Poésies et poètes (suite) : Imrû’l-Qays ou le « Roi errant »

D’après Larédac’ à 17h30 le 14 Avril 2014

Imrû’l-Qays ou « Le Roi errant »

Un des plus illustres poètes antéislamique n’est autre que : Imrû’l-Qays, suit Antar, viennent ensuite ‘Amr b. Kulṯūm, Labīd, Ṭarafa, Zuhayr, etc… Il fait quasi l’unanimité chez les anthologues médiévaux et actuels, mais il n’a pas eu le droit à autant de miséricorde de la part du Prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui).

Dans son « Livre des Chansons » : « Kitâb al-Aghâni », écrit à Bagdad durant le second quart du IXe siècle, Abû’al Faraj al-Açfahânî ((897- 967 Ap J.C.), rapporte un hadith où le Prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui) s’exprime ainsi :

« Imrû’l-Qays est illustre en ce monde, il sera dédaigné dans l’autre. Au jour de la résurrection, il portera le flambeau de la troupe des poètes,et sera précipité avec eux dans le feu de l’enfer ».

Selon Tabari (1) et les premiers biographes et chroniqueurs, on apprend que les premiers califes l’admiraient sans réserve. Selon ‘Omar, il avait été un guide pour les poètes, il avait creusé pour eux le puits de la poésie et avait remplacé des notions obscures par une vision véritable.

‘Ali célébrait lui aussi son excellence et le louait de n’avoir jamais rien dit par crainte ou par flagornerie. Un autre hadith est prêté au Prophète Mohammed (paix et bénédiction sur lui), où là il fut plus indulgent :

« Si j’avais vécu de son temps, je lui aurais été utile (en lui faisant connaître la vraie religion). »

L’unique faute d’Imrû’l-Qays était donc d’avoir vécu trop tôt.

Les informations biographiques qui nous sont parvenues sur lui remontent à des textes du VIII siècle qui ne citent que rarement leurs sources et qui se contredisent souvent, ce qui nous donne un portrait à la fois contradictoire et légendaire. Le nom du poète serait qu’un surnom qui signifie « esclave de la divinité de Kays » et qui a perduré à côté de Dhû l-_urû_ (« l’homme à la petite vérole ») et Al-Malik Al-illîl (« Le roi errant »).

En réalité, nous ne sommes pas sûrs qu’Imrû’l-Qays ait existé, ni même que les vers transmis sous son nom aient été effectivement composés avant la venue du Prophète (paix et bénédiction sur lui).

La biographie que lui prête le Livre des Chansons contient trop de merveilleux pour ne pas susciter quelques doutes.

Qu’on en juge : Imrû’l-Qays était le fils de Hujr, roi des Kinda, une tribu de l’Arabie septentrionale. Chassé par son père, qui n’approuvait pas son goût pour son mode de vie et la poésie, il mena une vie errante et dissolue.

Plus tard, blessé mortellement par un homme des Banu-Assad, Hujr fit savoir sur son lit de mort qu’il confierait son royaume à celui de ses fils qui ne pleurerait pas à l’annonce de sa mort.

Quand la nouvelle parvint au fils proscrit, il refusa d’interrompre sa partie de dés en cours : on n’aurait pas su mieux répondre à la condition posée par le père.

Dès lors, Imrû’l-Qays n’eût de cesse de chercher à venger son père et retrouver ses prérogatives.

Sa longue quête, qui lui vaudrait le surnom de Roi errant, le conduisit jusqu’à Byzance, où il alla quémander l’aide de Justinien. Sa requête fut agréée, mais il séduisit la fille de son hôte, lequel se vengea en lui faisant présent d’une tunique empoisonnée.

Couvert d’ulcères, Imrû’l-Qays périt sur le chemin du retour aux environs d’Ancyre (Ankara). Il est possible que cette légende ait emprunté quelques-uns de ses traits à l’histoire d’un prince syrien du VIe siècle qui, selon Procope et Nonnose, aurait sollicité contre ses ennemis l’aide de Justinien.

À supposer cependant que l’historicité de ce personnage (appelé Kaisos dans les textes grecs) soit assurée, rien ne nous dit qu’il soit l’auteur des poèmes attribués à son légendaire homonyme. Ceux-ci ont été réunis en recueil (dîwân) dès le début du IXe siècle par les anthologues irakiens. Le plus célèbre d’entre eux a été reçu très tôt au nombre des mu’allaqât (sg. mu’allaqa).

Peintures & calligraphies de Abdallah Akar « Poèmes Suspendus » : Poème de Imru’al-Qays



(1) de son nom complet : Mohammad bin Jarīr bin Yazīd al-Imām abū Ja`far (839 – 923 Ap Jc ) est l’un des plus prolifique et précoce historien et exégètes perses …