Poésies et poètes (suite et fin du premier livre) : Zuhayr Ibn Abi Salma « Poète de l’unicité »

D’après le Dr Mansour pour T.E.P.A à 14h30 le 17 Avril 2014

Zuhayr Ibn Abi Salma «Poète de L’unicité… »

Extrait de la Mu’allaqat de Zouheir ibn Abi Salma : http://www.youtube.com/watch?v=OLjfK0xR7W0

On compte parmi les plus grands poètes préislamiques : Zuhayr Ibn Abi Salma (on trouve des variantes : Zouhair Ibn Abi Salma, Zouheir Ibn Abi Soulama….) , né en 530 Ap. J.C. près de Yatrib (l’actuel Médine), il est mort vers 627 de l’ère chrétienne à l’âge de 97 ans (Donc contemporain du prophète Mohammed (Paix et bénédiction sur lui).

De par sa renommée et son prestige, plusieurs de ses poèmes furent suspendue sur la Kaâba (à La Mecque) ; les Fameux Mu’allaqat (Tissus ou peaux, où les poèmes étaient écrits (peints) ou cousues en Lettres d’Or)

 

Il appartenait à la grande tribu des Modar dont est issu l’arabe en tant que langue, tribu dont fait partie de la grande confédération des Quraych (où l’on retrouve la tribu des Banou Hashim – d’où est issu le Prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui). – L’historien Ibn Khaldoun dit de l’arabe : « la langue de Modar »)…

 

Selon diverses sources (chroniques et poètes), sa famille, non seulement d’être lettré, on y comptait un grand nombre de poètes dont son père, son oncle, sa sœur ainsi que ses deux fils…

 

Zuhayr Ibn Abi Salma est peut-être le plus grand poète de la civilisation arabe avec le poète Al Moutannabi (sous les Abbassides : 915-965 après JC)…

Il est considéré comme le poète de la raison et de la réforme. Ces poèmes sont pleins de sagesse et de conseils ; ils sont écrits dans un arabe classique très soigné, mais pas facilement traduisible. Un chef-d’œuvre de rime, de rythme et de musicalité !

D’ailleurs il était lui aussi très apprécié par Omar Ibn Al-Khattab (qu’Allah l’agrée) qui aimait citer ce poète pour d’écrire le Prophète (paix et bénédiction sur lui).

Certains historiens estiment qu’il était chrétien (donc non musulman comme on peut le trouver dans certaines sources), mais de par son évocation récurrente de l’unicité de Dieu, de sa croyance en la résurrection, le repentir et le châtiment. On peut le classer parmi les gnostiques ou voir parmi les nestoriens…

 

L’extrait central du poème, qui suit, a été écrit pour désapprouver la guerre et calmer les esprits suite à une bataille rangée entre deux tribus pour une affaire de course de chevaux et de tricherie à la course (Le cheval arabe est connu et reconnu pour ses exceptionnelles performances durant les courses hippiques et comme reproducteur depuis la nuit des temps…).

Comme c’est impossible de faire la même chose en français, les traducteurs introduisent souvent des rimes pour chaque premier vers pour garder le rythme des deux vers de chaque ligne.

Cet extrait est une belle leçon de morale et surtout une belle leçon de créativité à un âge aussi avancé, Zuhayr Ibn Abi Salma Salma avait 80 ans !

 

« J’ai languis des exigences de la vie, et qui vit quatre vingt ans,

C’est certain qu’il languit

 

Je sais le lot d’aujourd’hui et d’hier avant lui, mais ce que demain sera,

Je n’en suis pas instruit

 

J’ai vu la mort sévir comme une chamelle la nuit,

Tuant par ci, par là, et le « chanceux » vieillit

 

Celui qui sur des choses manque de diplomatie,

Il sera mastiqué, et piétiné à l’envi

 

Celui qui, n’importe où, place sa bonté elle le fuit,

et qui craint l’insulte sera insulté

 

Celui qui a un avantage, le cache à autrui,

on le haïra en société, et il sera maudit

 

Celui qui tient parole et son cœur s’assagit, du calme du bienfait , ne sera point honni

 

Celui qui craint la mort, elle l’aura sûrement, même si par échelle , il grimpe au firmament

 

Celui qui place le bien en mauvaise destinée, il reviendra en mal , et il sera indigné

 

Celui qui, par les armes, ne défend sa cité, sera détruit, et qui traite bien sera maltraité

 

En tout ami il faut voir, son ennemi juré, et qui ne s’honore pas sera déshonoré

 

Et quel que soit ton vice, enfoui et méconnu, crois-tu le bien cacher, sera bien reconnu

 

A rester admiratif devant tant de gens muets, leur valeur, plus ou moins, dépend du parler

 

La langue est notre moitié, le cœur, le restant il ne reste que l’aspect, la chair et le sang …. »

 
Bibliographie :– l’article de S. Boustany, « Imru’ al-Kays b. Hudjr » in Encyclopédie de l’Islam : nouvelle édition, tome III, H-Iram, Paris, Maisonneuve et Larose, 1971, p. 1205

– Caussin de Perceval, Essai sur l’Histoire des Arabes avant l’islamisme, t. II

– Dîwân Imri’ al-Qays, 1958. Éd. Muhammad Abû-l- Fadl Ibrâhîm, Le Caire, Dâr al-Ma‘ârif,1ère édition. Cette édition donne, à titre essentiel, la recension d’Asma‘î, avec le commentaire de Shantamârî.

– Encyclopédie de l’Islam, 2ème édition, 1960 – [art. ‘Abîd b. al-Abras , ‘Amr b. Kulthûm,‘Antara b. Shaddâd, al-A‘shâ Maymûn b. Qays, Al-Hârith b. Hilliza, Imru’al-Qays b. Hudjr,Kasîda, Labîd b. Rabî‘a, Al-Mu‘allaqât, al-Nâbigha al-Dhubyânî, Tarafa, Zuhayr] Leiden :Brill….

– Jones, A. 1996. Early Arabic Poetry. 2 : Select Odes / ed., trans. & commentary by Alan Jones, Oxford Oriental Institute Monographs, 15. Reading : Ithaca Press [tr. de la Mu‘allaqa de ‘Abîd, pp. 25-51, de Imru’ al-Qays, pp. 52-86, de Labîd, pp. 164-202].

– Jones, William (1782). The Moallakát or Seven Arabian Poems, Which were suspended on the Temple of Mecca with a translation, a preliminary discourse and notes, London.

– Khawam, R. 1967. La poésie arabe des origines à nos jours. Marabout Université [trad.Partielle des Mu‘allaqât de Imru’al-Qays, ‘Antara, Tarafa et Zuhayr, pp. 45-51 et 55-56].

– Katia Zakharia et Heidi Toelle : « A la découverte de la littérature arabe, du VIe siècle à nos jours ». Champs Flammarion. Édition corrigée et mise à jour (2005).