Quand des militants reviennent du Front

D’après Larédac’ à 14h38 le 16 Mars 2014

Le nouveau discours du FN a séduit, ces dernières années, plus d’un Français. Marine Le Pen a su monter une stratégie plus souple afin de rentrer dans le plus de foyer possible surfant sur la vague du « musulman danger » avec comme arme « légale » la laïcité. Mais cette hypocrisie de surface ne tient plus quand il s’agit des différentes fédérations du Parti.

Les militants Thierry et Nadia Portheault font partie des ces gens qui ont suivi les douces paroles de Marine, mais aujourd’hui la désillusion a touché leur patriotisme. Le néo-nazisme, les propos racistes sont encore, selon eux, très présent. Nadia, commerciale, Algérienne d’origine, en a fait les frais en étant insultée et menacée. 

Après avoir rendu leur carte, le couple a choisi de faire savoir, dans un livre paru aux Éditions Grasset, ce qui se trame vraiment au sein de ce Parti, qui malgré ses efforts d’illusionniste, n’arrive pas à contenir ce qu’il est vraiment.

Nous vous présentons un extrait de ce livre :

Les semaines qui suivent, c’est l’enfer. Le changement de bureau a lieu. Julien Leonardelli devient officiellement notre secrétaire départemental et Pierre Taigne un des responsables de la circonscription. Ça lui monte à la tête.

Il n’arrête pas d’appeler les Arabes des « melons », les Noirs des « boucaques », et de nous bassiner avec son grand-père nazi. Son frère, celui qui voulait mettre nos enfants au four, vient même de s’encarter ! 

C’en est trop. J’appelle Julien Leonardelli pour lui dire que je vais rendre ma carte. Il faut cette menace pour qu’il daigne nous voir avec Nadia, dans un café. D’abord, il essaie de relativiser. Je lui raconte que Taigne se revendique de la « branche dure ». Il me répond : « Ça ne me dérange pas. Moi aussi. » Je lui rapporte ses propos nazis, qu’il est maintenant mon responsable, et je lui dis que je ne peux pas travailler sous les ordres d’un néonazi, que ce n’est pas du tout le projet politique de Marine Le Pen…

Leonardelli me dit : « Tu n’as qu’à pas le calculer. Ta responsable, c’est ta femme. Tu n’as qu’à travailler sous ses ordres. » Je lui réponds que ce n’est pas le problème, que je ne peux pas cautionner des gens qui tiennent des propos néonazis ! Et là, il commence à me dire qu’il n’y a pas de preuves, que ça lui passera, qu’il va lui parler, que si un responsable tenait des propos pareils, bien sûr il le virerait, que lui-même a vaguement des origines juives…J’ai un peu l’impression qu’il se fiche de moi.

Il sait bien que je ne mens pas, que Taigne est comme ça, mais il noie le poisson. Les preuves, il suffit d’aller sur les pages Facebook des militants de la fédération pour les trouver ! Guillaume Vives, tête de liste du FN à Aucamville, « aime » et relaie la page « Pour que plus jamais un singe ne soit comparé à Taubira », avec la photo de la ministre à côté de celle d’un bébé guenon. Tout comme Butex, qui pose en chevalier sur sa page. Quant au copain avec qui il croise l’épée et qui est lui aussi responsable de circonscription, il relaie la page « Fuck Islam » (avec un doigt) où il est écrit : « Je b****** l’islam jusqu’à ce qu’il m’aime »… Elle est illustrée par une photo de pelleteuse écrasant dans le sang des musulmans qui prient dans la rue

Est-ce que ça choque vraiment Leonardelli ? Sur sa propre page Facebook, il est fier d’être allé rendre visite au FPÖ, un parti autrichien nostalgique du Troisième Reich ! Sur le moment, je pensais qu’il s’agissait seulement de problèmes liés au FN31. Mais Aliot soutient Leonardelli et son équipe… Bref, je ne comprenais plus. Fallait-il croire le discours officiel du FN ou sa pratique ? Quelques mois plus tard, le FN va exclure Anne-Sophie Leclere, une candidate du Front national aux élections municipales coincée par « Envoyé spécial ».

Elle a comparé Christiane Taubira à un singe et déclaré : « À la limite, je préfère encore la voir dans un arbre après les branches que la voir comme ça au gouvernement. » Pourquoi ne pas mettre à pied ceux qui partagent des statuts Facebook comparant Taubira à un singe ou ceux qui tiennent des propos nazis ? Parce que les dirigeants ne savent pas, ou parce que les médias n’en parlent pas ?

Sur le coup, j’essaie de me persuader que Marine, en pareille circonstance, virerait ceux qui tiennent de tels propos au sein du FN31. J’annonce que je quitte la fédération mais je ne rends pas ma carte du parti, et j’écris un statut Facebook pour m’en expliquer :« Message important à tous mes amis et à ma famille. Je tiens à vous dire que j’ai été un militant FN31 très actif dans la Haute- Garonne car je croyais aux valeurs sociales et patriotiques de ce parti ; cette fédération m’a permis d’ouvrir les yeux je me suis rendu compte au fur et à mesure que beaucoup de gens veulent dédiaboliser le FN mais tout cela est une façade. À force de côtoyer les militants et surtout les responsables FN31, je me suis aperçu que certains avaient des propos néonazis et fascistes (…) Je ne mets pas tout le monde dans le même sac car il y a des militants et responsables qui sont très bien dans la fédération 31 et qui croient aux valeurs que Marine défend, mais tout cela me pousse à quitter cette fédération de la Haute- Garonne. J’adhère à beaucoup de sujets que Marine défend, mais je ne peux supporter le non-respect des communautés et le racisme. Je suis patriote mais pour moi le patriotisme, c’est un peuple qui aime sa nation quelle que soit l’origine ou la religion. »

Quand j’y repense maintenant, c’était drôlement naïf. Parce que même avec les militants les plus « normaux », ça coinçait. Par exemple avec Léonore, une responsable du FNJ de Toulouse. Elle n’est pas du tout de la branche dure. Pourtant, on s’est accrochés un jour parce que j’avais posté une photo du parrain de mon fils sur Facebook.

J’étais fier de montrer qu’il était noir et musulman. Mais Léonore ça l’énervait, surtout quand on s’est mis à parler du baptême. Quand on lui a dit que le curé avait été assez sympa pour accepter notre parrain, elle s’est fâchée : « C’est n’importe quoi. Un musulman, c’est interdit par l’Église. » Nadia lui a répondu qu’elle faisait ce qu’elle voulait, en gros que ça ne la regardait pas.

Source : Atlantico.fr, extrait du livre « Revenus du Front » de Nadia et Thierry Portheault, aux éditions Grasset