Salman Al-Farisi : Il cherchait la vérité…Il l’a trouvée !

D’après Abdullah Ibn Adam à 13h15 le 17 Septembre 2013

En l’an 5 après l’Hégire, les notables des juifs se dirigèrent vers la Mecque pour convaincre les polythéistes d’éradiquer cette nouvelle religion. Leur mission fut un succès, puisqu’ils réussirent à mettre sur pied une coalition impressionnante. Le plan proposé par les juifs fut vite adopté. Les Qouraych et les Ghatafan attaqueraient Médine de l’extérieur, tandis que les juifs des Banou Qouraydha la prendraient de l’intérieur, par derrière les rangs des musulmans. Ainsi l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et ses Compagnons seraient broyés comme par une meule.

Quand cette armée de polythéistes se présentera devant Médine, les musulmans seront surpris, malgré les préparatifs faits. Dieu décrit bien la situation d’alors: 

Quand ils vous assaillaient d’en haut et d’en bas [de toutes parts], et que les regards étaient troublés, et les cœurs remontaient aux gorges, et vous faisiez sur Allah toutes sortes de suppositions. Les croyants furent alors éprouvés et secoués d’une dure secousse. (Al Qur’an 33:10-11) 

Les troupes ennemies seront composées de 24.000 guerriers, sous le commandement d’Abou Sufyan et Oyayna ibn Hisn. Cette armée ne représentait pas les tribus de Qouraych ou Ghatafan mais toutes les tribus associantes et leurs intérêts. Ce sera là la dernière tentative entreprise par tous les ennemis de l’Envoyé. 

Quand Médine fut informée des intentions belliqueuses des Coalisés, les musulmans jugèrent la situation très critique. L’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) réunit ses Compagnons pour des consultations. Tous convinrent évidemment, de combattre, de défendre la cité. Mais, comment organiser la défense devant une armée si nombreuse?

Là, s’avança l’homme aux grandes jambes et aux cheveux fournis, l’homme à qui l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) portait un grand sentiment de respect. Salman al-Farisy, i.e. le Perse, (qu’Allah l’agrée) s’avança vers une hauteur, d’où il jeta sur la cité un regard examinateur.

Il remarqua qu’elle était, d’un côté, bien protégée par une montagne rocailleuse mais vulnérable par cette grande brèche-là. Une issue bien faite qui n’attendait que les troupes ennemies.

Salman (qu’Allah l’agrée), qui connaissait les tactiques et les ruses de guerre de son pays, suggéra à l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) une proposition inconnue jusque-là des Arabes. C’était le creusage d’un fossé le long de la zone découverte.

Dieu seul sait quelle serait le sort de l’Islam, si les musulmans n’avaient pas creusé ce fossé. Quand les polythéistes virent cette grande tranchée, ils en eurent le vertige. Ils restèrent impuissants dans leurs tentes, durant un mois, jusqu’à cette nuit-là où Dieu envoya sur eux une tornade furieuse et mugissante qui les obligea à lever leur camp.

Durant le creusement du fossé, Salman (qu’Allah l’agrée) tenait sa place avec son équipe, car chaque équipe avait une surface déterminée à creuser. L’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) creusait aussi avec son pic. Dans la surface où Salman (qu’Allah l’agrée) et ses compagnons travaillaient, un énorme rocher ne voulait pas céder le passage devant les coups répétés de leurs pics.

Salman (qu’Allah l’agrée), dont la constitution était solide, ne put pourtant pas avoir raison de ce rocher-là. Lui et ses compagnons aussi ne purent le faire remuer. Ils restèrent impuissants. Alors, Salman (qu’Allah l’agrée) s’en alla demander à l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) la permission de changer le tracé du fossé, pour éviter le rocher qui leur tenait tête.

L’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) vint examiner l’endroit et le rocher. Quand il le vit, il demanda un pic puis il les invita à se retirer un peu plus loin. Après quoi, il cita le nom de Dieu, et de toutes ses mains il frappa le rocher avec force et détermination. Celui-ci dégagea une brillance pleine d’étincelles. Salman (qu’Allah l’agrée) dira: «Je l’ai vu illuminer les alentours» i.e., les alentours de Médine.

Au premier coup, l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à haute voix: 

«Dieu est Grand! On m’a donné les clefs de la Perse. Il m’a illuminé d’elle les palais rouges d’al-Hira et les cités de Chosroês. Ma communauté l’emportera sur elle.» 

Il leva haut le pic et frappa une seconde fois. Le roc étincela vivement et se fissura. L’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à haute voix: «Dieu est Grand! On m’a donné les clefs de Byzance. Il m’a illuminé d’elle ses palais rouge. Ma communauté l’emportera sur elle.» 

Au troisième coup, le rocher céda complètement, après avoir brillé intensément. L’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) lança le takbir, ainsi que les musulmans. Il les informa qu’il voyait à ce moment-là l’étendard de l’Islam flotter sur les palais de Syrie, de Sanaa et d’autres cités du monde. Alors, les musulmans dirent à haute voix: «Voilà ce que Dieu, ainsi que son Envoyé, nous a promis! Dieu dit vrai, ainsi que son Envoyé!»

Salman (qu’Allah l’agrée) avait eu donc l’idée du fossé, et c’est lui qui buta sur le rocher et assista à la prédiction envoyée par Dieu. Il était tout près de l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) à voir la lumière qui se dégageait du rocher et à entendre la bonne nouvelle. Il vivra et verra cette bonne nouvelle se réaliser dans les cités de Perse et de Byzance ; il verra les palais de Sanaa, de Syrie, d’Irak ; il verra tant de pays entendre l’appel du muezzin fuser du haut des mosquées.

Salman raconta ses pérégrinations pour atteindre la vérité:

«Je suis originaire d’Ispahan, d’un village appelé Jay, et mon père était une personnalité importante ayant des terres. J’étais, pour lui, le plus aimé des hommes. Je m’étais attaché au Mazdéisme (culte du feu) de sorte que je demeurais près du feu que nous allumions, et nous ne le laissions jamais s’éteindre.

Mon père, qui avait une ferme, m’envoya un jour pour elle. Je sortis donc. (Sur le chemin), je passai près d’une église appartenant à des Chrétiens. Je les entendis prier. J’entrai pour voir ce qu’ils faisaient. Ce que je vis de leur prière me plut et je me dis alors: «Cela est mieux que notre religion que nous suivons.» Je ne les quittai qu’au coucher du soleil. Alors, je ne regagnai pas la ferme de mon père et je ne retournai auprès de lui qu’après qu’il eut envoyé (des gens) me chercher.

Leur affaire m’ayant plu, ainsi que leur prière, j’avais interrogé les Chrétiens sur l’origine de leur religion. Ils m’avaient dit: ‘C’est en Syrie…’

Puis, à mon retour, je dis à mon père: «Je suis passé près de gens qui prient dans une église à eux. Leur prière m’a plu et j’ai vu que leur religion est mieux que la nôtre.» Il discuta avec moi et je discutai avec lui; Puis, il me mit aux fers et me fit prisonnier.

Après quoi, j’envoyai quelqu’un aux Chrétiens pour leur dire que j’avais embrassé leur religion. Je leur demandai aussi, si un cortège venait de Syrie, de m’en informer avant son retour. Je comptai partir avec eux en Syrie. Les gens de l’église firent cela. Je brisai mes fers et je sortis. Puis, je partis avec eux en Syrie. Là-bas, je demandai après leur savant. On me dit: «C’est l’évêque, le patron de l’église.» Je le contactai et je lui racontai mon histoire. Puis, je m’installai avec lui à servir, à prier et à apprendre.

Cet évêque était un homme de mal en sa religion, puisqu’il collectait les aumônes des gens, en vue de les distribuer, puis les accumulait pour lui. A sa mort, ils le remplacèrent par un autre. Je n’avais pas vu d’homme (plus impliqué) que lui dans leur religion: plus que tout autre, il désirait la vie dernière, était continent de l’ici bas, assidu dans les adorations.

J’eus pour lui un amour, lequel je n’avais pas eu de pareil pour un autre avant lui. Quand la fatalité (de la mort) se présenta à lui, je lui dis: «Voilà que se présente à toi ce que tu vois du décret de Dieu. Qu’est-ce que tu m’ordonnes? Pour qui me recommandes-tu?» Il me dit: «C’est vrai, mon fils. Je ne connais personne qui suit ce que je suis, sauf un homme se trouvant à al-Mawçil…»

Quand il mourut, j’allai trouver celui d’al-Mawçil. Je le mis au courant. Après quoi, je m’installai avec lui le temps que Dieu voulut. Donc, quand la mort se présenta à lui, je l’interrogeai et il me montra un adorateur installé à Naçibin…

J’allai le trouver et je lui racontai mon histoire. Après quoi, je m’installai avec lui le temps que Dieu voulut. Quand la mort se présenta à lui, je l’interrogeai. Il m’ordonna alors de rejoindre un homme installé à Âmuriya, dans le pays de Byzance. Je fis donc le déplacement et je m’installai avec lui. Et pour vivre, je pris des vaches et des moutons…

Par la suite, la mort se présentant à lui, je lui dis:

«Pour qui me recommandes-tu?» Il me dit: «Ô mon fils, je ne connais aucun qui suit ce que nous suivions, pour t’ordonner de le rejoindre. Mais, tu es dans l’époque d’un prophète qui sera envoyé avec la religion d’Abraham, le croyant originel. Il émigrera en une terre contenant des palmiers situés entre deux zones pierreuses. Si tu peux l’atteindre, agis en conséquence. Il a des signes qui ne se cachent pas: il ne mange pas l’aumône, il accepte le présent, et il a entre les épaules le sceau de la prophétie. Si tu le vois, tu le reconnais.»

Puis, un certain jour, une caravane vint à passer près de moi. Les ayant interrogés sur leur pays, je sus qu’ils étaient de la presqu’île arabique. Je leur dis alors: «Je vous donne mes vaches et mes moutons et vous me prenez avec vous pour votre pays?» Ils dirent: «Oui.»

Ils m’emmenèrent donc avec eux jusqu’à Wadî-alQoura. Là, ils me nuisirent: ils me vendirent à un juif. Après quoi, je vis beaucoup de palmiers. J’eus la convoitise que l’endroit fût le pays qui m’avait été décrit et qui serait l’asile du prophète attendu. Mais, le pays ne l’était pas.

Je restai chez l’homme qui m’avait acheté jusqu’au jour où un juif des Banou Qouraydha vint à lui. Il m’acheta et m’emmena avec lui à Médine. Par Dieu! Dès que je la vis, j’eus la certitude que c’était bien le pays qu’on m’avait décrit. Puis, je m’installai à travailler pour lui, dans sa palmeraie située dans le territoire des Banou Qouraydha, jusqu’au jour où Dieu envoya son Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui), et que ce dernier vint à Médine, s’installa à Qouba, chez les Banou Amr ibn Awf.

Un jour, alors que j’étais sur le haut d’un palmier et que mon propriétaire était assis à son pied, un cousin à lui vint et lui dit: «Dieu combatte les Banou Qila! Ils sont à Qouba en train de se bousculer autour d’un homme arrivé de la Mecque; ils prétendent que c’est un prophète.»

Par Dieu! Je fus pris de frissons dès qu’il eut dit cela, si bien que le palmier frémit et que je faillis tomber sur mon propriétaire. Je descendis rapidement, en disant: «Qu’est-ce que tu dis? Quelle est la nouvelle?»

Mon maître leva alors la main et me donna un coup fort, puis dit: «Qu’est-ce que tu as avec celui-là? Va à ton travail!» Je m’en allai alors à mon travail. 

Puis, le soir venu, je rassemblai ce que j’avais et je sortis jusqu’à arriver auprès de l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui), à Qouba. J’entrai et je le trouvai avec un groupe de Compagnons. 

Je lui dis: «Vous êtes des gens se trouvant dans le besoin et en exil, et j’ai une nourriture que j’avais consacrée à l’aumône. Quand on m’a montré votre endroit, j’ai vu que vous y avez plus de droit que d’autres gens. C’est pourquoi je suis venu à vous.» Sur ce, je déposais la nourriture. L’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) dit à ses Compagnons: «Mangez au nom de Dieu.» Quant à lui, il s’abstint de tendre même la main. Je me dis alors: «Par Dieu! Voilà la première chose. Il ne mange pas l’aumône.» Après quoi, je retournai. 

Le lendemain, je revins à l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui), avec une nourriture. Je lui dis: «Je t’ai vu que tu ne mangeais pas l’aumône. J’ai quelque chose, un présent, et je veux t’honorer.» Puis, je le déposai devant lui. Il dit à ses Compagnons: «Mangez au nom de Dieu.» (Cette fois) il mangea avec eux. Je me dis alors: «Par Dieu! Voilà la deuxième chose. Il mange le présent». Sur ce, je me retirai. 

Je restai le temps que Dieu voulut puis je revins pour le voir. Je le trouvai à alBaqï. Il était à un enterrement. Il était entouré de ses Compagnons. Il portait deux capes, dont l’une était sur son dos. Je le saluai puis je m’écartai pour voir le haut de son dos. Il sut que je voulais cela. Il dégagea le vêtement, pour laisser voir sa nuque, et voilà le signe entre ses épaules! Le sceau de la prophétie comme il avait été décrit par mon compagnon. Je me penchai sur lui, pour l’embrasser et pleurer. Puis, l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) m’invita. 

Je m’assis devant lui et je lui racontai mon histoire comme je la raconte maintenant. Après quoi, je me soumis à Dieu. 

L’asservissement m’empêcha de prendre part à la bataille de Badr et celle d’Ouhoud.

Puis, un certain jour, l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) me dit: «Fais un écrit avec ton maître, en vue de ta libération.» Je fis avec lui cet écrit. Puis, l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) ordonna aux Compagnons de m’aider. Alors, Dieu libéra ma nuque, si bien que je vis maintenant libre et musulman. En outre, j’ai pris part avec l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) au siège du Fossé, et aussi à toutes les batailles.»

Avec de telles paroles limpides, Salman al-Farisy (qu’Allah l’agrée) a parlé de ses pérégrinations à la recherche de la vérité qui le mettra en rapport avec Dieu et lui définira son rôle dans cette vie.

Quelle supériorité avait acquise son âme, pour imposer sa volonté à toutes les difficultés! Quelle ferveur permanente pour la vérité! Si bien qu’il a quitté librement le luxe et l’opulence de son père, pour se jeter dans l’inconnu et ses imprévus, pour aller d’un pays à un autre, en quête de la vérité. Sa pugnacité, ses sacrifices en vue de la guidance ont désarmé tous les obstacles, même celui de l’asservissement. 

C’est pourquoi Dieu l’a rétribué d’une large rétribution: il a rencontré le Vrai, son chemin a croisé celui de l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui), il a vécu longtemps pour voir l’étendard de Dieu flotter sur nombre de pays.

Cet homme de cette trempe, possédant une telle sincérité, à quoi s’attend-on de lui? Son islam était l’islam des dévoués qui se prémunissent. Dans sa continence, sa perspicacité, sa tempérance, il ressemblait à Oumar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée). 

Une fois, il est resté des jours avec Abou ad-Darda (qu’Allah l’agrée) dans une seule demeure. Remarquant qu’Abou ad-Darda (qu’Allah l’agrée) faisait des prières de nuit et un jeûne surérogatoire le jour sans discontinuer, Salman (qu’Allah l’agrée) a jugé que c’était là des actions d’adoration exagérées. Il a essayé de le convaincre. Abou ad-Darda (qu’Allah l’agrée) a dit: «M’empêcherais-tu de jeûner pour mon Maître, de prier pour lui?» Salman (qu’Allah l’agrée) lui a alors rétorqué: «Tes yeux ont un droit sur toi, et ta famille a aussi un droit ; jeûne et déjeune, prie et dors.»

L’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui), quand cela est parvenu à lui, a dit: «Salman a été comblé de science.»

En outre, lors du siège du Fossé, quand les Ançar et les Muhajir se sont dit les uns aux autres: «Salman fait partie de nous!», l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) leur a dit: «Salman fait partie de nous, nous la Maisonnée.» Salman (qu’Allah l’agrée) est effectivement méritant de cet honneur. Quant à Ali ibn Abou Talib (qu’Allah l’agrée), il le surnommait Luqmân le sage. 

Le jour de sa mort, au matin, Salman (qu’Allah l’agrée) appela sa femme, et lui dit: «Apporte-moi la chose que je t’avais donnée à cacher», elle alla vite l’apporter. C’était une bourse contenant du musc qu’il avait eu le jour de la conquête de Jalwala. Il l’avait gardée pour s’en parfumer à sa mort.

Il demanda encore à sa femme de lui apporter un récipient d’eau, où il éparpilla le musc. Il le fit fondre avec sa main puis dit à son épouse: «Arrose avec cela mon pourtour. Des créés de Dieu sont maintenant présents. Ils ne mangent pas la nourriture, ils aiment plutôt le bon parfum»

Quand elle termina d’arroser, Salman (qu’Allah l’agrée) lui demanda une dernière fois de le laisser seul après avoir fermé la porte. Elle fit cela. Et quand elle revint après un moment, elle le trouva sans âme. Son âme avait quitté son corps et cet ici-bas, pour aller rejoindre le sublime synode. Salman al-Farisy (qu’Allah l’agrée) était allé là-bas rejoindre l’Envoyé (paix et bénédiction d’Allah sur lui) et ses Compagnons.