Syrie : Bachar Al-Assad, ou une victoire assurée sur les ruines de son pays

D’après Larédac’ à 21h47 le 31 Mai 2014

Les régions sous contrôle du régime en Syrie s’apprêtent à réélire Bachar al-Assad, alors que la guerre civile semble tourner à son avantage face à des rebelles qui se déchirent et une communauté internationale très divisée.

Confronté à deux concurrents agréés par le régime et servant de faire-valoir, le député indépendant Maher al-Hajjar et l’homme d’affaires ayant appartenu à l’opposition tolérée Hassan al-Nouri, M. Assad est certain de l’emporter dans les régions tenues par l’armée dans ce pays dévasté par plus de trois ans de conflit. 

Aucun candidat de l’opposition n’est en lice, pour ce qui est théoriquement la première présidentielle depuis plus de 50 ans en Syrie. Bachar et son père Hafez, qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1970 à 2000, avaient été désignés par référendum.

Les opposants qualifient ce scrutin de « farce » et le pouvoir a verrouillé l’élection en empêchant tout exilé de se présenter et en exigeant que toute candidature reçoive le parrainage de 35 députés dans un Parlement acquis au régime.

« Ce vote n’a pas pour but de mesurer sa popularité mais de prouver que le régime a la capacité de forcer le pays, ou plus exactement les régions qu’il contrôle, à faire acte d’allégeance« , explique Volker Perthes, directeur de l’Institut allemand de politique étrangère et des questions de sécurité.

Théoriquement, tous les Syriens âgés de 18 ans et plus sont appelés à voter, y compris les 7 millions de déplacés par la guerre à l’intérieur du pays.

Mais dans les faits l’affaire se révèle plus compliquée

« Les élections se dérouleront dans toutes les villes syriennes, à l’exception de Raqa« , entièrement tenue par les jihadistes ultra-radicaux de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), a affirmé à l’AFP Majed Khadra, porte-parole de la Cour constitutionnelle.

En mentionnant seulement les « villes », il laisse entendre qu’il n’y aura pas de bureau de vote dans les campagnes, comme celles autour de Damas, dans le nord ou l’est du pays, ou dans les quartiers des villes tenus par les rebelles, comme à Alep ou à Deir Ezzor. 

Le scrutin se déroulera dans 40% du territoire, où vivent 60% de la population, selon le géographe français spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche.

Quant aux Syriens se trouvant à l’étranger, seuls 200.000 des 3 millions de réfugiés ou d’expatriés sont inscrits sur les listes électorales dans 39 ambassades, où le vote était prévu mercredi, selon une source au ministère des Affaires étrangères citée par le quotidien Al-Watan. 

« Il s’agit d’un chiffre relativement acceptable, si nous tenons compte du fait que la France, l’Allemagne et la Belgique ont interdit aux citoyens syriens » de voter, selon la même source.

Le scrutin se déroule alors que la guerre a fait plus de 162.000 morts, des combattants des deux camps mais aussi des civils. Entamé en mars 2011 par des manifestations pacifiques réprimées dans le sang, le conflit s’est transformé en guerre civile qui laisse une économie exsangue, un pays détruit et un peuple épuisé.


« Bachar veut prouver qu’il est l’alternative politique et qu’il est capable de rétablir l’ordre et la légalité, même si cette légalité est obtenue à travers un processus politique non démocratique et truqué« , assure Souhail Belhadj, auteur français de la « Syrie de Bachar al-Assad, anatomie d’un régime autoritaire« .

Ce scrutin, dénoncé par l’Occident et des pays arabes mais appuyé par Moscou et Téhéran, alliés indéfectibles de Damas, a lieu dans une situation militaire plutôt favorable au régime appuyé par les combattants aguerris du Hezbollah libanais, même si les gains des uns et des autres restent très limités.

Le pouvoir peut en revanche se féliciter de la guerre intestine sanglante opposant dans certaines régions l’EIIL au Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, ex-alliés dans le combat auprès de la rébellion syrienne.

Cependant, l’élection ne devrait pas entraîner de modifications majeures. « Il y aura peut être un remaniement ministériel mais il n’y a absolument aucune raison d’espérer un changement de politique« , assure Aron Lund, auteur d’articles sur le conflit pour l’Institut suédois pour les Affaires internationales.

« Le régime fera peut-être quelques petits gestes pour la consommation internationale et pour prouver à ses partisans qu’il a un plan réaliste pour l’avenir« , ajoute-t-il.

Pour M. Perthes, auteur de « la Syrie sous Bachar », « cela rend une solution politique plus compliquée, mais pas impossible. Il faut désormais que l’Iran et l’Arabie saoudite (qui soutient les rebelles) discutent d’un partage du pouvoir à Damas« .

Bachar al-Assad assuré de sa réélection dans une Syrie en ruines http://www.dailymotion.com/video/x1xasrn_bachar-al-assad-assure-de-sa-reelection-dans-une-syrie-en-ruines_news

En Jordanie et au Liban on a voté en masse pour la présidentielle

En voiture ou en autobus, à mobylette ou à pied, des milliers de Syriens, bourgeois, ouvriers ou réfugiés, ont pris d’assaut mercredi leurs ambassades au Liban et en Jordanie pour ré-élire le président Bachar al-Assad.

A Yarzé, à l’est de Beyrouth, les rues conduisant à la chancellerie étaient envahies d’une foule immense, arborant des portraits de M. Assad et des drapeaux de la Syrie et du Hezbollah qui combat la rébellion aux côtés de l’armée syrienne.

Tous exprimait l’espoir de voir leur pays s’assagir après trois ans d’une guerre civile qui a fait plus de 162.000 morts, dévasté le pays et créé une gigantesque crise humanitaire.

« On veut que notre président reste pour nous protéger. Avec Dieu et Bachar, nous escomptons que la Syrie surmonte ces épreuves« , assure Mayada, une réfugiée d’Alep de 31 ans, tenant ses jumeaux dans les bras. 

« J’ai quitté ma ville pour le bien de mes enfants, mais j’y retournerai dès que la situation s’améliorera« , ajoute-t-elle.

Dans l’enceinte de l’ambassade, sous un soleil de plomb, des réfugiés chichement vêtus et leurs enfants côtoient ouvriers en jeans ou femmes aisées en tenue de sport chic. Après le vote, certaines ont pris leur temps pour des « selfies » devant une voiture tout-terrain noire.

Une femme voilée, qui ne veut pas donner son nom, exprime sa colère et sa lassitude, d’une voix étranglée par les sanglots. « Nous voulons juste retourner chez nous. J’en ai assez de toute l’humiliation que nous avons subi« .


« Ces élections sont une réponse à tous ceux qui ont parié sur la chute de la Syrie. Cela démontre que le peuple syrien est attaché à sa terre, à sa patrie et à sa souveraineté« , a déclaré l’ambassadeur de Syrie au Liban, Ali Abdelkarim Ali.

Dans l’enceinte, c’est la mêlée. Chaque électeur doit enregistrer son nom avec sa carte d’identité ou son passeport avant d’entrer dans l’immeuble pour voter. 

Le bulletin présente les photos des trois candidats, avec Bachar al-Assad placé entre ses deux adversaires considérés comme des faire-valoir.

Les électeurs doivent cocher l’une des cases, mais comme beaucoup n’ont pas de stylo, ils découpent la photo du candidat de leur choix, la placent dans une enveloppe qu’ils glissent dans l’urne.

Présidentielle syrienne : premiers votes au Liban et en Jordanie http://www.dailymotion.com/video/x1xkxvo_presidentielle-syrienne-premiers-votes-au-liban-et-en-jordanie_news

Le flot de Réfugies alimentes animosité et lassitude 

A Beyrouth, toutes les entrées de la ville étaient bloquées par la foule, ce qui a empêché en particulier les étudiants devant passer leur bac de français d’atteindre les lieux d’examen.

Les Libanais n’ont pas tous apprécié. « Cela me prend un quart d’heure pour arriver à mon travail, aujourd’hui il m’a fallu deux heures et demi. Nous ne voulons pas un tel chaos dans notre rue« , assure Serene, 40 ans, une commerçante.

Sur Twitter, des Libanais laissent éclater leur animosité contre le million de réfugiés syriens qui se trouvent sur leur sol. « S’ils veulent exercer leur droit constitutionnel, qu’ils le fassent chez eux sous l’autorité de celui qu’ils veulent élire« , s’insurge un internaute.

Étrange scrutin qui sert de baromètre  

A Amman, des centaines de Syriens ont également fait la queue devant leur ambassade située dans le quartier cossu d’Abdoun, dans l’ouest de la capitale, brandissant des drapeaux syriens ou des portraits de M. Assad.

Face à eux, une trentaine de militants ont scandé des slogans anti-régime aux abords de la représentation et brandi des bannières proclamant « Non à l’élection sanglante » et « Non à la réélection du meurtrier« .

La Jordanie a expulsé lundi l’ambassadeur de Syrie, mais l’ambassade reste ouverte et Damas peut nommer un nouvel ambassadeur, a indiqué le gouvernement jordanien, soulignant qu’il n’y avait pas de rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Le scrutin à l’étranger a lieu en amont du vote en Syrie, prévu le 3 juin. Trois millions de réfugiés ou d’expatriés se trouvent dans les pays avoisinants, et les Syriens peuvent voter dans 38 ambassades à travers le monde.

En revanche, plusieurs pays occidentaux et arabes qui soutiennent l’opposition ont interdit le vote sur leur territoire.

L’opposition syrienne et ses alliés occidentaux ont qualifié de « farce » ce scrutin, qui se tiendra uniquement dans les zones tenues par le régime et selon une loi excluant de facto toute candidature dissidente.

Syrie: le chef de l’ASL appelle à boycotter la présidentielle http://www.dailymotion.com/video/x1xi4jx_syrie-le-chef-de-l-asl-appelle-a-boycotter-la-presidentielle_news

Liban: des Syriens appellent à boycotter l’élection du 3 juin http://www.dailymotion.com/video/x1xmo85_liban-des-syriens-appellent-a-boycotter-l-election-du-3-juin_news

Source : Afp, Agence Sana, Agence Petra L’Orient le Jour