Rohingya/Récit : 50 jours sur un bateau pour fuir les persécutions en Birmanie

D’après Larédac à 19h15 le 30 Décembre 2014

Après sa seconde arrestation, Rafique Ahmad a été arrêté deux fois déjà. La peur au ventre, il craint que la prochaine fois que la police frappera à son domicile du village de Nyaung Chaung dans l’Etat Rakhine en Birmanie, il sera une nouvelle fois envoyé en prison. Pourquoi parce qu’il ose travailler pour le bien être du peuple Rohingya. Mais surtout… Il faut le faire taire, il parle trop !!

Rafique Ahmad est un travailleur humanitaire, il travaille avec des ONG qui viennent en aide à la communauté Rohingya, communauté désespérée et persécutée dans l’Etat de Rakhine en Birmanie. 

Il a également travaillé avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en faisant le lien de l’agence des Nations Unies avec la communauté persécutée. Lorsque son village a été ravagé par la violence l’année dernière, il savait qu’il serait une cible pour la police alors il a décidé de fuir de son village et s’est dirigé vers la Malaisie où il allait essayer de trouver les moyens de faire venir sa femme et ses quatre enfants.

Le gouvernement dominé par les militaires, et influencé par des bouddhistes extrémistes qui rêvent de l’extinction de la communauté des Rohingya, ne veut absolument pas que l’on sache qui est Rafique Ahmad et préfère que les horreurs commises sur ce peuple sans défense reste en Birmanie… Donc que Rafique reste silencieux !!! 

Rafique Ahmad s’est entretenu avec Tom Andrews, ex membre du congrès américain et président de United to End Genocide.

Rencontre avec Rafique Ahmad : par Tom Andrews president de « United to End Genocide » (le 20 décembre 2014)

J’écris ceci de Birmanie après mon arrivée de Malaisie, où je suis allé à la rencontre des familles Rohingya qui ont échappé de justesse à la mort dans leurs villages dans l’ouest de l’État de Rakhine en Birmanie.

J’ai rencontré Rafique et sa famille à Kuala Lumpur il y a quelques jours. Sa femme et trois de ses enfants étaient arrivés en Malaisie la veille, après un pénible voyage de 50 jours sur un bateau transportant près de 500 autres réfugiés, qui ont tout perdu, ils ont aussi passé plusieurs jours dans un camp dans la jungle thaïlandaise où ils étaient détenus par leurs trafiquants. Sa femme a décrit l’enfer de la traversée : « Le bateau était surpeuplé et sale« … « Il y avait peu de nourriture et d’eau« ….

Les trafiquants n’avaient prévu qu’une semaine de vivre et d’eau, pour un voyage de cinquante jours. Il y avait une centaine de femmes et plus de cinquante enfants à bord.

Ils se raccrochaient à l’espoir qu’ils pourraient survivre au voyage et ainsi qu’au grand sentiment de soulagement d’être libre de l’enfer qui était leur vie à Rakhine.

La bonne nouvelle pour Rafique Ahmad, c’est qu’il a été capable de rassembler la somme de 4000 $, dont il avait besoin pour la libération de sa femme et trois de ses enfants, que réclamait les trafiquants et ainsi les amener en Malaisie.

Mais il fut dans l’incapacité de soulever les fonds dont il avait besoin pour la libération de son fils aîné, âgé de 17 ans Faruk. Faruk reste captif dans le camp thaïlandais, tandis que son père travaille désespérément afin d’obtenir les 2000 $ dollars supplémentaires dont il a besoin pour la liberté de son fils.

Rafique Ahmad et sa famille font partie d’un exode de bateau extraordinaire ainsi que l’escalade tout aussi désespérée de la communauté Rohingya de l’Etat de Rakhine en Birmanie. Plus de 100 000 se sont échappés sur les bateaux cette année. On m’a dit que le taux a bondi de 50% par rapport à l’année précédente et que tout porte à croire que le nombre de Rohingya, qui sont prêts à prendre tous les risques plutôt que de rester en Birmanie, continuera de grimper.

Rafiique Ahmad a expliqué que les réfugiés Rohingya sont détenus dans des camps situés dans la jungle thaïlandaise jusqu’à ce qu’ils soient payés l’équivalent de $ 2000 dollars – un somme impensable pour presque chacune de leurs familles. Si leurs familles ne parviennent pas à offrir de l’argent pour leur libération, ils sont vendus à d’autres trafiquants. Certains finissent sur des bateaux de pêche. Certains dans les plantations de caoutchoucs. D’autres sont vendus dans le commerce du sexe.

Les Rohingya 

Il y a peu ou pas de pression à l’intérieur de la Birmanie pour arrêter cette horreur. 

On m’a fait comprendre que défendre les Rohingya était un mauvais coup, une impasse pour un politicien ou un parti politique – y compris la prix « Nobel » de la « paix » Aung San Suu Kyi – qui reste largement silencieuse.

« Pensez-y comme un troisième rail de la politique birmane« , j’ai été informé par un responsable politique, « toucher et vous mourez« . Il n’est pas ici pour la circonscription « Rohingya », c’est le seul problème pour ceux qui se lèvent (afin de les défendre) ou qui parleraient en leur nom.

Donc, il n’y a aucune retenue pour ceux qui préfèrent que les près de 1,3 million de Rohingya prennent la fuite en mer….

Aucune retenue du gouvernement qui pratique la peine de mort pour un nombre incalculable de Rohingya depuis le début de l’année, ou quand il a annoncé que la seule source de soins de santé pour la plupart des Rohingya, comme Médecins sans frontières, ne serait plus autorisée à les traiter.

Tom Andrews

Ne les oublions pas !!!

Source : Reuters, Burma Daily