Syrie : Le lourd silence de la ville de Maaloula

D’après Larédac’ à 10h44 le 21 Mai 2014 

Plus d’un mois après sa reprise par l’armée syrienne, Maaloula n’est plus que l’ombre d’elle-même, cette localité célèbre pour ses sites de pèlerinage chrétien aujourd’hui complètement abandonnée ressemblant davantage à une ville de garnison.

Quelques soldats se prélassent sur la place principale où sont placardées des photos du président Bachar al-Assad ou peints des slogans à sa gloire.

Mais vidée de ses habitants qui parlent encore l’araméen, la langue du Christ (Issa ibn Maryam…), la localité montagneuse est plongée dans un silence absolu que vient interrompre par moments le gazouillis d’hirondelles tournoyant près des grottes troglodytes qui l’entourent et qui datent des premiers siècles du christianisme.

« Les habitants viennent ici une heure pour inspecter leurs maisons puis s’en vont« , affirme un des soldats à l’équipe de l’AFP autorisée à visiter la localité située à une cinquantaine de km au nord-est de Damas.

Si les destructions ne sont pas de l’ampleur d’autres régions syriennes comme à Homs en raison du conflit qui fait rage depuis trois ans, les habitations portent les stigmates des combats de près de sept mois entre l’armée et les rebelles, dont des combattants du Front Al-Nosra, finalement chassés à la mi-avril : maisons incendiées, fenêtres brisées, portes défoncées et balcons effondrés.

Trésors de histoire saccager… 

Maaloula avait été emportée dans le conflit en raison de sa situation stratégique dans les montagnes du Qalamoun, sur une route reliant Damas au Liban, avant d’être reconquise par l’armée et le Hezbollah. Le président Assad s’y est rendu le 20 avril à l’occasion de la fête de Pâques.

Tout au long du conflit, son régime s’est posé en « protecteur » des minorités religieuses face à ceux qu’il qualifie de « terroristes extrémistes », un discours qualifié de propagande par l’opposition.

Mais malgré le retour de l’armée, la localité en majorité grecque-catholique mais abritant également une minorité musulmane et qui comptait 5.000 habitants avant le conflit, ne semble pas prête de renaître de sitôt.

« Il faut des aides car ici les gens ont tout perdu« , affirme Fassih, l’unique habitant que l’AFP a pu rencontrer près du célèbre monastère orthodoxe de Sainte Thècle (jeune païenne convertie par Saint Paul).

Il est venu inspecter son magasin d’alcool, situé en contrebas du monastère construit autour d’une grotte, pour découvrir qu’il était entièrement incendié.

Le réfrigérateur a été écrasé contre un mur. « La marchandise a elle seule vaut plus de 66.000 dollars« , dit cet homme.

« Ma maison a également été incendiée et pillée, tous les meubles ont été volés« , lâche Fassih d’un air résigné. « Comment voulez-vous que les gens reviennent ?« 

Le monastère de Sainte Thècle, fermé à clé par l’armée, a servi de position aux jihadistes. A l’intérieur, sur la plupart des peintures et des icônes de la Vierge, de Jésus et des saints, à la place des yeux, des trous ont été creusés. 

Les chambres des 12 nonnes enlevées en décembre par Al-Nosra avant d’être libérées trois mois plus tard ont été incendiées, des livres pulvérisés et la porcelaine brisée. L’orphelinat situé dans le complexe offre un spectacle désolant de peluches, de dessins et de vêtements d’enfants empoussiérés.

Sur la route montant vers le monastère Mar Sarkis (Saint-Serge), on peut apercevoir, à l’entrée des grottes troglodytes, des sacs de sable entassés par les rebelles. Ces derniers avaient pris position sur le haut des falaises au début de l’offensive et notamment dans l’hôtel As Safir, complètement dévasté par les bombardements. 

Tout près, le monastère de Serge et Bacchus, endommagé par de nombreux obus, notamment sa chapelle encore couverte de remblais. Ce lieu fondé à la fin du Ve siècle est un des plus anciens monastère du Moyen-Orient et est dédié à deux officiers romains martyrisés en raison de leur foi sous le règne de l’empereur Maximien Galère (250-311). 
Plusieurs icônes rares y ont été subtilisées et dans le magasin de souvenirs, des évangiles en araméen gisent au sol.

Au milieu de ce spectacle de désolation, « qui va rentrer maintenant ? » s’interroge un chauffeur de taxi de passage dans sa localité natale. Et d’ajouter : « Probablement personne, les gens vont attendre que la guerre se termine« .

Vote jeudi à l’ONU sur une saisine de la CPI

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit voter jeudi sur une proposition française de saisir la Cour pénale internationale (CPI) des crimes commis en Syrie, mais des diplomates s’attendent à un nouveau veto de la Russie et de la Chine.

Il s’agira du quatrième blocage par les deux pays de résolutions occidentales depuis le début de la crise en Syrie il y a trois ans.

Le projet de résolution français a été « mis en bleu », ce qui signifie dans le jargon onusien que le texte est figé en vue d’un vote. Celui-ci n’interviendra que la semaine prochaine, dans l’attente d’autres parrainages du texte.

La mission luxembourgeoise auprès de l’ONU, qui co-parraine la résolution, a précisé que le vote aurait lieu jeudi 22 mai.

La Syrie n’étant pas membre de la CPI, il faut une décision du Conseil pour saisir la Cour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis sur son territoire. Le Conseil l’a déjà fait pour le Darfour en 2005 et la Libye en 2011.

Pour les Occidentaux, devant l’escalade des atrocités en Syrie — attaques chimiques, tortures systématiques, largage de barils d’explosifs — « il est temps de marquer clairement la volonté de la communauté internationale de combattre l’impunité« , explique un diplomate.

« Ce n’est pas parce qu’il y a un risque de veto que nous devons soutenir l’impunité de Bachar » al-Assad, a souligné jeudi le chef de la diplomatie française Laurent Fabius lors d’une réunion à Londres des Amis de la Syrie, qui a endossé l’initiative française.

Aux termes du projet de résolution, le Conseil « décide de soumettre la situation en Syrie (…) depuis mars 2011 au procureur de la Cour pénale internationale« . La guerre civile en Syrie a commencé en mars 2011.

Pour obtenir le maximum de soutiens, le texte se réfère à la fois aux exactions « commises par les autorités syriennes et les milices pro-gouvernementales » et à celles perpétrées « par des groupes armés non étatiques » qui combattent le régime.

De nombreux diplomates à l’ONU s’attendent à un veto russe. 

L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine l’a laissé entendre en expliquant qu’il fallait éviter « d’exacerber les divergences ». Moscou estime qu’une saisine de la CPI serait contre-productive, au moment où Damas est en passe d’éliminer son arsenal d’armes chimiques, et nuirait aux chances de relancer les pourparlers de paix de Genève, dans l’impasse depuis février.

La Chine devrait elle aussi user une nouvelle fois de son droit de veto. Elle s’était démarquée de la Russie le 15 mars en s’abstenant sur une résolution occidentale, bloquée par Moscou, qui dénonçait le référendum séparatiste en Crimée. « Les Russes en ont été très irrités« , analyse un diplomate occidental, qui juge « difficile » une nouvelle abstention chinoise. « On devrait donc se retrouver à 13 contre deux ».

Onze des quinze pays membres du Conseil ont adhéré à la CPI et plusieurs se sont déjà prononcés pour une saisine de la Cour (France, Royaume-Uni, Argentine, Australie, Chili, Lituanie, Luxembourg, Nigeria, Corée du Sud).

Les Etats-Unis, non membres de la CPI, voteront finalement pour la résolution après avoir obtenu des assurances. Ainsi, les ressortissants de pays non membres de la CPI ne pourront pas être soumis à cette juridiction « pour des actes relatifs à des opérations en Syrie décidées ou autorisées par le Conseil ». De plus, la saisine ne serait pas financée par l’ONU mais par les pays membres de la CPI ou par des contributions volontaires.

Le Rwanda a souvent critiqué la CPI mais Paris espère qu’il se rangera de son côté, de même que les deux autres membres africains du Conseil, le Nigeria et le Tchad.

A plus long terme, les Occidentaux veulent aussi faire passer une résolution qui imposerait, par la force si nécessaire, le passage des convois humanitaires par la frontière turque pour secourir plus vite des millions de Syriens.

Là encore, la Russie a « une approche différente« , a averti Vitali Tchourkine. Il a proposé une résolution alternative préconisant des accords locaux comme celui qui a permis de lever le siège de Homs (centre de la Syrie).

Source : Afp, Associeted press, Agence Sana, L’orient le Jour