Poutine, Obama et Hollande sur la Syrie ! Une Partie de poker entre amis ?

De Barack « oncle Tom » Obama au président iranien Hassan Rohani et de Vladimir « l'Ours de Sibérie » Poutine à l'émir du Qatar, en passant par François Hollande (Président de la France et non des Français), le roi des Pays-Bas ou le président maréchal et pharaon égyptien Abdel Fattah Al Sissi, ils sont 19 chefs d'Etat et de gouvernement à avoir pris la parole ce lundi devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Poutine demande une « large coalition » antiterroriste contre l'Etat dit islamique

Poutine ONU demande une large coalition

Le président russe Vladimir Poutine a demandé lundi devant l'ONU la création d'une « large coalition antiterroriste » pour lutter contre les « djihadistes » en Syrie et en Irak.

Pour son premier discours devant l'Assemblée générale de l'ONU depuis dix ans, M. Poutine a aussi martelé que refuser de coopérer avec le gouvernement syrien et son armée dans cette lutte serait « une énorme erreur« .

La coalition dite « anti-djihadiste » serait « semblable à celle contre Hitler » au cours de la Seconde guerre mondiale –à laquelle participaient notamment les Etats-Unis et laRussie– et les pays arabes « y joueraient un rôle clé« , a-t-il ajouté.

(À écouter : Chroniques du Dr. Mansour : Conférence de Casablanca & de Téhéran (20 juin 2013))

Pour le président russe, « ce serait une énorme erreur de ne pas coopérer avec ceux qui combattent frontalement le terrorisme, et nous devons reconnaître que personne d'autre que les forces armées du président (syrien Bachar al-Assad) combattent réellement l'Etat islamique et d'autres organisations terroristes en Syrie« , a-t-il expliqué.

L'armée syrienne a utilisé pour la première fois mercredi de la semaine dernière des drones (cela change par rapport aux bombardements de barils) fournis par la Russie, renforçant ainsi son soutien au régime de Bachar avec l'espoir qu'il reprenne l'ascendant militaire sur les insurgés désignés de « djihadistes », les combattants de l'état dit « islamique » (EI) et les rebelles.

« Pour la première fois, l'armée a utilisé aujourd'hui des drones reçus de Moscou dans des opérations contre des extrémistes dans le nord et l'est du pays« , a affirmé une source de sécurité à Damas, sans donner plus de précision sur les cibles touchées, ni sur le genre de drones utilisés.

Lire : Les frappes russes ne viseraient pas l'EI mais l'opposition à Bachar

S'exprimant peu de temps avant à la même tribune, le président américain Barack Obama s'était dit prêt à coopérer avec la Russie et l'Iran pour mettre fin à la guerre en Syrie. Mais il avait vivement dénoncé le président syrien, traité de « tyran » et accusé de « massacrer des enfants innocents« . Et il avait critiqué le soutien indéfectible de Moscou à Bachar al-Assad.

Barack Obama et Vladimir Poutine devaient avoir lundi en fin d'après-midi leur premier tête-à-tête en deux ans en marge des travaux de l'Assemblée.

Le président iranien Hassan Rohani a aussi pris la parole lundi à la tribune de l'Assemblée.

De son côté, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a confirmé que son pays était prêt à coopérer avec tous les pays, y compris la Russie, pour trouver une solution politique en Syrie.

Mais il a ajouté devant la presse que « dans cette nouvelle Syrie, il ne devrait y avoir aucune place pour Assad ou pour Daech (EI)« .

Cependant, la Russie fait des heureux puisque le chef de file du Hezbollah s'est félicité vendredi dernier du renforcement de la présence militaire russe en Syrie, qui se décide selon lui en raison de l'échec de la coalition formée par les Etats-Unis pour combattre les insurgés et les combattants de l'état dit « islamique ».

« Des armements perfectionnés ainsi que des avions et des hélicoptères ont été déployés dans le cadre de cette initiative destinée à soutenir le président Bachar al Assad« , avait déclaré Hassan Nasrallah, lors d'une longue interview accordée à Al Manar, la chaîne de télévision du mouvement.

Le chef du Hezbollah en avait aussi profité pour confirmer la conclusion d'un cessez-le-feu local dans deux secteurs de Syrie, où le Hezbollah combat aux côté des forces gouvernementales, une trêve de six mois dans la ville rebelle de Zabadani (où les combattants du Hezbollah se battent aux côtés des forces du régimes syrien, le dernier bastion rebelle sur la frontière syro-libanaise, sur lequel ils ont lancé une offensive en juillet), et deux villages chiites du nord-ouest syrien, conclue sous l'égide de l'ONU et, selon lui, après médiation iranienne.

La trêve comprenait « l'évacuation des combattants et des blessés de la ville de Zabadani vers la province d'Idleb (…) en échange de l'évacuation de 10.000 civils des villages de Foua et Kafraya (…) vers des zones contrôlées par le régime syrien« , avait indiqué Hassan Nasrallah à Al-Manar.

A lire : La Turquie risque de s’enfoncer dans le « bourbier syrien » et La Turquie aurait livré des armes à des rebelles en Syrie

Ce n'est pas à Obama et à Hollande de choisir qui dirige – et dirigera – la Syrie

« J'ai le plus grand respect pour mes homologues américain et français mais ils ne sont pas syriens et n'ont donc pas à être impliqués dans le choix des dirigeants d'un autre pays« , a déclaré Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse au siège des Nations unies à New York, après un long entretien avec le président Obama sur la Syrie.

Pour affirmer sa position, Vladimir Poutine a demandé aux sénateurs russes de l'autoriser à recourir à la force militaire à l'étranger, c'est ce qu'a annoncé le Kremlin hier mercredi, tout en gardant le contrôle diplomatiquement et militairement dans ce dossier explosif.

Poutine a donc demandé au Conseil de la Fédération, la chambre haute du Parlement, « l'autorisation de recourir à un contingent des forces armées russes en dehors du territoire de la Russie« , a indiqué le Kremlin dans un communiqué. Les sénateurs doivent examiner sa demande, qui concrètement ne mentionne pas la Syrie.

Une base de coopération

La Syrie monopolise l'Assemblée générale des Nations unies à New York et a été l'objet lundi d'une confrontation entre Vladimir Poutine et Barack Obama, qui se sont entretenus pendant une heure et demie au siège de l'organisation internationale.

Cette rencontre officielle, la première depuis plus de deux entre les deux hommes, a été « constructive et (…) étonnamment ouverte« , a confié M. Poutine lors d'une conférence de presse. « Selon moi, il existe une base de coopération sur nos problèmes communs« , a-t-il dit, en russe.

Il est ensuite revenu sur sa stratégie militaire et diplomatique pour la Syrie. Interrogé sur les récentes frappes menées par la France et l'Australie, M. Poutine a refusé de balayer une telle éventualité par ses forces armées qui renforcent leur présence depuis des semaines dans ce pays. « Nous y réfléchissons. Nous n'excluons rien. Mais si nous devons agir, ce sera uniquement en respectant complètement les normes de droit international« , a déclaré le chef du Kremlin, tentant ainsi de devenir l'atout incontournable de ce conflit.

Pour la « France » : déclarations tout-azimut

Le président François Hollande lors d'une conférence de presse à l'ONU à New-York, le 27 septembre 2015

Le président de la « France », Flamby Hollande, a estimé lundi à l'ONU qu'une transition politique en Syrie passait par le départ de Bachar al-Assad, jugeant que « nul ne peut imaginer une solution politique » avec le président syrien.

« Nous devons tout faire pour qu'une transition politique puisse être trouvée en Syrie, cette transition passe par le départ de Bachar al-Assad. Rien n'a changé« , a-t-il dit lors d'une rencontre avec des journalistes.

Alors que, Xavier Bertrand (Les Républicains) a appelé mardi à « mener une guerre totale contre Daech« , notamment en soutenant les initiatives de la Russie, et sans se poser de questions « existentielles » sur son allié, le président syrien Bachar el-Assad.

« Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est mener une guerre totale contre Daech« , martelé sur France 2 la tête de liste du parti Les Républicains pour les régionales en Nord-Pas-de-Calais/Picardie.

A lire : La Syrie : De l’antiquité au mandat français 1920-1946 (part.4) et La Syrie : De Hafez à Bachar -part 5-1-

« Daech ce sont ceux qui égorgent, ce sont ceux qui décapitent, ce sont ceux qui font d'enfants et de femmes des esclaves, ce sont ceux qui ont armé, financé, endoctriné ceux qui nous ont frappés sur notre territoire, n'attendons pas un nouvel attentat sanglant pour se décider à mener une guerre totale contre eux« , a-t-il argumenté. « Ils mènent une guerre totale contre nous. Ca sera eux ou nous, alors il faut éradiquer Daech et soutenir notamment les initiatives prises par la Russie« .

25 avril 1920 : Le commandement suprême allié place la Syrie et le Liban sous mandat français

Interrogé sur la volonté de la Russie d'agir avec Bachar el-Assad, M. Bertrand a répondu: « C'est un boucher, le boucher de son peuple, mais qu'est-ce que l'on veut ? Je veux un maximum d'efficacité pour nous protéger nous« .

« Mon ennemi numéro un c'est Daech, alors on ne va se poser de questions diplomatiques, existentielles, il faut frapper, il faut taper, il faut exterminer Daech, alors dans ces conditions-là nous n'avons qu'un seul ennemi numéro un« , a-t-il fait valoir.

Lire : Les premières frappes françaises ont tués 30 désignés djihadistes…. Dont 12 enfants…

Fabius_apologie_du_terrorismePour Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française (et accessoirement « Duc de Normandie ») :

« Accepter que Bachar el-Assad joue un rôle dans l'avenir de la Syrie ne ferait que nous exposer à l'échec« .

Monsieur Fabius en 2012 :

https://www.youtube.com/embed/2zQx7rFq-MU

« Assad ne mériterait pas d'être sur la Terre » http://api.dmcloud.net/player/embed/4e7343f894a6f677b10006b4/502e76b3f325e1728d000022/76a05c327072478186494b58d08cc92b?exported=1

« Il (Assad) est le premier responsable du chaos actuel« , a continué le Duc. « Si on dit aux Syriens que l'avenir passe par Assad, c'est s'exposer à un échec » estime-t-il. Il a appelé de ses voeux un front uni des Européens, face aux divergences d'approche qui existent concernant l'avenir d'Assad. Quant à la Russie, il a estimé que ses intentions n'étaient pas encore claires et il a dit son espoir de voir Moscou fournir des éclaircissements dans les jours à venir.

Concernant le Proche-Orient, le Duc a une petite pensée pour ses camarades sionistes en disant que la France allait appuyer une initiative destinée à relancer le processus de paix, car, dit-il, l'état dit « islamique » (EI) risquerait de profiter du statu quo. « Si on attendait sans rien faire, ce serait prendre le risque de laisser Daech (l'Etat dit « islamique ») se saisir de la cause palestinienne« , a dit Laurent Fabius. « La France ne baissera pas les bras. Il y a un double risque d'enlisement et d'embrasement« , a-t-il continué.

Pour Villepin, « il n'y a pas de solution militaire » en Syrie

Image : BFM
(Image : BFMTV/RMC)

« C'est tout le Moyen-Orient qui est en train d'imploser. C'est ça la réalité. Si nous n'agissons pas, les choses ne cesseront pas de s'aggraver« .

Dominique de Villepin a commenté mardi matin, sur l'antenne de BFM TV, les récentes déclarations devant l'ONU relatives à la guerre en Syrie. Pour l'ancien Premier ministre, dont le discours sur la guerre en Irak en 2003 est entré dans l'histoire, « il n'existe pas de solution militaire en Syrie« .

Estimant que « le rôle de la France n'est pas de rentrer dans la énième coalition militaire, de participer à ces frappes« , il juge que la France n'est plus dans son rôle, que son discours est brouillé entre les positions russe et américaine. Pourquoi n'y a-t-il pas de solution militaire ? « Pour une raison très simple : la solution militaire conduit à une radicalisation. Le piège que nous tend Daesh, c'est celui d'une confrontation entre l'Occident et l'Islam et ils prennent en otages les communautés musulmanes. Frapper militairement, c'est accélérer le recrutement et nourrir cette frustration locale« .

Alors que faire, selon lui ? « Il faut descendre des tours de New York pour se confronter à la réalité syrienne. C'est un ensemble de régions et sous-régions qui se battent. La France est sans doute la seule qui peut porter un règlement politique« . Selon lui, trois chantiers prioritaires sont à ouvrir : « D'une part, celui de la sécurisation des frontières. […] parce que le djihadisme de Daesh recrute pour moitié des étrangers. Essayons d'assécher davantage les finances de Daesh. D'autre part, celui de la négociation politique, des négociations ponctuelles, locales. Troisième chantier : la fédéralisation : la Syrie n'a pas d'avenir aujourd'hui« .

Un phénomène médiatique ?

Pour Dominique de Villepin, le terrorisme « islamiste » est également une créature médiatique : « Le principal atout du terrorisme mondial, c'est la caisse de résonance médiatique. C'est comme ça qu'ils recrutent. Nous devons être capables de ruse, d'utiliser des moyens que l'adversaire ignore. On a l'impression que les pouvoirs démocratiques s'adressent en fait à leur opinion publique, en se moquant très largement de ce qui se passe au Moyen-Orient« .

Sources : Afp, Reuters, New Work Times, L'Orient le Jour, BFMTV, RussiaToDay, CBS, Agence Sana