Que retenir de l’entretien d’Assad sur France2 ?

Si vous n’avez pas été au courant, Bachar al-Assad a accordé à France 2 une interview diffusée hier soir dans le journal de 20 heures. Après quatre ans d’une guerre civile sanglante dans son pays, le leader syrien a de nouveau pointé du doigt les « terroristes » et leurs soutiens « occidentaux« . Plus étonnant, il a évoqué des « contacts » entre ses services secrets et ceux de la France. Voici ce qu’il faut retenir de cet entretien.

Infréquentable, mais incontournable nous dit-on ? Interviewé par France 2 depuis Damas, le président syrien Bachar al-Assad, s’est défendu d’avoir eu une quelconque part de responsabilité dans le bain de sang qui a déjà coûté la vie à plus de 220.000 personnes.

La guerre en Syrie avait été précédée par des manifestations pacifiques pour des réformes politiques, qui avaient été matées dans le sang par le pouvoir en place, mais le leader syrien a préféré se concentrer sur (et par cela faire oublier) la piste de « terroristes » soutenus par l’Occident. Excuse bien pratique pour éviter toute responsabilité.

Quatre ans de conflit, toujours au pouvoir

« Dès les premières semaines du conflit, des terroristes se sont infiltrés en Syrie, avec l’appui d’Etats occidentaux et régionaux« , a-t-il accusé. « Ils ont commencé à attaquer les civils et détruire des propriétés publiques et privées. Notre rôle, en tant que gouvernement, est de défendre notre société et nos citoyens« , a ajouté Bachar al-Assad.

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Preuve, à ses yeux, de sa bonne foi, le président syrien est ensuite revenu sur le fait qu’il tient toujours, aujourd’hui, les rênes de son pays. « Comment un gouvernement ou un président, qui a agi de façon brutale envers sa population, tué ses concitoyens, et affronté les pays et les forces politiques les plus puissants du monde bénéficiant des pétrodollars des pays du Golfe, comment aurait-il pu résister pendant quatre ans ?« , a-t-il demandé, pour se justifier.

Il y a eu des contacts avec les services de renseignement français

Des contacts entre services de renseignement français et syrien existent en dépit de la rupture des relations diplomatiques bilatérales. (cela est aussi due à l’histoire : Audio : De l’antiquité au mandat français 1920-1946 (part.3 et 4)

A lire : La Syrie : De l’antiquité au Mandat Français 1920-1946 (part.3) et La Syrie : De l’antiquité au mandat français 1920-1946 (part.4)

Si, au cours de son entretien, Bachar Al-Assad a réitéré les justifications qu’il met en avant depuis le début de la crise syrienne, celui que d’aucuns décrivent comme un dictateur, voire « un boucher« , a fait quelques révélations étonnantes. Et elles concernent directement la France.

Ainsi, le leader syrien a affirmé que des contacts ont lieu entre les services de renseignement français et syriens. Le tout en dépit de la rupture des relations diplomatiques bilatérales depuis 2012. « Il y a des contacts mais il n’y a pas de coopération« , a-t-il toutefois affirmé. « Nous avons rencontré certains responsables de vos services de renseignement mais il n’y pas de coopération » ni d’échanges d’informations, a-t-il ajouté sans les identifier.

Toujours selon sa version des faits, des responsables français « sont venus en Syrie mais nous ne sommes pas allés en France. Ils sont peut-être venus pour échanger des informations mais quand vous voulez avoir ce type de collaboration, il faut de la bonne volonté des deux côtés« , a poursuivi Mr Assad, laissant ainsi croire que lui l’est mais pas la France. Dans la même veine, Bachar al-Assad affirme n’avoir « rien à demander aux services de renseignements français« .

Interrogés sur l’existence de ces contacts bilatéraux, le ministère français des Affaires étrangères et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, service de renseignement français) se sont bien sûr refusés à tout commentaire.

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Fin 2013, des diplomates avaient déjà affirmé que des ambassadeurs et des membres des services de renseignement européens avaient repris discrètement le chemin de Damas pour prendre contact avec des responsables syriens. Un de ces diplomates avait indiqué à l’époque que la France avait envoyé deux de ses agents rencontrer en Syrie le général Ali Mamlouk, chef des services secrets syriens pour lui demander s’il était prêt à reprendre les anciennes relations entre les services. Le responsable syrien avait répondu que Damas était prêt à reprendre une coopération sous condition que l’ambassade de France soit rouverte dans le pays.

Paris, comme Londres, a fermé en mars 2012 son ambassade à Damas afin de protester contre la répression du régime. Depuis deux ans, la France fait l’objet de pressions syriennes et de certains hommes politiques français pour restaurer les relations diplomatiques bilatérales, mais le président François Hollande s’y refuse jusqu’à présent officiellement et de manière catégorique.

Renouer le dialogue ? Sans l’avoir rompue…

La question avait fait grand bruit lorque ces quatre parlementaires français s’étaient rendus à Damas avant, pour trois d’entre eux, de rencontrer le chef d’Etat syrien : Faut-il reprendre le dialogue avec Bachar al-Assad ? A cette question, le président syrien se dit ouvert, mais à certaines conditions. « Nous sommes toujours intéressés au dialogue avec quiconque« , a-t-il assuré.

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« Mais comment peut-on établir un dialogue avec un régime qui soutient le terrorisme dans notre pays?« , questionne Bachar al-Assad, qualifiant à nouveau les opposants à son régime de « terroristes« .

« Ce sont eux qui se sont trompés avec la Syrie« , a-t-il encore attaqué. « Nous n’avons tué aucun Français ni aucun Européen. Nous n’avons pas aidé les terroristes dans votre pays, nous n’avons pas aidé ceux qui ont attaqué Charlie-Hebdo. C’est vous qui avez aidé les terroristes« . Mr Assad profite et ce sans en posotion de force.

Assad dit avoir « invité » le Hezbollah, mais pas les Iraniens

Le président Bachar al-Assad a affirmé avoir « invité » dans son pays le mouvement « chiite » libanais Hezbollah, mais démenti que des troupes iraniennes combattaient sur le sol syrien, lors d’un entretien à la chaîne télévisée France 2 diffusé lundi.

Interrogé sur le soutien stratégique de l’Iran et du Hezbollah dans le conflit en Syrie en proie à une rébellion armée et à des insurgés – désignés de « djihadistes »-, Bachar al-Assad répond que « nul pays n’a le droit d’intervenir sans y être invité. Nous avons invité Hezbollah, mais pas les Iraniens. Il n’y a pas de troupes iraniennes en Syrie et ils n’ont envoyé aucune force« .

« Des commandants et des officiers vont et viennent entre les deux pays conformément à la coopération existant entre nous depuis bien longtemps. C’est différent que de participer aux combats« , a ajouté Bachar al-Assad, en évoquant l’Iran, principal allié régional du régime de Damas.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite de la République islamique, combattent aux côtés du Hezbollah et de l’armée syrienne notamment dans le sud du pays.

Interrogé sur la coalition internationale menée par les Etats-Unis, qui opère des frappes contre le groupe Etat islamique, le président syrien estime que les pays composant cette coalition ne sont « pas sérieux jusqu’à présent » et « n’aident personne dans cette région« .

« Si vous comparez le nombre de frappes aériennes effectuées par les forces de la coalition composée de 60 Etats à celles que nous avons effectuées, nous petit Etat, vous constaterez que nous bombardons parfois dix fois plus que la coalition en une journée« , a-t-il argumenté.

Le président syrien a en outre démenti l’usage par l’armée de gaz de chlore en mars contre des secteurs rebelles de la province d’Idleb (nord-ouest), après des accusations de l’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW).

« Non, c’est un autre faux récit donné par des gouvernements occidentaux« , a répondu Bachar al-Assad.

« Nous n’avons pas utilisé le chlore, et nous n’en avons pas besoin. Nous avons nos armements classiques, et nous pouvons atteindre nos objectifs sans y avoir recours« .

A une question portant sur sa responsabilité dans l’émergence de l’état dit « islamique » (EI), le président syrien a souligné que l’EI a « été créé en Irak en 2006 sous la supervision des Américains« . « Je ne suis pas en Irak. Je n’y ai jamais été. Je ne contrôlais pas l’Irak. C’était les Américains qui contrôlaient l’Irak. L’EI est venu d’Irak en Syrie, car le chaos est contagieux« , a-t-il ajouté.

Voilà en clair, vous l’aurez compris, il a rien fait, c’est une victime de l’Occident et c’est de la faute des autres !

Source : avec Afp, France 2, Agence Sana, Reuters, OSDH, HRW