Rohingya(s) : Minorité musulmane de Birmanie-Partie 2 bis et 3 fin

       

«Ne pense pas qu’Allah ignore les actions des oppresseurs (des injustes). Il leur accordera un délai jusqu’au Jour du Jugement, où leurs yeux se figeront (se fixeront d’horreur)»

(Sourate 14 « Ibrahim / Abraham : verset 42).

D’après Larédac’ à 14h43 le 15 juillet 2013 

Suite à l’avènement, en 1537, de la dynastie Chaghatai (Turcophone  –  plus connue sous l’appellation moghole), l’effet d’unification n’était pas celui auquel on pouvait s’attendre … Au XVIIe siècle, du Bengale à l’Arakan, les régions furent dirigées par des souverains indépendants vis-à-vis de l’autorité centrale moghole de Delhi.

À savoir que les seigneurs Afghans contrôlaient la région de Srihatta (l’actuel Sylhet (au nord-est du Bangladesh), au Bhalwa (au Pakistan actuel) qui étaient sous le pouvoir du Zamindar (1), et s’étendait jusqu’à Noakhali, proche de la région Chittagong (premier port du Bangladesh) … Cette dernière région fut le plus souvent contrôlée et dirigée par les arakanais (Rohingya) ainsi que les Chakma (ou chagma – autre éthnie de Bengladesh et de l’Arakan ). 

Les Sultans laissaient le contrôle du commerce, un monopole absolu du moment en reversant un tribut à cet usage et privilège…

Plusieurs facteurs tant religieux que politique et commerciaux, ainsi que l’espace géographique (tout le bras de mer de la mer du Bengale) constituaient un ensemble cohérent sans précédent dans la région. (2)

(1) Zamindar vient de l’Arabe (zamin : terre). C’était  le fonctionnaire de la collecte des impôts et principalement de celle concernant les terres. Laquelle ne pouvait appartenir qu’à celui qui l’a cultivé mais dès la fin du xviie siècle, lorsque le pouvoir des empereurs décline, les zamindars étendent le leur sur les paysans. Ils rachètent leur charge, qui devient de ce fait héréditaire et, passant outre à la loi, acquièrent des terres.

(2) D’après le voyageur Shaib al-din Talish et son livre « Tarik-I Asham »

De la pénétration du christianisme, avec la colonisation britannique, à ladite indépendance (1948), … l’Arakan s’est vu convoiter par toute sorte de puissance étrangère…

3) Christianisation par voie de commerce

La bulle papale de 1445, édité par le pape Nicolas V garanti à Alphonse V, dit l’Africain (1438-1481), le droit exclusif de navigation au sud du Cap Bojador (3).

Ce droit a été confirmé par le traité civil de Tordesillas conclu entre le Portugal et la Castille en 1494. Dès lors, les souverains portugais, au premier rang desquels Dom Manuel (1495-1521), ont pu s’appuyer sur l’idée de la mare clausum instituée pour eux par le Vatican pour s’arroger le droit de régler seul la navigation. Faisant une intrusion dans les circuits commerciaux de l’océan Indien non comme de nouveaux partenaires mais comme des ayants droit susceptibles d’exiger la soumission aux royaumes. C’est dans cette logique qu’en 1521, la première ambassade de Lisbonne à la cour bengalie de Gaur a expliquée au sultan la capture de l’un de ses navires par sa qualité de « souverain de la mer du monarque portugais », arguant qu’aucun bateau ne saurait naviguer sans qu’il lui ait préalablement attribué un sauf conduit (4).

Voulant s’assurer des monopoles sur le commerce de diverses épices, céréales(5), la laque, la soie voir le matériel de guerre, la couronne portugaise a établi des points de contrôle sur la côte de malabare et cela dès le XVIe siècle– puis l’implantation d’un point aux Maldives, afin de couper ce point de contournement utilisé par les marchands Arabes.

Tout dans la continuité de troisième concile de Latran (1179) qui limitait de façon restrictive les échanges avec les « infidèles », -ce commerce s’accompagnait d’un prosélytisme religieux- appel à la conversion au Catholicisme romain… En plus du commerce, il arrivait aux équipages des navires portugais de s’adonner au pillage, comme cela fut le cas vers 1531 (6).

Les rivalités étaient tant sur le point du prosélytisme religieux (Catholiques – Musulmans) que commerciales, faisant que les conflits prirent le virage de la haine raciale et de l’aversion religieuse… pour les Portugais tous ce qui était de près ou de loin, liée au « Mouros » donc aux « mahométan » devenaient des « juste proies » (7).

Seuls les Royaumes Bouddhiques constituaient des alliés potentiels dans ce conflit et cette traque. 

Le témoignage du moine Sebastiao Manrique (un augustinien qui a consacré 6 ans à la paroisse de Dianga), est explicite sur cette association, qui autorise les Portugais à se payer en nature par la razzia contre les musulmans, qui fut autorisé par le souverain arakanais de Mrauk-U (voir partie 1) et la bénédiction de l’Église catholique.


Portugais sur un éléphant / Namba Art XVIIe siècle

En plus des avantages politiques et économiques, les Portugais ont monétarisé la pratique de la razzia en traite des esclaves, s’ajoutant aux déplacements de populations dues aux violences militaires conduites par les protagonistes.

Ce qui permit au Bouddhisme de se développer et de se consolider dans toute la région arakanaise, sans parvenir à évacuer les musulmans.

Au XVIIe siècle, avec la concurrence entre les Hollandais, les Portugais et la Compagnie anglaise des indes, les enjeux n’ont plus rien de religieux mais purement commerciaux et stratégiques avec l’extension des empires.

Les Hollandais chasseront les Portugais de l’île de Ceylan, en 1656, en s’alliant avec le roi Raja Sinha (1632-1684). Ainsi Ceylan passe d’une gouvernance portugaise à hollandaise…

La période de la fin de XVIIe et début du XIXe siècle, fait place à des troubles avec les divers empires étrangers et les royaumes voisins … la Birmanie et la région d’Arakan en particulier se retrouve tantôt indépendante, tantôt sous gouvernance voire sous occupation partielle…

Suite aux incursions birmanes dans l’Assam (nord est de l’Inde) et à l’attaque sur le Bangale par le général birman Bandoula. La riposte ne se fait guère attendre, avec le débarquement des Anglais près de Rangoon. Après deux ans de guerre, la signature du Traité de Yandabo et la perte des provinces maritimes du pays. Les Anglais prennent le contrôle de l’Arakan et de la côte du Tenasserim (Taninthayi, au sud de la Birmanie et à l’ouest du territoire siamois). 

Le Myanmar renonce à l’Assam et au Manipur, et se voit devoir payer une indemnité et accepter la présence d’un résident britannique à Ava.

Après de multiples grèves, les révoltes et 2 guerres (1852 et 1885). La Birmanie est annexée et devient partie intégrante de l’empire des Indes Britannique. La Birmanie ne retrouvera son indépendance qu’en janvier 1948, avec le rattachement de l’Arakan et en quittant le Commonwealth britannique.

Dans l’Arakan, l’administration britannique instaura une politique de discrimination positive vis-à-vis des musulmans, liberté culturelle et cultuelle, libre entreprise et même syndicale et politique. L’Arakan se trouve dans une relative indépendance (avec une administration indépendante en 1945). Les Rohingya(s) furent un soutien logistique durant la 2e Guerre Mondiale. Soutien qui vaudra les persécutions et le massacre de plusieurs milliers de Rohingya, non seulement des Birmans mais aussi des Japonais…

En 1978, premier grand exode de près de 200 000 Rohingya, qui ont fui pour échapper aux persécutions lancées à l’occasion d’un prérecensement visant à déterminer la nationalité des habitants (8).

En 1982, une loi, toujours en vigueur (malgré la chute de la junte) dépouille la plupart des Rohingya de leur nationalité. Elle stipule que pour être birman, il faut prouver que ses ancêtres ont résidé sur le territoire avant 1824 (première guerre anglo-birmane). La tâche étant impossible, les Rohingyas deviennent, de fait, des apatrides chez eux !!!

Le second exode a eu lieu entre 1991-1992, avec une forte présence militaire qui pratique l’enrôlement pour les travaux forcés, la junte lancera des opérations d’éradication (bombardements, massacres, viols) qui poussent plus de 260 000 Rohingya à fuir leur région natale (8)Le Bangladesh, qui refuse ses réfugiés, les refoule de grè ou de force. Pour empêcher tout rapatriement, la junte birmane érige un mur grillagé, qui s’avère avoir la fonction de couper toute retraite aux Rohingya.

Depuis les affrontements de juin – juillet et octobre 2012, avec les bouddhistes, conduiront près de 90 000 Rohingya à un déracinement, beaucoup tenteront la route pour le Bangladesh où ils seront refoulés. Ces affrontements faisant suite au viol et le meurtre d’une jeune bouddhiste, le 28 mai 2012, qui est à l’origine des affrontements : le crime est en effet attribué aux Rohingya, le 19 juin deux d’entre eux seront condamnés à mort, suivie du suicide d’un troisième.

C’est lors de ses événements que le « moine » Wirathu s’est distingué avec son groupe 969 : chiffres qui par son entremise terrorise les Rohingya (voir annexe plus bas).

(3) Bulle papale Romanus Pontifex du 8 janvier 1455 (Luis Filipe F. R. Thomaz, “Portuguese Control over the Arabian Sea and the Bay of Bengal: A comparative Study”, in Denys Lombard, Om Prakash (eds),

(4) Document cite in Genevieve Bouchon et Luis Filipe Thomaz, Voyage dans les deltas du Gange et de l’Irraouaddy – Relation portugaise anonyme (1521), traduit du cartazes (ancienne langue portugaise)

(5) le poivre, la muscade, le girofle, le gingembre, la cannelle …. Le  maïs …

(6) J. J. Campus «  the Rise of Portuguese Power in India 1497-1550 »  edition Auguste M Kelley -1969

(7) Jadunath N. Sarkar “History of Bengal”, Dhaka University – vol 2 -1948

(8) Nicholas Van Hear « New Diasporas, the mass Exods…..” Taylor & Francis, 1998
Parlement Européen – Commissions : Sous-commission « Droits de l’homme » Séance plénière [13-06-2013 – 16:54] https://docs.google.com/file/d/0BwuT8oxjfJDyZHR5M2M3UmRDRjA/edit

En ce moi de Ramadan, les Rohingya (tout comme les Ouigours en Chine) subissent des persécutions et pressions en tout genre…

Ci-contre la couverture d’un DVD ‘969’ vendu en Birmanie. À droite, le moine Wirathu, leader du mouvement. Image : MMedia

Le mouvement 969, qui renvoie à la tradition du Bouddha et les 24 attributs des trois joyaux du bouddhisme (9 du Bouddha, 6 du Dharma et 9 de la Sangha), et à son leader le plus en vu, le tristement célèbre moine Wirathu (a). Dans ces prêches remplient d’idéologie xénophobe sont diffusés sur diverréseaux sociaux et outils vidéo via internet (FacebookYouTube …) et aussi en DVD, il n’y a rien de l’enseignement de Siddhārtha Gautama- Bouddha si ce n’est dans une perverse interprétation racialiste et pseudo-religieuse

Il ne cache en aucun cas son arrestation et sa condamnation, en l’en fait même une fierté, en effet, en 2003, il est condamné à vingt-cinq ans de prison pour incitation à la haine envers les musulmans (peine dont il ne fera que sept ans, ayant été libéré en 2011 à la faveur des amnisties de prisonniers politiques décidées par le nouveau gouvernement civil). Sa logique d’exclusion va jusqu’à réclamer la déportation des Rohingya hors de Birmanie, partant du principe infondé que les Rohingya sont des étrangers, des clandestins. En octobre 2012, il avait organisé les manifestations visant à empêcher l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) d’ouvrir un bureau de représentation à Rangoun.

(a) Agé de 45 ans, le « vénérable » Wirathu est moine bouddhiste à Masoeyein, monastère parmi les plus influents de Mandalay. Il s’est notamment fait connaître à travers la campagne « 969 », d’inspiration nationaliste et à qui il est fait le reproche de favoriser la diffusion de sentiments hostiles aux musulmans et à l’islam au sein de la majorité bouddhiste de la population. Lors des troubles en Arakan, l’an dernier, il avait pris la tête des moines ».

(b) Il est plus un propagandiste hystérique que moine ! Tout le discours contenu va à l’encontre totale de l’enseignement de Siddhārtha Gautama ; en terme technique cela fait de cet individu un hérétique apostat.

Mots-clés : DrMansour, Histoire, Rohingya