfugiés arrivés sur Paris,  Ghassan se porte immédiatement volontaire.

Donc en août 2012, les premiers cours commencent, le vendredi soir. 5 élèves sont présents, mais cela va augmenter rapidement avec le fameux bouche-à-oreille. « Certains sont venus après avoir été dirigés vers ma classe par les services de l’immigration et la Croix-Rouge à leur arrivée à Roissy.« 

À ce jour ses cours compte 55 élèves réguliers et ultra motivés. Ces personnes sont majoritairement des Syriens mais d’autres réfugiés comme des Égyptiens font partie des élèves. La plupart de ces personnes viennent d’arriver sur le sol français et veulent trouver du travail ou alors étudier, conscient que pour cela ils doivent apprendre la langue de Molière. Ghassan explique que ce ne sont pas des illettrés, ils sont ouvriers du bâtiment, artistes, écrivains, intellectuels et ils ont de 17 ans à plus de 60 ans ! « Ce ne sont pas des illettrés, explique le jeune enseignant. Ils veulent trouver du travail en France ou y étudier. Mais ce n’est pas toujours évident de leur apprendre à conjuguer le verbe avoir alors que leur cœur est resté à Damas ou au Caire, et que leur esprit est obnubilé par les événements qu’ils suivent avec anxiété.« 

Ghassan souligne qu’il ne parle ou ne pose jamais de question sur leur vision des événements se passant dans leur pays « Les Syriens de tous bords vivent un traumatisme, ils perdent tout du jour au lendemain, sont déracinés, voient leur vie détruite. À titre personnel, le conflit syrien m’a fait comprendre à quel point nos peuples sont liés. La distance entre Beyrouth et Damas est la même que celle entre Paris et Beauvais, vous vous rendez compte ! Les mariages mixtes, la façon de vivre, de manger, la culture… Oui, il peut exister des tensions entre nous, mais avec un peu de recul, objectivement, nous formons un même peuple.« 

Aujourd’hui le problème de Ghassan c’est la demande croissante qu’il ne peut gérer seul, pour cela il a demandé de l’aide à deux de ses amis libanais, Nadim Bahsoun ainsi que Krystel Khoury. Ils donnent depuis août 2013 deux cours chacun par semaine.

« Aujourd’hui, nous nous interrogeons sur la poursuite des cours. Nous sommes motivés, mais nous avons désormais beaucoup d’élèves. Il ne s’agit plus d’un petit cours bénévole, mais presque d’une école ! » souligne Ghassan Nader.

Autre problème et pas des moindres, c’est l’endroit pour donner ses cours. « Nous donnions les cours dans un centre partagé par plusieurs associations dans le 10e arrondissement de Paris. Mais à la mi-décembre, un vendredi, quand nous sommes arrivés au centre pour le cours, nous avons découvert que la serrure avait été cassée. Nous nous sommes retrouvés à la rue et avons dû faire cours dans le KFC d’à côté. Le lundi suivant, le centre était définitivement fermé en réaction aux plaintes des voisins et locataires irrités par les allers et venues dans les locaux. »

Pour le moment Ghassan et ses élèves disposent des locaux d’une autre association, malheureusement cette solution n’est que provisoire. Le groupe reste toujours à la recherche de deux salles de classe pour assurer un enseignement de bonne qualité et dans les meilleures conditions.

Source : L’OrientLeJour

Crédit photo : L’OrientLeJour