Syrie : L’armée du régime est entrée dans la vieille ville de Homs pour la première fois depuis deux ans

D’après Larédac’ à 13h27 le 11 Mai 2014

L’armée syrienne est entrée vendredi pour la première fois depuis plus de deux ans dans la vieille ville de Homs, après le retrait des derniers rebelles en vertu d’un accord inédit entre les protagonistes. Avec ce départ des insurgés du centre historique de la troisième ville de Syrie, épuisée par deux ans de siège, de bombardements intenses et de disette, le régime renforce ainsi sa position dans sa guerre contre les insurgés. 

C’est la première fois depuis fin 2011 que l’armée pénètre dans la vieille ville de Homs (centre), cité surnommée la « capitale de la révolution », d’où avait été lancée l’insurrection armée après la répression par le régime de la contestation populaire pacifique. Les équipes d’ingénierie et de déminage de l’armée ont entamé les travaux de ratissage et de démantèlement des bombes, a indiqué le gouverneur de Homs, Talal al-Barazi. 


Samedi, des milliers de civils sont entrées dans la vieille ville dans l’espoir de retrouver leurs biens. (cliquez sur la photo pour voir la vidéo)

Aussitôt après l’entrée des militaires, des civils ont suivi par centaines, selon une journaliste sur place. Émus, les larmes aux yeux, hommes, femmes et enfants ont regagné leur quartier pour inspecter leurs maisons. Certains étaient sous le choc en raison des destructions et la plupart enjambaient les gravats pour découvrir les ruines de leurs maisons. « Tout est détruit chez moi. Je suis allée à la maison de mes beaux-parents et elle est détruite aussi, il ne reste que quelques objets intacts« , affirme Wafa, une habitante du quartier de Hamidiyé.

Ce quartier, un des secteurs – à majorité chrétienne – de la vieille ville, aujourd’hui désert est dévasté : vitrines éclatées des magasins, volets et murs des immeubles criblés de balles ainsi que d’énormes remblais sur une place. Sur les trottoirs, deux tanks incendiés, de la ferraille rouillée ainsi que des pancartes détruites. « Nous avons terminé l’opération d’évacuation des hommes armés de la vieille ville de Homs« , a indiqué M. Barazi en précisant qu’au total près de 2 000 personnes, dont 1 800 rebelles, avaient été évacuées depuis mercredi.

C’est la première fois qu’un accord entre régime et rebelles permet le retrait des insurgés d’une grande ville du pays depuis le début de la guerre qui a dévasté le pays et fait plus de 150 000 morts. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), conformément à l’accord, l’approvisionnement est arrivé vendredi à deux villes chiites encerclées par les insurgés dans la région d’Alep (nord), ce qui a permis l’évacuation des derniers rebelles. 

L’accord s’est également traduit par la libération de 40 « alaouites » – communauté à laquelle appartient le président Bachar el-Assad -, une Iranienne et 30 soldats syriens, selon la rébellion. Homs est la ville où les rebelles ont subi leur plus long siège, accompagné de raids aériens intenses, une tactique utilisée par le régime pour les mettre à genoux. Près 2 200 personnes y ont péri en deux ans, selon l’OSDH. Il ne reste plus de rebelles dans la cité de Homs que dans le quartier de Waer (nord-ouest) où vivent plusieurs centaines de milliers de personnes, mais des négociations sont en cours pour leur départ. 

La prise de cette ville est cruciale dans la mesure où elle relie la capitale Damas au littoral ouest de même que le nord au sud du pays, ce qui facilite les déplacements des renforts notamment. « Le grand événement aujourd’hui, c’est que Homs a été vidée des hommes armés et des armes et c’est une victoire pour le peuple et l’armée« , a indiqué une source militaire à Damas. 

Ce succès pour le régime intervient à trois semaines de l’élection présidentielle organisée le 3 juin par le pouvoir dans les secteurs sous contrôle du régime. Ce scrutin, que M. Assad devra remporter, a été dénoncé comme une « farce » par l’opposition et ses alliés occidentaux. Si la rébellion est en perte de vitesse dans le centre du pays et près de Damas, elle maintient ses positions sur les fronts sud et nord, notamment à Alep. 

Le chef de l’opposition syrienne Ahmad Jarba a de nouveau réclamé, mais en vain, des armes à l’allié américain, lors d’une visite à Washington où il a rencontré le secrétaire d’État John Kerry. L’administration Obama, très réticente à tout engagement militaire direct, redoute que des armes de guerre ne tombent finalement entre les mains d’organisations rebelles djihadistes qui combattent l’armée syrienne. Enfin, une mission de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) est arrivée à Damas pour enquêter sur une éventuelle attaque au chlore après des accusations de Paris et de Washington contre le régime.

Source : Afp, OSDH, Agence Sana…. L’Orient Le Jour