RCA : L’imam de Bangui s’ est exprimé sur la situation dans son pays

D’après Larédac’ à 10h30 le 08 Janvier 2014

Depuis plusieurs jours, des milliers de Tchadiens attendent leur évacuation de Centrafrique, à l’aéroport de Bangui.

REUTERS/Andreea Campeanu

« En République centrafricaine, ce n’est pas une crise religieuse, c’est politique. Les politiques veulent se cacher derrière cela, faire cet amalgame pour que la religion puisse vraiment endosser cette responsabilité. Mais ce n’est pas une crise religieuse. Et nous condamnons cette tuerie, que cela soit fait par ceux qui se disent musulmans et ceux aussi qui se réclament chrétiens. Le bon musulman tout comme le bon chrétien n’est pas un acteur de tuerie, c’est un acteur de paix. »

Ce sont les mots de Oumar Kobine Lamaya, imam de Bangui, qui préside la Conférence Islamique de Centrafrique. 

En RCA, trois hommes, trois dignitaires religieux, tentent encore d’éviter le pire entre les communautés chrétiennes et musulmanes. Chez les catholiques Monseigneur Nzapalainga, chez les protestants, le pasteur Guerekoyamé-Gbangou, et chez les musulmans, l’imam Omar Kobine Layama.

Oumar Kobine lamaya a reconnu que la déviance meurtrière qui se passe en ce moment dans son pays, est apparue entre les différentes communautés depuis le 10 décembre 2012, lorsque la Séléka a commencé sa marche en Centrafrique.

Interrogé par RFI l’imam a rappelé que ces massacres ne sont en rien religieux mais que ce prétexte servait d’écran de fumée pour les vraies raisons, qui sont pour lui politique.

Il a déclaré que « la séléka se constituait à la fois de chrétiens et de musulmans. Je n’ai pas enregistré d’imams tchadiens et soudanais venus à Bangui. Je ne peux pas être contre Sangari (opération Sangari orchestré par l’ONU) qui est une mission de paix, venue pour rétablir la paix, même s’il y a des petites erreurs sur le terrain…Dans les deux groupes il y a des extrémistes. Quand il y a eu désarmement, il fallait prendre des dispositions pour éviter le pillage, et le lynchage….Après le désarmement, il fallait que les gens puissent être sécurisés« . 

Or, beaucoup de miliciens qui ont été désarmés se sont plaints des forces de sécurité sur place, en effet ces miliciens reprochent aux militaires de la force Sangari (surtout à l’armée française) de les laisser à la merci des anti-balaka une fois que leurs armes leur ont été prises.

L’imam de Bangui accuse François Bozizé d’avoir mis en place cette montée de haine en appelant les rebelles à se lever contre l’islamisation du pays « Le pouvoir en place de François Bozizé a dit que les rebelles voulaient islamiser le pays, instaurer la Charia, et transformer les écoles en Madrassa et qu’il fallait que tous les centrafricains se lèvent pour leur barrer la route et l’esprit est resté. Ensuite, certains éléments non contrôlés de Séléka ont empiré la situation et de ce fait transformer le visage de la rébellion avec le pillage de tous bords et des tueries…Ce qui a eu pour effet d’augmenter la haine de nos frères victimes qui confondaient la Séléka et l’Islam. Or la séléka se composait de musulmans et de chrétiens. Et de tout temps j’ai condamné la profanation des églises et maintenant les mosquées connaissent le même sort.« 

Toutefois une lettre témoignage, qui a été envoyé à Islam&Info, nous apprend le quotidien de ces frères et soeurs vivant dans une terreur quasi quotidienne depuis le début du conflit. Victime à leur tour du cercle tristement sans fin de la « haine attise la haine », ce peuple sans mentionner qui est qui, ce peuple souffrent à cause du zèle meurtrier de chacune des parties. Comment trouver la force de pardonner lorsque vous avez vu votre famille subir les pires horreurs sous vos yeux ? Il n’y a que dans l’amour que vous trouvez la paix mais cela est très dur pour l’Homme après avoir subi de telle atrocité.

« Salam alaikum, en ce moment dans les troubles depuis plusieurs jours.

Mars 2013, la coalition Seleka (plusieurs partis politiques alliés contre l’ancien régime du président Bozizé de l’ethnie gbaya) qui est venue du nord de la Centrafrique et constituée d’ethnies de confession musulmane est entrée dans la capitale et a pris le pouvoir politique.

Leur victoire a été écrasante et leurs enemies ont fui, humiliés, avec l’ancien président, actuellement résidant au Benin. Le président Michel Djotodia islamisé, est mis au pouvoir et nomme des ministres musulmans à ses cotés et son armée présidentielle, les Seleka, sont tous musulmans.

[…]

Jeudi 5 décembre, les antibalaka rentrent à Bangui par les quartiers nord où résident la plupart des contestataires et d’origines gbaya ( gobongo, fouh, boyrabe). Ils attaquent un camp militaire où venaient d’arriver plusieurs seleka formés pour l’insertion dans l’armée nationale… Et là c’est le massacre.

Les jeunes seleka sont pris en traitre, étant désarmés plusieurs centaines d’entre eux sont tués. Des militaires de l’armée tchadienne de la Fomac viennent contrer et mater la rebellion qui sera tuée ou capturée ou fuira.

Ce jour la mosque de fouh sera détruite, le coran profané, les musulmans du quartier fouh tués par machette, leurs maisons detruites, Allah fera grâce à peu d’entre eux d’être sauvés par les interventions de l’armée seleka, comme moi et ceux de ma demeure…. Le conflit devient depuis ce jour religieux et non politique.

Evacué au quartier PK5 (quartier musulmans a 95%) où je demeure depuis, après avoir été pillé de fond en comble, ma bibliotheque détruite. Les antibalaka decident de tuer tout seleka, leur famille, leurs biens et leur religion l’islam. Depuis les mosquées sont attaquées, profanées. Les musulmans qui vivent les quartiers à majorité chrétienne, tués à la machette, ce qui les conduit à s’exoder vers le quartier pk5. Les musulmans réagissent de même, par colère, ils tuent tout chrétien qui entrera dans leur quartier (qui est le quartier commercial). Les prêches des imams feront cesser ces actes dans le pk5. Cependant les chretiens ne cessent ces actes à toute trouvaille de musulmans…les morts sont quotidiennes…

Idriss Derby, président du Tchad, demande à ses ressortissants le retour… aux femmes et enfants…quant aux hommes, qu’ils restent défendre leurs biens.

Les camerounais sont rapatriés dans des vols quotidiens… Le Sénégal, le Mali, le Nigeria rapatrient… Le quartier pk5 se vide de ses biens, de ses femmes, enfants et hommes peureux. 

La guerre sainte est proclamée. Les imams appellent à la defense de nos personnes, de nos familles, de nos biens, de notre quartier et le secours au gouvernement musulman de Michel Djotodia. Le desertement est un kaba-ir, d’où mon refus de quitter le territoire durant la durée de ces événements quoi que soit mon destin… Paix aux freres qui déjà sont partis, ceux blessés, ceux ruinés et ceux eprouvés par la pauvreté. 

Au pk5 chacun est constamment armé, machette, couteau ou autre, à la mosquée comme en commerce ou en toute marche car passible d’éventuelle attaque à tout moment. 

Nombreux sont ceux qui disent que les français sont responsable de ces troubles et doivent quitter le pays. Qu’ils financent les antibalaka et les aident à renverser le pouvoir actuel, ce n’est pas le vrai problème. 

Le musulmman centrafricain en vrai s’est fait du tord en vivant comme le mécréant et la fitna nous ayant atteint est un chatiment pour certains, un rappel à l’ordre pour d’autres et une benediction pour les croyants…

Ce n’est pas en quittant la Centrafrique par peur, fuite ou autre que l’on fuit la mort ou l’épreuve. 

En mon cas, mes freres sachez que où que je sois, l’épreuve m’attend, ce n’est pas en fuyant la rca que je vais trouver la preservation de l’épreuve.

Allah dit dans le coran surat 3, « nous vous éprouverons jusqu’à connaître de vous les …mujahidines…les sabirines… “. A quoi bon donc me demander de quitter les musulmans centrafricains en guerre contre ceux qui ont profané l’islam, le coran, les masjids et tué les musulmans devant mes yeux… et qu’Allah veut les châtier par les mains des musulmans. 

Les gbayas en profanant l’islam coalisent les chrétiens et la guerre devient fratricide, combien de gbayas islamisés, combien de bandas islamisés ou de mandjas islamisés ?

Les antibalaka pénètrent les quartiers des musulmans visant les civils et les mosquées avec des grenades, des armes à feu ou des machettes (= balaka en langue sango). La janaza est quotidienne…

Les antibalaka recrutent dans les provinces et les quartiers. Ils opèrent contre le gouvernement et les civils musulmans. Pendant ce temps, les seleka sont désarmés et cantonnés dans les camps militaires. La force de la fomac ( union des pays de l’Afrique centrale = Cameroun, Congo, Guinée, Gabon, RCA et Tchad) sécurise le pays. Les soldats tchadiens solidaires à leurs freres de la seleka et aux musulmans sont les plus actifs à la protection des musulmans mais les plus attaqués par les antibalaka…

Les attaques sont quotidiennes, les balles perdues, les bombardements touchent tout le monde. Plus question d’aller vers sa famille chrétienne et vice-versa. Chacun a son poste, la haine se manifeste et devient de plus en plus violente. Les imams appellent à l’istighfar, les duhas, la défense en guise de combat dans le sentier d’Allah. 

Mercredi 25 décembre, dans le quartier nord, la fomac tchadienne et les seleka décasernés attaquent une base des antibalaka qui fuiront en vain dans tous les quartiers toute la journée. La ville a été secouée. Les musulmans ont été honorés et victorieux, merci aux armées.

Mais reste la grande base des antibalaka qui recrute et s’arme au quotidien et se prépare à la grande attaque vu leur nombre ils n’auront aucune difficulté à entrer dans le pk5 et faire des horreurs. 

Les musulmans de tous les pays du monde informés par les medias ayant vu le mushaf sous l’urine et leurs pieds, les mosquées détruites, font des duhas pour la RCA, d’autres envoient des subventions. 

La haine est dans les cœurs de tous. Tous les chrétiens haïssent et ne veulent plus de cohabitation avec l’islam. Les Gbayas et les Mandjas sont les plus haineux. Les Yakomas se désavouent de cela et les Banda plus ou moins. Si bien que ce sont les quartiers nord qui sont très dangereux pour les musulmans, quand aux quartiers sud, il n’y a aucun problème. 

Le quartier Sara a récemment déclaré les hostilités et a attaqué la mosquée de Ngouciment. A benzvi gbakonja mustafa yasimanji, il y a quelques hostilités. Le centre ville est sécurisé en dehors de l’événement du 26 décembre durant lequel le palais présidentiel, le camp militaire et l’ambassade tchadienne ont été attaqués. 

Comme moi, des milliers de déplacés intramuraux, d’autres nont pas de toits pour abri, d’autres réfugiés dans la mosquée centrale ou dans les églises et monastères. Les antibalaka s’abritent à Boeing, Boyrabe, Gobongo mélangés à la population ou dans les collines. 

Prisonnier dans le pk5 nous demandons au Tout puissant son secours, que la paix revienne. D’autres veulent l’apartheid du pays après ça. Comment vivre avec nos coreligionnaires. 

Salam alaikum« 

Les victimes d’hier sont les bourreaux d’aujourd’hui aveuglés par la haine, haine amplifiée par un Président déchu nostalgique de son pouvoir.

Source : RFI, Alwihda, I&I