RCA : Le chaos s’installe et la population musulmane fuit comme elle peut vers le Tchad

D’après Larédac’ à 09h25 le 17 Janvier 2014

L’actu se concentre surtout sur la Syrie ou la Palestine deux peuples traumatisés par les exactions des autres. Mais il ne faut pas oublier tous ces autres peuples meurtris par l’horreur quotidienne comme c’est encore le cas en Centrafrique. Les tensions inter religieuses en RCA ne sont pas descendu loin de là, la poudrière peut exploser à tout moment. Des civils musulmans tués, terrifiés, parfois mangé ! Il nous semblait nécessaire de faire un petit rappel des dernières « nouvelles ».

Des actes de cannibalisme ont été recensés ! L’atrocité que vit le peuple musulman de la RCA a touché son paroxysme d’acte inhumain. En effet, ces actes de cannibalisme ont été commis à Bangui lors de lynchages d’habitants par des groupes de pillards dans des quartiers nord de la capitale centrafricaine, a rapporté l’AFP samedi 11 janvier selon des témoignages sur le terrain. 

« La scène s’est passée devant moi mardi dernier au quartier Modoua. Un sujet musulman se trouvant dans un taxi-bus descendait à Pétévo pour laisser passer un autre passager. Mais, il a été surpris par un groupe de personnes qui l’ont lynché et découpé à la machette« , a déclaré, Jean-Sylvestre Tchya, 35 ans, technicien de surface encore choqué de la vision d’horreur à laquelle il a assisté. 

L’homme poursuit son récit maccabre en ajoutant que « L’un des individus ayant pris possession d’un bras est allé acheter du pain et s’est mis à mordre dans la chair, l’accompagnant de son pain. La scène a fait vomir plusieurs personnes, dont certaines poussaient des cris d’horreur« . 

Un autre témoin, Alain Gbabobou, étudiant, décrit qu’il a vu « un autre individu, âgé, s’est procuré la tête et s’est employé à l’emballer soigneusement, promettant de s’en régaler« . Pendant les violences et pillages des dernières semaines, des lynchages suivis de mutilations des corps, ont été perpétrées dans différents quartiers de Bangui. 

Sur une vidéo (assez choquante donc pour public averti), un homme se faisant appelé Mad Dog se vante même de manger des musulmans ! Cliquez (ici) si vous voulez voir la vidéo.

Dans la nuit de jeudi au moins sept morts ont été découvert. Les musulmans s’empressent de quitter le pays vers le Tchad en s’entassant dans des camions remplis à ras-bord, les chrétiens se réfugient auprès des positions militaires. Le chaos s’installe un peu plus chaque jour.

Au PK-12, ce quartier de la sortie nord de la capitale centrafricaine, où au moins sept personnes ont été tuées dans la nuit de mercredi à jeudi, les chrétiens accusent les musulmans, les musulmans accusent les chrétiens et l’armée française.

Difficile de savoir ce qui s’est exactement passé, tant les témoignages divergent, mais ici, la violence est quotidienne. Et la peur et la colère sont palpables.

Des femmes en pleurs, des enfants terrifiés, tentent de grimper sur un camion qui part vers le Tchad pour évacuer les civils musulmans. Selon l’AFP ce sont des scènes poignantes de civils s’entassant, écrasés par d’énormes ballots, pour un voyage éprouvant vers un pays que la plupart ne connaissent pas.

Le camion, qui sera escorté par des militaires tchadiens, démarre alors même que certains sont encore en train d’essayer de grimper à bord.

Des dizaines d’autres, femmes et enfants, attendent sur le bord de la route le prochain convoi.

Parmi eux, Zeinab Moussa et ses deux enfants, Nafissa et Mahmadou, tous trois blessés à coups de machettes lors d’une attaque dse milices chrétiennes anti-balaka (hostiles au régime de l’ex-président Michel Djotodia) à Boali (90 km au nord de Bangui) il y a une semaine.

Ils ont fui vers Bangui et repartent désormais vers le Tchad. La petite, silencieuse, a le visage et les mains lacérés à coup de machette. Son frère cadet porte une bande de gaze blanche enroulée autour de la tête.

A leurs côtés, Sadou Gambo, une veuve mère de six enfants, attend un convoi depuis cinq jours. « On nous massacre, ici. j’ai trop souffert. Je pars« , confie la femme, qui n’a aucune famille au Tchad.

Un peu plus loin, à la mosquée de Bégoua 3, reposent les corps de trois hommes tués lors des incidents de la soirée. En djellabah blanche, un homme s’effondre en pleurs, à la vue du cadavre de son fils, Jamal.

Les musulmans du quartier accusent les militaires français de l’opération Sangaris d’avoir tué les trois hommes lors d’une opération de fouille, ce que dément l’armée française.

« Sangaris est venue à Bangui pour nous protéger, pas pour nous tuer« , s’indigne le général Mahamat Tahir Zaroga, un responsable du camp RDOT, où sont casernés des combattants Séléka, les ex-rebelles qui avaient renversé en mars 2013 le président français Bozizé et ont régné en maîtres sur le pays pendant 10 mois.

Du côté des habitants chrétiens, autre version. « Les Séléka nous ont attaqués pendant la nuit, comme ils font toujours, toutes les nuits« , assure Zéphyrin, un jeune homme de 30 ans.

Au moins quatre chrétiens ont été tués, dont trois circulant à bord d’un taxi-brousse, selon la Croix-Rouge centrafricaine qui a ramassé les corps.

Terrifiés, des habitants ont alors quitté leurs maisons et sont allés trouver refuge près des forces françaises et centrafricaines stationnées près de la barrière marquant la sortie nord de Bangui.

« Des dizaines d’habitants sont venues se réfugier ici« , indique un militaire centrafricain, qui avoue « avoir du mal à comprendre ce qui s’est exactement passé« .

« C’étaient essentiellement des femmes et des enfants. Les gens ici sont traumatisés« , ajoute Toussaint Kethy, dont la boutique est installée à côté de la barrière.

Jeudi une nouvelle attaque de miliciens chrétien « anti-balaka » a fait une vingtaine de victimes musulmanes dans l’attaque d’un convoi près de Bouar, une ville de Centrafrique qui se situe à 450 km à l’ouest de Bangui et une fois encore essentiellement des femmes et des enfants, ont  rapporté plusieurs témoins à Reuters.

Ces pauvres gens fuyaient Bohong, une localité voisine qui a été attaqué par des miliciens. « Il y avait une vingtaine de corps sans vie répandus çà et là sur la route. Certains ont été tué par balles, d’autres à coups de machette. » a déclaré à Reuters un commerçant qui prenait la direction de Bouar à moto. 

L’ONU exprime son inquiètude et met en garde contre un génocide

Ce même jeudi 16 janvier pendant ce temps-là, l’ONU a évoqué sa peur d’un nouveau génocide en Afrique et mettait en garde la communauté internationale, « Il s’agit d’une situation presque impossible pour les soldats africains et français. Nous devons réfléchir dans des termes très pratiques à la façon d’être efficace pour empêcher les gens de s’entre-tuer quand ils veulent désespérément le faire, envisageant le recours à des psychologues. » a déclaré mercredi Gérard Araud, ambassadeur français aux Nations Unies, lors d’une conférence sur les moyens d’empêcher les génocides, organisée à l’occasion du 20e anniversaire du drame rwandais.

« En Centrafrique, je pense que nous avons peut-être sous-estimé la haine et le ressentiment entre communautés« .

Le chef du bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU, Mr John Ging, a exhorté la communauté internationale à « apporter une aide financière massive pour répondre aux besoins humanitaires criants du pays » et a mis en garde contre un génocide qui pour lui était prévisible, évitable, et elle est, selon lui, le résultat d’une négligence de la part de la communauté internationale. 

Il a ainsi déclaré « Il y a là tous les éléments que nous avons constatés ailleurs, comme au Rwanda et en Bosnie. Les éléments sont en place là-bas pour un génocide (…)« .

Source : AFP, Reuters, RTL.be, Youtube, I&I

Crédit photo : Eric Feferberg, AFP