Syrie : L’armée du régime a porté un autre coup dur à la rébellion

D’après Larédac’ à 17h50 le 23 Mai 2014

L’armée brise le siège de la prison centrale d’Alep et effrite un peu plus la rébellion


Cliquez sur la photo pour voir la vidéo de l’AFP

L’armée syrienne a réussi à briser le siège imposé depuis plus d’un an par les rebelles à la prison centrale d’Alep, dans le nord du pays, a rapporté jeudi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). 

« Après près de 13 mois de siège imposé par le Front Al-Nosra —branche syrienne d’Al-Qaïda— et des brigades islamistes rebelles, les forces de l’armée régulière soutenues par des combattants pro-régime sont parvenues à briser le siège de la prison centrale d’Alep« , a déclaré à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Il a précisé que des blindés étaient « entrés ce matin dans l’enceinte de la prison » et que « des tirs intenses étaient entendus à l’intérieur célébrant l’arrivée des forces régulières« .

Cette avancée de l’armée syrienne dans le secteur de la prison, située dans le nord d’Alep, a permis « de couper une voie de ravitaillement essentielle aux combattants rebelles —dans le nord-est de la ville—, entre les secteurs qu’ils contrôlent et la frontière turque« .

« La seule voie de ravitaillement qui leur reste entre Alep et la frontière turque est celle connue sous le nom de route de Castello, dans le nord-ouest de la ville« , explique M. Abdel Rahmane.
Les combats dans le secteur de la prison ont fait au moins 50 morts parmi les rebelles depuis mardi selon l’OSDH, qui fait état également de morts parmi les soldats de l’armée régulière et les combattants pro-régime, sans préciser leur nombre.

Les insurgés qui encerclaient depuis avril 2013 la prison, véritable forteresse construite au début des années 1960, depuis plusieurs mois, affirmaient vouloir libérer les quelque 3.500 détenus qui s’y trouvent dans de très mauvaises conditions. 

La prison était défendue pendant le siège de l’intérieur par des soldats des forces gouvernementales. Début février, un groupe de rebelles avait lancé une importante offensive contre la prison et pris le contrôle de l’immense complexe, avant d’en être chassé partiellement par des raids aériens. De nombreux détenus sont morts pendant le siège en raison du manque de nourriture, de médicaments ou d’hygiène.

La prison comptait près de 4.000 détenus avant le siège, dont des islamistes. Les mauvaises conditions humanitaires et les bombardements sur le secteur ont causé la mort de quelque 600 prisonniers, selon l’OSDH.

l’arrivée des déplacés réveille Lattaquié l’indolente


Une rue commerçante, barrée d’affiches électorales pour Bachar El Assad à Lattaquié en Syrie, le 19 mai 2014. Joseph Eid / AFP

L’arrivée massive de déplacés, notamment d’Alep, a dynamisé l’économie de la ville syrienne de Lattaquié (ville côtière, touristique…), qui vivait tranquillement des revenus de son port, de ses plages en été, et de son commerce.

« Nous les habitants du littoral, sommes plutôt nonchalants. Nous aimons nous lever tard, siroter notre café, fumer notre narguilé, avant de travailler. Mais les Alépins ne peuvent pas vivre sans travailler du matin au soir« , explique Haytham Ahmad, directeur du service de presse au gouvernorat.

– Lattaquié une bulle économique en pleine guerre … 

La population de cette ville a doublé avec la présence de près d’un million de déplacés fuyant les violences de Homs, Idleb et surtout d’Alep, et la province loyaliste, épargnée par la guerre, connait une effervescence économique sans pareil.

« Il y a un vrai boom économique. Ils font bouger les choses et des chômeurs ont retrouvé du travail« , assure Sami Soufi, directeur de la Chambre de commerce et d’industrie.

« Les Alépins, qui ont la bosse des affaires, sont allés dans la campagne environnante pour y ouvrir des usines de détergents, de cosmétiques ou même de conditionnement alimentaire« , ajoute-t-il.

Des ateliers de câbles, de fromages, de produits alimentaires ont également vu le jour dans la périphérie où les loyers sont moins élevés. Un Alépin, s’étant aperçu qu’il n’y avait en ville qu’un marchand de kaak, une galette au sésame très populaire au Levant, les fabrique désormais à grande échelle et les distribue dans toute la province.

Même la production du fameux savon d’Alep, à l’huile d’olive, a déménagé et est exporté par le port vers les États-unis.

La zone industrielle, vide durant des années, affiche complet et les hangars abritent désormais des ateliers textiles, métallurgiques ou mécaniques.

Hassan Shobak, qui fabrique des camions citernes et des plateaux pour le transport des conteneurs, a été le premier à s’y installer après avoir fermé son entreprise de 4.000 m2 à Alep début 2013.

« Nous avons donné vie à cet endroit désert. Aujourd’hui, j’ai quatre ateliers mais il n’y plus un seul mètre carré de disponible et les propriétaires augmentent le loyer« , souligne ce patron de 46 ans, qui emploie 40 ouvriers et écoule sa production en Syrie et dans le monde arabe.

« Si la municipalité accroît la superficie, nous pourrions créer une énorme fabrique comme à Alep et je suis sûr que beaucoup d’industriels, dont les usines ont fermé en raison des troubles, viendraient ici« , ajoute-t-il.

Alep, ancienne capitale économique de la Syrie, est le théâtre depuis juillet 2012 d’une guerre féroce entre rebelles et forces loyalistes. Plusieurs quartiers ne sont désormais que ruines, forçant une partie de la population à gonfler les rangs des près de 7 millions de déplacés syriens.

Les réfugiés de Homs ne sont pas en reste, se concentrant notamment sur l’énergie solaire, et ceux d’Idleb sur la mécanique et l’électricité.

Le quartier commercial du centre de Lattaquié est saisi par la même frénésie. Omar Soumak fabriquait du houmous dans l’est d’Alep, mais quand sa ville s’est transformée en champ de bataille, il a mis sa famille dans son pick-up, direction Lattaquié.

« J’ai d’abord vendu des légumes, puis en passant plusieurs fois dans la rue Anana, j’ai vu que personne ne vendait d’accessoires et de colifichets« , dit ce commerçant de 30 ans debout devant sa camionnette remplies de serre-tête colorés, de boucles d’oreilles ou colliers en plastique et autres babioles.

Le tourisme a disparu, mais les complexes balnéaires ont été pris d’assaut par les réfugiés. Ainsi, les 600 villas autour de la « Plage bleue », dans le nord de la ville, affichent complet depuis deux ans malgré les loyers élevés.

Assis sur la plage entre ses deux femmes et ses huit enfants, Mohammad Sankar, 35 ans, a quitté Alep, il y a vingt mois. « Nous adorons travailler et faire des affaires. Regardez moi, j’ai quitté ma ville à cause de la situation sécuritaire et dix jours après mon arrivée j’ai rouvert ici mon usine de bonbons« , confie-t-il.

Il s’est également associé avec un habitant du cru pour lancer une fabrique de saucisses. 

« Les affaires vont bien mais évidemment si l’armée reprend Alep je repars. J’aime la Syrie mais mon coeur est resté dans ma ville« .

Contrecoup de cette arrivée massive, « les prix ont doublé depuis leur arrivée : les appartements, les loyers des commerces, les aliments, mais ne nous plaignons pas, les affaires marchent très bien« , assure Daad Jouni, 45 ans, qui travaille dans un magasin de laine.

la Russie et la Chine bloquent une résolution française

Pendant ce temps à New York, trois ans après le début de la révolution syrienne. La Russie et la Chine ont mis jeudi leur veto à un projet de résolution français à l’ONU qui prévoyait de saisir la Cour pénale internationale (CPI) des crimes commis en Syrie par les deux camps. Il s’agit du quatrième blocage par les deux pays de résolutions occidentales depuis le début de la crise en Syrie, le précédent datant du 19 juillet 2012. Moscou protège systématiquement son allié syrien de toute pression et Pékin s’aligne généralement sur la position russe.

Le texte, rédigé par la France, était coparrainé par 65 pays, membres du Conseil ou non, dont les membres de l’Union européenne, le Japon et la Corée du Sud et des États africains (Côte d’Ivoire, Sénégal). La Syrie n’ayant pas adhéré à la CPI, c’est le Conseil qui doit décider de saisir la Cour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis sur son territoire. Il l’a déjà fait pour le Darfour en 2005 et la Libye en 2011. Avant le vote, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait appelé, dans un message lu par le vice-secrétaire général Jan Eliasson, le Conseil à adopter enfin une position commune sur la Syrie, affirmant que, sinon, « la crédibilité de cet organe continuerait d’en souffrir ».

L’ambassadeur français Gérard Araud a prévenu juste avant le vote que si la résolution était bloquée « ce serait une insulte pour des millions de Syriens qui souffrent » et il a dénoncé d’avance « le soutien inconditionnel » de Moscou au régime syrien. 

Les États-Unis, non membres de la CPI, s’étaient ralliés au texte français après avoir obtenu que leurs soldats ne soient pas soumis à la CPI en cas d’opération autorisée par l’ONU en Syrie, et à condition de ne pas être obligés de payer. Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague s’est déclaré « consterné » par le veto russo-chinois, le jugeant « indéfendable ». 

Les représentants russe et chinois ont justifié leur veto en affirmant qu’une saisine de la CPI risquait de nuire aux maigres chances de relancer les pourparlers de paix. L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine a aussi accusé la France de vouloir « créer un prétexte pour une intervention militaire extérieure dans le conflit en Syrie« . 

Il a évoqué le précédent de l’opération internationale en Libye qui a abouti à la chute de Muammar Kadhafi et a rappelé que le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius avait critiqué récemment Washington pour avoir renoncé in extremis à une frappe militaire en Syrie.

Son collègue français Gérard Araud a qualifié cette accusation d’ »absurdité » et a fustigé le « culot » de Vitali Tchourkine. Il a mis celui-ci au défi de voter un embargo sur les armes à destination de la Syrie, rappelant que Moscou « ne cesse de vendre des armes au régime« .

Il a aussi rejeté l’autre argument de Moscou en affirmant qu’il n’y avait pour l’instant « pas de perspectives de règlement politique » en Syrie. 

La Chine « est embarrassée« , selon des diplomates occidentaux, mais elle a choisi de ne pas mécontenter la Russie une nouvelle fois après s’être démarquée de Moscou le 15 mars lors du vote d’une résolution occidentale qui dénonçait le référendum séparatiste en Crimée. Moscou avait bloqué le texte, mais Pékin s’était abstenu.

Source : Afp, Associeted Press, L’Orient le Jour,OSDH, Amnesty Internetional, Agence ONU, Agene Sana, RFI