Québec : Manifestation pour dire non à la charte des valeurs québécoises

D’après Hamzatou à 13h22 le 15 Septembre 2013

La France a fait de la laïcité un produit exportable, mais heureusement dans certains endroits le peuple est plus regardant sur ce qu’on lui sort comme ânerie pour cacher les vrais problèmes (au moins ils n’auront pas l’Allemagne qui se moquera d’eux). Le Canada est touché aussi par l’islamophobie et l’apparition d’une charte laïque appelée au Québec « charte des valeurs québécoises ».

A contrario de notre pays, beaucoup de monde s’offusque de cette charte pas seulement la communauté musulmane mais des personnes lambda, des intellectuels, des journalistes, des chrétiens, des juifs, des athées etc.. Beaucoup ne sont pas d’accord et dénoncent la stigmatisation et l’isolement que produirait cette « charte de la honte ».

C’est dans ce climat tendu que 9000 manifestants ont envahi les rues de Montréal hier pour clamer haut et fort leur opposition au projet de charte des valeurs québécoises.

Malgré l’ambiance familiale qui régnait, la frustration envers le projet du gouvernement québécois était palpable pendant la marche organisée par le Collectif québécois contre l’islamophobie.

«Ça m’insulte beaucoup. Je ne sais pas ce que cherche Mme Marois, mais si la charte est acceptée, je quitte le pays», raconte Alouache Fatiha, une femme qui se dit fière musulmane.

«Ma devise, c’est touche pas à mon voile. […] Arrêtez de dire que je suis soumise à mon mari. Mes deux filles ont décidé de porter le voile après que leur père soit décédé», ajoute-t-elle.

Adil Chakaoui, l’un des organisateurs de la manifestation, s’est aussi insurgé contre ce qu’il qualifie de «charte de la honte».

«C’est impensable qu’une première ministre minoritaire veuille faire des modifications à la Charte des droits et libertés», affirme celui qui a l’intention de contester le projet devant les tribunaux.

De tous horizons

Les organisateurs soutiennent que 50 000 personnes ont répondu à son appel.

Si la majorité des participants étaient de confession musulmane, des membres des communautés juive, sikhe et chrétienne, ainsi que des gens se disant athées ont aussi pris part à la marche.

«C’est une loi qui affectera les femmes. Mais les femmes et les hommes sont censés être égaux», soutient Patricia Maclean, résidente de Rawdon qui dit n’avoir aucune affiliation religieuse.

«Il y a des problèmes d’infrastructures, des problèmes de corruption et on parle juste de la charte», déplore Scott Gauthier, une croix au cou.

D’autres organisations ont aussi manifesté leur soutien à la cause, dont Solidarité sans frontières, le Conseil musulman de Montréal et le Centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal.

«La charte est pleine de xénophobie et d’islamophobie. On veut bien être laïc. On peut commencer par enlever le crucifix à l’Assemblée nationale et retirer les subventions à l’Église», ont scandé deux représentants de la Ligue de justice reproductive.

Se défendant de vouloir provoquer, Denis Pesant a plutôt profité de l’occasion pour manifester son appui à la charte en arborant ce slogan: «La religion abrutit l’être humain».

«On est sorti de ça au Québec, on ne veut pas retourner là-dedans», soutient-il.

Organisation controversée

Adil Charkaoui a affirmé que les organisateurs de la manifestation avaient été victimes d’une campagne de salissage de la part de certains médias.

On a en effet rappelé qu’il a déjà été emprisonné en vertu d’un certificat de sécurité, révoqué depuis. L’imam Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal et autre organisateur de l’événement, a aussi suscité la controverse en 2004 en demandant l’instauration d’une cour islamique fondée sur la charia.

«Ils ont tiré sur les messagers. Ils n’ont pas voulu discuter les idées, alors que j’ai été blanchi devant la Cour suprême», s’est défendu M. Charkaoui.

Aucun incident fâcheux n’a été répertorié lors de la manifestation.

Source : LejournaldeMontréal