Raids sur Sanaa, le gouvernement en exil rentre à Aden, Une église incendiée

La coalition arabe opérant au Yémen sous commandement saoudien a mené mercredi d'intenses raids aériens sur la capitale Sanaa, alors qu'au moins 20 rebelles ont été tués dans des affrontements dans le centre du pays, selon des témoins et des sources militaires.

La base aérienne d'Al-Dailami jouxtant l'aéroport international de Sanaa et le QG du chef d'état-major dans le centre-ville ont été visés dans la matinée par des avions de combat, ont rapporté des témoins.

Résumé du 10 au 14 septembre 2015 :

La coalition « arabe » avance pour prendre position sur al Jawf et de Saada. D'après certaines sources : « Al-Qaïda dans la péninsule arabique » et l'état dit « islamique » continueraient à asseoir leur contrôle sur des parties importantes du territoire yéménite et de recrutés de nouveaux « adhèrents ».

  1. Le 10 septembre ; les forces de la coalition dirigées par l'Arabie Saoudite a lancé une nouvelle opération pour sécuriser Marib tout en commençant à préparer des opérations dans al Jawf et de Saada. Des sources locales ont également signalé que plusieurs véhicules blindés émiratis ont été transférés à partir Hadramawt à Marib, signalant un nouveau changement dans la stratégie (nouvel intérêt de la coalition pour Marib- al Jawf et de Saada).
  2. Le 13 septembre ; les forces de la coalition ont tenté d'améliorer la sécurité du gouvernement de Hadi à Aden en déployant des troupes supplémentaires. Selon les rapports, un nouveau plan de sécurité pour la ville sera mis en œuvre dans les prochains jours. Séparément, Des forces de la coalition ont transporté plusieurs véhicules militaires et des troupes entre l'Arabie saoudite et la région d'Al Rayyan le long de la frontière Marib-al Jawf.
  3. Le gouvernement de Abdu Rabbu Mansour Hadi a déclaré qu'il ne négocierait pas avec les Houthis. Les forces saoudiennes ont continué leur tentatives pour établir une « paix », par une solution occidentale qui a fait « ses preuves » en Irak : par une série de frappes aériennes.
  4. Le 14 septembre; des avions de combat saoudiens ont pilonné les bâtiments résidentiels dans le district de Dhoran Anas dans la province centrale de Dhamar, tuant 15 personnes et en blessant une douzaine.

Les frappes continuent …

Dans la nuit, des frappes ont visé le commandement des forces spéciales et des positions tenues par les rebelles chiites Houthis et leurs alliés –des militaires restés fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh– dans le sud et le nord de Sanaa, marquant une reprise des raids sur la capitale après une pause de deux jours, ont ajouté les mêmes sources.

Ces frappes sont intervenues au moment où des forces pro-gouvernementales yéménites et des troupes de la coalition arabe poursuivaient leurs opérations au sol dans la province voisine de Marib en bombardant les positions rebelles dans leur tentative de progresser vers Sanaa, selon des sources militaires.

En outre, au moins 20 rebelles ont été tués et des dizaines blessés dans des combats avec les forces loyalistes à Mekyras, localité de la province de Baida (centre), a indiqué à l'AFP le général Saleh Mohamed al-Juaimalani.

Il a ajouté que ses hommes avaient reconquis une position stratégique dans cette région, située aux confins de la province d'Abyane, reprise cet été aux rebelles en même temps que quatre autres provinces, dont Aden, dans le sud du pays.

L'Arabie saoudite a pris la tête en mars d'une coalition « arabe » pour empêcher les rebelles de prendre le contrôle de tout le Yémen, son voisin du sud. La « menace iranienne » a été invoquée par les monarchies sunnites du Golfe. Outre l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis sont très impliqués dans les opérations.

La guerre au Yémen a fait près de 5.000 morts et quelque 25.000 blessés depuis le début de l'intervention de la coalition arabe, selon l'ONU.

Sur le plan diplomatique, le président Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil en Arabie saoudite, s'est entretenu mardi soir à Ryad avec le médiateur de l'ONU pour le Yémen Ismaïl Ould Cheikh Ahmed qui a repris ses consultations pour relancer les pourparlers de paix.

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Selon l'agence officielle Saba, M. Hadi a répété ses conditions pour la tenue de tels pourparlers, exigeant au préalable la mise en oeuvre par les rebelles de la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l'ONU qui les somme de se retirer des territoires conquis depuis 2014.

Pour M. Hadi, qui a reçu mardi séparément les ambassadeurs des Etats-Unis, de France et de Russie, il revient à la communauté internationale d' »exercer des pressions » sur les rebelles pour qu'ils acceptent la résolution 2216 et « commencent à la mettre en oeuvre sans aucune condition« .

Le gouvernement en exil retourne à Aden

« Le gouvernement a transféré ses bureaux de Ryad à Aden« , a déclaré Rajah Badi après l'arrivée dans la cité portuaire du Premier ministre Khaled Bahah et de sept de ses ministres.

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Depuis Aden, le gouvernement de M. Bahah doit s'atteler à gérer les affaires du pays, y compris « le renforcement de la résistance populaire à Taëz (sud-ouest)« , la troisième ville du Yémen, contrôlée en partie par les rebelles chiites Houthis, a ajouté M. Badi.

Le gouvernement doit aussi organiser l'aide aux populations affectées par la guerre et l'intégration dans l'armée et la police « des combattants de la résistance populaire« , a indiqué pour sa part le ministre de l'Administration locale, Abderraqib Fatah.

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« Parmi les priorités du gouvernement figurent aussi la restauration et la remise en état des établissements publics« , dont les locaux et les services ont été profondément perturbés depuis le début du conflit.

Aucune indication n'a été fournie sur un retour du président Abd Rabbo Mansour Hadi qui s'était exilé en Arabie saoudite sous la pression des rebelles pro-iraniens qui avançaient alors dans le sud après avoir pris le contrôle de la capitale Sanaa et de vastes territoires du pays.

Une église incendiée par des inconnus cagoulés à Aden

Une église catholique a été incendiée par des inconnus cagoulés mercredi à Aden, la grande ville du sud du Yémen. EPA - MAXPPP

L'église Saint-Joseph, située à Crater, l'un des principaux quartiers de la ville portuaire, était en flamme dans la matinée après avoir été saccagée la veille.

Un responsable des services de sécurité a dit que « l'attaque pourrait être l'oeuvre (de combattants désigné de « djihadistes ») d'Al-Qaïda« , fortement présents dans le sud du Yémen. L'église Saint Joseph, située à Crater, l'un des principaux quartiers de la ville portuaire, était en flamme dans la matinée après avoir été saccagée la veille, ont indiqué deux témoins, ajoutant que la croix surmontant l'édifice a été détruite mardi.

« L'église est en flamme« , a déclaré à l'AFP un habitant de Crater, Moetaz al-Maysour, ajoutant que « des hommes cagoulés ont mis le feu » au lieu de culte. Un autre habitant, Issa Mayhoub, a indiqué « avoir été surpris par l'incendie dans l'église Saint Joseph« , provoqué, selon lui, par des hommes cagoulés.

L'insécurité règne toujours à Aden, deux mois après sa reconquête par les forces progouvernementales yéménites qui combattent des rebelles chiites pro-iraniens. Des éléments d'Al-Qaëda ont été vus dans la ville au mois d'août.

L'attaque contre l'église coïncide avec l'arrivée des sept membres du gouvernement yéménite en exil, mercredi à Aden.

La pratique des religions autres que l'Islam n'a cessé de reculer depuis l'unification du Yémen en 1990. Le sort des quelques milliers de chrétiens a été totalement occulté, tellement les tensions sont vives entre musulmans sunnites et chiites, qui composent 99% de la population.

Les chrétiens sont des étrangers, réfugiés ou résidents temporaires pour la plupart, qui adoptent un profil bas par crainte notamment de groupes djihadistes. Aden était jusqu'en 1967 une cité-Etat administrée par les Britanniques et comptait des dizaines d'églises, de temples et de synagogues. Il n'y a plus que quelques églises aujourd'hui au Yémen.

Sources : Afp, Agence Saba, Arab News Networks, Agence Spa, L'orient le Jour…