Syrie : Quatre parlementaires français ont rencontré Al-Assad, 90 chrétiens enlevés par l’EI et 1.000 Assyriens fuient leur foyer

D’après larédac à 12h00 le 26 Février 2015

Quatre parlementaires français de gauche et de droite, en « mission personnelle » en Syrie depuis mardi, ont rencontré mercredi matin à Damas le président syrien Bachar al-Assad, a annoncé à l’AFP l’un d’eux, Jacques Myard (UMP).

« Nous avons rencontré Bachar al-Assad pendant une bonne heure. Ca s’est très bien passé« , a indiqué le député des Yvelines, tout en refusant de préciser la teneur des échanges. « Nous ferons rapport à qui de droit« , a-t-il dit.

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a indiqué mercredi que cette rencontre était « une initiative personnelle » et en « aucun cas une initiative officielle » de la France.

Après que l’ONU déclarait qu’Assad « fait partie de la solution » ! Et pourquoi faire un rapport si cela est invitation non officielle ?

Les quatre parlementaires en déplacement en Syrie sont, outre M. Myard, Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne et président du groupe d’amitié France-Syrie à l’Assemblée nationale, Jean-Pierre Vial, sénateur UMP de Haute-Savoie, président du groupe d’amitié France-Syrie au Sénat, et François Zocchetto, sénateur UDI de la Mayenne, président du groupe UDI-UC, membre du groupe France-Syrie au Sénat.

« C’est une mission personnelle pour voir ce qui se passe, entendre, écouter. Ensuite, nous en tirerons des informations« , avait indiqué mardi M. Myard.

Alexandre Giorgini, porte-parole du Quai d’Orsay interrogé lundi sur une éventuelle concertation au sujet de cette visite avec les services de Laurent Fabius, a précisé qu' »il s’agit d’une initiative de parlementaires qui, conformément au principe de séparation des pouvoirs, n’a pas été décidée en concertation avec le ministère des Affaires étrangères et du Développement international.« 

« Comme l’a précisé M. Fabius le 15 février, les parlementaires concernés ne sont porteurs d’aucun message officiel« , a aussi répondu M. Giorgini en se démarquant de ce voyage.

Cette visite de parlementaires français constitue une première depuis la rupture des relations diplomatiques décidée en mai 2012 conjointement par la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne.

Selon une source gouvernementale à Damas, ils ont été reçus mardi par le vice-ministre syrien des Affaires Etrangères, Fayçal Moqdad, et mercredi ils devraient s’entretenir avec le chef de la diplomatie, Walid Mouallem. Ils ont dîné également avec le mufti de la République, cheikh Ahmad Hassoun.

Un an après le déclenchement de la guerre civile en Syrie en mars 2011, la France avait décidé le 2 mars 2012 de fermer son ambassade à Damas.

Le 29 mai 2012, dans le cadre d’une initiative commune à cinq pays européens, la France avait déclaré l’ambassadrice de Syrie et d’autres diplomates persona non grata.

Depuis, Paris ne cesse de réclamer le départ du pouvoir d’Assad en soutenant politiquement, militairement et humanitairement l’opposition modérée au président Syrien. De plus, le Président Hollande a condamné aujourd’hui jeudi la rencontre avec le « dictateur » Bachar Al-Assad.

90 chrétiens enlevés par l’état dit « islamique »

Des combattants de l’état « islamique » (EI) ont attaqué deux villages chrétiens sous contrôle des forces kurdes dans la région de Hassaké et ont enlevé 90 habitants, a affirmé mardi l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Ce serait la première fois que l’EI kidnappe un aussi important groupe de chrétiens en Syrie. En Irak voisin, l’EI a kidnappé des milliers de soldats et membres de minorités, notamment des Yazidis. – à des fins financières le plus souvent -. Les femmes étant par exemple échangées ou vendues.

« Lundi, l’EI a attaqué Tal Chamiram et Tal Hermoz, deux villages assyriens de la province de Hassaké, et a enlevé 90 habitants« , a déclaré à l’AFP le directeur de cette ONG, Rami Abdel Rahmane. L’ONG n’a pas été en mesure d’indiquer où ont été conduits les otages, ni si des enfants ou des femmes figuraient parmi eux.

Quelque 30 000 Assyriens vivaient en Syrie avant le début du conflit qui ravage la Syrie depuis mars 2011, la majorité dans la province de Hassaké.

Cette communauté représente un petit pourcentage des chrétiens du pays, estimés à 1,2 million avant la guerre.

– Les Assyriens sont parmi les plus anciennes communautés converties au christianisme.

– Les Assyriens sont les chrétiens nestoriens, un courant du christianisme condamné par le Concile d’Éphèse en 431 en raison de divergences sur la nature du Christ. Ils sont très présents en Irak.

La province de Hassaké est actuellement contrôlée en partie par les forces kurdes et les combattants de l’EI avec une présence de l’armée loyaliste dans la ville éponyme. Cependant, les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale milice kurde syrienne, mènent une offensive dans la région et ont progressé depuis la semaine dernière.

Elles se sont emparées de 24 villages et hameaux avec pour objectif de prendre la localité de Tal Hamis, aux mains des combattants de l’EI et visée par des raids de la coalition conduite par les États-Unis. Ces frappes ont tué lundi quatorze membres du groupe.

D’après Oussama Edward, directeur du Réseau assyrien des droits de l’Homme basé en Suède, le nombre des otages « en grande majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées, est entre 70 et 100 personnes« , dont 25 à 30 ont été enlevées dans la localité de Tall Jazira.

Originaire de la région d’Al-Khabour située sur les rives du fleuve du même nom et qui compte 35 localités assyriennes, M. Edward a affirmé que les « jihadistes avaient fait irruption dans les maisons lundi vers 04H00 à l’aube alors que tout le monde dormait« .

Puis ils se sont emparés selon lui de plus d’une dizaine de villages, notamment Tall Chamiram.

« Mon épouse est originaire de Tall Chamiram, et quand elle a voulu joindre au téléphone la femme de son oncle, c’est un homme qui lui a répondu ‘Ici, c’est la maison de l’Etat islamique’« , a ajouté M. Edward, en réclamant la communauté internationale pour aider les déplacés assyriens.

D’après lui, les otages ont été emmenés à Chaddadé, un fief de l’EI dans la province de Hassaké.

Ce sont deux jeunes hommes, cachés sur un îlot du fleuve avant de s’enfuir, qui ont donné l’alerte.

Dans ce contexte, de violents combats ont éclaté lundi entre l’EI et les YPG pour le contrôle de Tal Chamiram et Tal Hermoz, de même que la ville proche de Tal Tamr, qui est restée sous contrôle kurde. Après les affrontements, les insurgés / « djihadistes » ont mis le feu à une partie d’une église près de Tal Tamr puis se sont installés dans les restes du bâtiment, a indiqué la Commission générale de la révolution syrienne, un réseau de militants. La coalition anti-EI a ensuite bombardé le bâtiment, le détruisant et tuant les combattants se trouvant à l’intérieur, selon la même source.

Les YPG ont également lancé une offensive dans la province de Raqa, fief de l’EI plus à l’ouest, et se sont emparés récemment de dix-neuf villages après avoir réussi à repousser l’organisation de la ville frontalière de Kobané et des environs.

L’EI a détruit plusieurs lieux de culte chrétiens dans les territoires sous son contrôle et exige une taxe des chrétiens dans son autoproclamé califat. Il qualifie les chrétiens de « croisés« . Accusé par l’ONU de mener des crimes contre l’humanité, ce groupe multiplie les exactions : enlèvements, crucifixions, décapitations, etc. La semaine passée, la branche libyenne de l’EI a diffusé une vidéo dans laquelle le groupe égorge vingt et un chrétiens, la plupart égyptiens.

1.000 familles assyriennes fuient leur foyer après l’enlèvement des leurs

Près de 1.000 familles chrétiennes assyriennes ont fui leurs foyers dans le nord-est de la Syrie après le rapt de dizaines des leurs par le groupe Etat islamique (EI), a indiqué un représentant de cette communauté mercredi.

« Près de 800 familles sont réfugiées depuis lundi dans la ville de Hassaké et 150 dans celle de Qamichli, soit près de 5.000 personnes« , a dit Oussama Edward, joint au téléphone par l’AFP à Beyrouth.

M. Edward a précisé que les villages avaient été auparavant menacés par l’EI qui leur a intimé d’enlever les croix sur les églises. « Les gens s’attendaient à une attaque, mais ils pensaient que l’armée syrienne, postée à 30 km de là, les Kurdes ou les frappes de la coalition les protégeraient« .

« (…) Ils ont pris ces otages pour en faire des boucliers humains« , a-t-il poursuivi en précisant que femmes et enfants avaient été « répartis » dans plusieurs maisons à Chaddadé. Et face aux Kurdes qui les combattent, l’EI tentera d’échanger ses otages contre des prisonniers « jihadistes ».

Selon lui, les combattants de l’EI cherchent à s’emparer de la localité de Tall Tamer proche d’un pont surplombant le fleuve et qui est importante pour pouvoir rejoindre la frontière irakienne à partir de la province d’Alep (nord).

Source : Afp, Reuters, Arab Newsnetwork, Agance Sana, l’orient le Jour, La Croix