Saad Ibn Abou Waqas : l’archer du Prophète صلى الله عليه و سلم

D’après Abdoullah Ibn Adam à 21h10 le 16 Septembre 2013

Les nouvelles du front perse arrivent très mauvaises à Médine. Les Perses ont exterminé dans la bataille d’Al-Jisr 4000 combattants en un seul jour et les Irakiens ont violé leur pacte. Le khalife Oumar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) décide d’aller lui-même au front pour diriger les armées musulmanes dans une bataille décisive contre les païens de Perse. Il délègue ses pouvoirs à Ali ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée) et prend le chemin à la tête d’un groupe de Compagnons. 

Mais, à la sortie de Médine, des compagnons donnent un autre avis. Ils disent à Oumar (qu’Allah l’agrée) de désigner un autre compagnon pour cette mission. La raison avancée est que l’émir des croyants ne doit pas s’exposer au danger en cette période cruciale pour l’Islam.

Alors, Oumar (qu’Allah l’agrée) convoque sur place une réunion pour la concertation. Ali ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée) regagne le groupe, ainsi que des notables de Médine. Par la suite, tous adoptent l’avis proposé. Oumar (qu’Allah l’agrée) accepte de rester à Médine puis dit: «Qui allons-nous envoyer en Irak?» Abderrahman ibn Awf (qu’Allah l’agrée) propose alors Saâd ibn Abou Waqas (qu’Allah l’agrée).

Après que le conseil a appuyé cet avis, l’Emir des croyants convoque Saâd (qu’Allah l’agrée) et le nomme commandant de l’armée.

Qui est donc ce nouveau chef de l’armée du front perse? C’est Saâd ibn Malek az-Zuhry, qu’on appelle aussi Saâd ibn Abou Waqas (qu’Allah l’agrée). 

Son grand-père est Ouhayb ibn Manaf, l’oncle paternel de Amina, la mère du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). 

Il a embrassé l’Islam à l’âge de 17 ans. «A une certaine époque, j’étais l’un des trois premiers qui ont embrassé l’Islam, disait-il.»

En effet, dès les premiers jours de l’Islam, Saâd (qu’Allah l’agrée) se convertit et prête allégeance au Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui). Les livres d’histoire et de biographie nous disent qu’il a embrassé l’Islam par l’intermédiaire d’Abou Bakr (qu’Allah l’agrée). 

Peut-être qu’il a déclaré sa conversion le jour où Othman ibn Affan (qu’Allah l’agrée), Az-Zoubayr ibn al-Awwam (qu’Allah l’agrée), Abdourrahman ibn Awf (qu’Allah l’agrée) et Talha ibn Obaydallah (qu’Allah l’agrée) ont fait la même déclaration. Cependant, cela n’empêche pas qu’il s’est converti clandestinement avant cette date.

Saâd ibn Abou Waqas (qu’Allah l’agrée) a certes de nombreux titres de gloire, mais il n’aime en citer que deux. Il est le premier tireur de flèches pour la cause de Dieu et le seul musulman à qui le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a dit: «Tire, Saâd. Que soient sacrifiés pour toi mon père et ma mère!»

Ali ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée) témoigne: «Je n’ai jamais entendu le Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dire cela à quelqu’un, sauf à Saâd. Je l’ai entendu dire, lors de la bataille d’Ouhoud: «Tire, Saâd. Que soient sacrifiés pour toi mon père et ma mère!»

En outre, Saâd (qu’Allah l’agrée) possède deux armes efficaces: Son tir précis et son invocation. Sa flèche ne rate jamais un ennemi dans les batailles et son invocation est toujours exaucée par Dieu. Ses compagnons expliquent cela par l’invocation du Messager (paix et bénédiction d’Allah sur lui) en sa faveur: «Ô Dieu! Oriente bien son tir et exauce son invocation.»

A propos de l’invocation exaucée, voici le témoignage de Amir ibn Saâd (qu’Allah l’agrée): Saâd a vu un homme en train d’insulter Ali, Talha et Az-Zoubayr, il lui a dit d’arrêter mais l’homme a continué dans ses insultes. Saâd lui a alors dit: «Dans ce cas, je vais invoquer (Dieu) contre toi!» L’autre dit: «Je vois que tu me menaces, comme si tu étais un prophète!»

Saâd se retire, fait des ablutions, puis fait une prière de deux rakâs. Après quoi, il lève les deux mains au ciel et dit: «Ô Dieu! Si tu sais que cet homme a insulté des gens qui ont eu de toi la splendeur et que ses insultes contre eux te mécontentent, alors fais de lui une leçon.»

Quelques temps après, une chamelle réussit à s’enfuir de son enclos, dans une course folle, sans que personne ne puisse la rattraper. Elle pénètre dans la foule, comme si elle cherche quelque chose. Puis elle trouve l’homme. Elle le met entre ses pattes et se met à l’étouffer de son poids jusqu’à le tuer.

Par ailleurs, Saâd (qu’Allah l’agrée) réussit à devenir riche, sans être avare. De sa fortune licite, il sait très bien donner en vue de Dieu, dépenser pour la cause de Dieu.

Lors du Pèlerinage d’adieu, il tombe malade. Recevant la visite du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il lui dit: «Ô Messager de Dieu, j’ai une fortune et je n’ai pour héritier qu’une fille. Est-ce que je donne en aumônes les deux tiers de ma fortune? 

– Non, dit le Prophète.

– Alors, la moitié? 

– Non. 

– Donc, le tiers? 

– Oui, dit le Prophète, et le tiers c’est beaucoup. Si tu laisses tes héritiers riches, cela vaut mieux que de les laisser dépendants des gens…»

Après cela, Saâd (qu’Allah l’agrée) aura des fils.

Saâd (qu’Allah l’agrée) est aussi un croyant qui se distingue par la crainte de Dieu. Quand il écoute le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) prêcher, il ne peut maîtriser ses larmes. Il est également un homme aux actions pieuses. Un jour, le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à ses Compagnons, tous assis: «Maintenant va venir un homme faisant partie des habitants du Jardin.» Les Compagnons détournent la tête dans toutes les directions, à la recherche de l’heureux élu, et voilà Saâd ibn Abou Waqas (qu’Allah l’agrée) qui arrive.

Après cela, Abdoullah ibn Amr ibn al-As (qu’Allah l’agrée) lui demande avec insistance de lui dire ce qu’il faut faire pour se rapprocher de Dieu, pour triompher de cette inestimable récompense. Saâd (qu’Allah l’agrée) lui dit: «Pas plus des actions (pieuses) que nous accomplissons tous.  Sauf que je ne porte pas de rancune ou de mal contre aucun des musulmans.»

Voilà donc le Compagnon que l’Emir de croyants a choisi pour diriger les troupes musulmanes dans la bataille d’al-Qadisiya.

De plus, Saâd (qu’Allah l’agrée) est connu pour avoir une foi inébranlable. Quand il embrasse la nouvelle religion, sa mère polythéiste essaie plusieurs fois de l’en détourner. Comme Saâd (qu’Allah l’agrée) ne se plie pas à son exigence, elle entame une grève totale de la faim. Elle se prive de manger et de boire durant plusieurs jours mais Saâd (qu’Allah l’agrée) reste inébranlable. 

Le temps passant, la mère s’affaiblit dangereusement. Alors, Saâd (qu’Allah l’agrée) va lui rendre visite, sur demande d’un proche et lui dit d’une voix résolue: «Ô mère, par Dieu! Même si tu as cent âmes et qu’elles sortent l’une après l’autre, je n’abandonnerai jamais ma religion. Alors, mange si tu veux, ou ne mange pas.» Après ces mots, sa mère suspend sa grève de la faim. 

Dieu fait descendre ensuite ce verset: Et Nous avons enjoint à l’homme de bien traiter ses père et mère, et si ceux-ci te forcent à M’associer, ce dont tu n’as aucun savoir, alors ne leur obéis pas (Al Qur’an 29:8).

A al-Qadisiya, Saâd ibn Abou Waqas (qu’Allah l’agrée) dirige son armée de 30.000 combattants contre les 100.000 soldats de l’armée perse. Mais, avant la bataille décisive, il envoie quelques-uns de ses compagnons à Rostom, le commandant des Perses, avec la mission précise de l’appeler à embrasser l’Islam. Les émissaires reviennent plus tard, pour lui donner le compte-rendu de leur mission: C’est la guerre.

Il aurait aimé que la bataille ait été fixée pour un autre jour, parce que ce jour-là il était malade. Mais, que peut-il faire contre le cours irrésistible des évènements?

Il se lève résolument, malgré les furoncles qui lui font très mal, adresse aux combattants un discours avec pour début … le verset: Oui, Nous avons écrit dans les Psaumes, après le Rappel, que la terre serait l’héritage de Mes adorateurs justes. (Al Qur’an 21:105). Après quoi, il dirige la prière du dhuhr avant de lancer par 4 fois le takbir devant toute l’armée. Puis, il dit à voix haute, en montrant l’objectif: «Allez-y avec la bénédiction de Dieu!».

Puis, il se dirige en dépit des douleurs à la tente qui lui servira de poste de commandement, sur une hauteur. Là, il s’allonge la poitrine sur un oreiller.

Désormais, il n’accorde aucune attention à son mal, il est absorbé par le déroulement des opérations. Il est occupé à donner les ordres aux détachements de combattants. «Vous! Avancez sur le flanc droit!… et vous! Colmatez les brèches du flanc gauche!… Devant toi, Moughira!… Poursuis-les, Jarir! Engage l’attaque, Achâth!. ..Et toi, Qa’aqaâ, avance avec tes compagnons!»

La suite est connue. Les Perses battent en retraite. Les combattants les poursuivent jusqu’à Nahaouand puis à al-Madayin, où ils s’emparent du trône de Chosroès.

Dès que Saâd (qu’Allah l’agrée) est nommé gouverneur de l’émirat d’Irak, il s’attelle à bâtir le pays et à diffuser l’Islam. Par la suite, les habitants d’Al-Koufa se plaignent de lui auprès du khalife Oumar. Ils ont dit que Saâd (qu’Allah l’agrée) ne savait pas bien diriger la prière. Saâd (qu’Allah l’agrée) dira: «Par Dieu! Je ne leur fais que la prière du Messager de Dieu. Je fais durer les deux premières rakâs et j’écourte les deux dernières.»

Oumar (qu’Allah l’agrée) le convoque à Médine. Il répond à la convocation. Mais quand Oumar (qu’Allah l’agrée) décide de le renvoyer à al-Koufa, il dit: «M’ordonnes-tu de retourner à un peuple qui prétend que je ne sais pas bien diriger la prière?» Puis il préfère rester à Médine.

Lorsque Oumar (qu’Allah l’agrée) est blessé à mort, il choisit six Compagnons du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), dont Saâd (qu’Allah l’agrée), pour élire d’entre eux le khalife des musulmans. Il les a choisis en arguant que le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) était satisfait d’eux.

Plus tard, quand l’époque des grands troubles éclate, Saâd (qu’Allah l’agrée) se retire de la vie publique. Il va jusqu’à ordonner à sa femme et ses enfants de ne rien lui rapporter sur les évènements qui secouent la communauté.

Et en un certain jour de l’an 54, Saâd (qu’Allah l’agrée) s’éteint à al-Aqiq après avoir vécu plus de 80 ans. Son fils raconte: «Mon père avait la tête dans mon giron, au moment de rendre l’âme. Me voyant pleurer, il m’a dit: «Fils, qu’est-ce qui te fait pleurer? Dieu ne châtiera jamais… Je suis d’entre les habitants du Jardin.»

Sa foi a été inébranlable devant le secouement de la mort. Le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lui avait annoncé la bonne nouvelle du Jardin. Puis, il a demandé de lui apporter de son armoire un vieux vêtement. Ayant eu ce vêtement entre les mains, il a dit à sa famille de l’y ensevelir, avant de donner la raison: «Je le portais lors de la bataille de Badr contre les polythéistes, et je l’ai gardé pour ce jour.»

Ainsi a vécu Saâd (qu’Allah l’agrée) et ainsi il est mort.